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Le triomphe de la vérité

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Tribune collective: 16 députés et sénateurs français alertent sur le climat socio-politique au Bénin


16 députés et sénateurs français, dans une tribune collective dénoncent la situation sociopolitique actuelle au Bénin. Ils s’intéressent particulièrement au sort des opposants politiques, insistant sur la nécessité pour la France de contribuer à y faire défendre la liberté, les droits, la stabilité et la paix. « …Quand dans un pays ami, des opposants politiques sont condamnés à 20 ans de prison en moins de 20 heures de procès, la France en allié stratégique, ne peut rester silencieuse. L’engagement pour la liberté, les droits, la stabilité et la paix est universel… » fustigent les signataires de la tribune.

Lire la tribune collective des 16 députés et sénateurs français

Notre pays entretient, depuis les indépendances, une relation singulière avec l’Afrique, notamment par l’ambition de son aide publique au développement, mais aussi par les relations qu’elle a développées avec les dirigeants africains.
Après avoir félicité Alassane Ouattara pour sa réélection pourtant contestée en Côte d’Ivoire, la France reste aujourd’hui silencieuse face aux attaques répétées contre l’État de droit au Bénin, partenaire historique et auquel elle vient à juste titre de restituer vingt-six œuvres des trésors royaux d’Abomey, conformément à l’engagement d’Emmanuel Macron lors de son discours de Ouagadougou en 2017.
Cet État d’Afrique de l’Ouest, où la démocratie a été clairement enracinée depuis 30 ans, est aujourd’hui exclu du top 10 africain des pays les plus démocratiques, dans le rapport 2021 de Freedom House. De nombreuses ONG, d’Amnesty International à Afrikajom Center, déplorent la dégradation des droits humains au Bénin. En cause : la répression des opposants politiques. À l’issue du scrutin présidentiel du 11 avril dernier, plusieurs dizaines d’opposants politiques au président Patrice Talon se sont fait arrêter, à l’instar du professeur constitutionnaliste Joël Aïvo, condamné à dix ans de prison, ce 7 décembre 2021, pour « atteinte à la sûreté de l’État ». De nombreux opposants sont aujourd’hui en exil en France, comme l’ancien maire de la capitale économique Cotonou, Lehady Soglo, le Juge de la Cour de Répression des Infractions Économiques et du Terrorisme (CRIET) Essowe Batamoussi ou encore l’homme d’affaires Sébastien Ajavon.

Des méthodes à condamner
Le cas de l’ancienne ministre et garde des Sceaux du Président Boni Yani, Reckya Madougou, arrêtée il y a plus de neuf mois maintenant, est particulièrement symptomatique de la situation alarmante. Cette femme d’État aux ambitions politiques légitimes avait préalablement vu sa candidature à l’élection présidentielle injustement refusée par la Cour constitutionnelle. Non satisfait d’avoir écarté son opposante — la seule femme candidate de surcroît —, le pouvoir béninois a réussi à faire en sorte que la CRIET accuse cette dernière de « financement du terrorisme ». Une accusation qui lors de son arrestation n’a reposé que sur un seul témoignage, et dont l’auteur n’a cessé de se contredire à la barre lors du procès de l’ex Garde des Sceaux le 10 décembre dernier. À l’issue de celui-ci, elle a été condamnée à la lourde peine de 20 ans de prison. Selon ses avocats, l’innocence de Mme Madougou ne fait aucun doute et ses conditions de détention humiliantes et indignes s’ajoutent surtout à un dossier totalement vide.
Alors qu’il avait affirmé avoir « choisi le défi du mandat présidentiel unique », Patrice Talon avait finalement décidé de revenir sur sa promesse et de briguer un second mandat. Certes il en avait le droit. Mais les méthodes utilisées pour museler ses opposants doivent être condamnées. Lors du 27e sommet Afrique-France, organisé le 8 octobre à Montpellier, le chef de l’État a voulu donner la parole à la jeunesse du continent et mettre en avant le dialogue avec les sociétés civiles et les diasporas en lieu et place des chefs d’États. Une initiative pourtant saluée, alors que depuis des années les discours sur la rupture avec la Françafrique étaient peu suivis d’effets.

Sujets qui fâchent
Mais le Conseil d’État a aussi retiré le Bénin des pays de la liste dits « sûrs » en juillet dernier. La question que l’on se pose dès lors : réinventer nos relations avec l’Afrique doit-il impliquer que l’on s’exonère de parler des sujets qui fâchent avec nos partenaires ? De même qu’Emmanuel Macron aurait dû parler de la situation des prisonniers d’opinion lors de sa tournée dans le Golfe, la coopération culturelle qui s’est engagée avec le Bénin pour la restitution des œuvres du royaume d’Abomey aurait dû pousser le gouvernement français à davantage s’inquiéter auprès de ses interlocuteurs béninois de la répression en cours des opposants politiques. Car si nombre de pays ont réagi à la suite de la lourde sentence de Reckya Madougou, le département d’État américain a, quant à lui, gravement condamné l’issue de son procès, relevé le net recul démocratique au Bénin et réduit en conséquence leur aide financière.
La détention arbitraire de Reckya Madougou et le vide juridique de son dossier interpellent sur les réelles motivations de son arrestation. Le motif « terroriste » ouvre le débat sur la véritable portée et définition du terrorisme. Peut-on assimiler cette femme aux djihadistes, à l’heure où ceux-ci terrorisent les populations civiles notamment au Sahel ? Car ceux-là sont les vrais terroristes. Alors quand dans un pays ami, des opposants politiques sont condamnés à 20 ans de prison en moins de 20 heures de procès, la France en allié stratégique, ne peut rester silencieuse. L’engagement pour la liberté, les droits, la stabilité et la paix est universel…

Signataires :
– Clémentine Autain, députée
– Delphine Bagarry, députée
– Etienne Blanc, sénateur
– Alain David, député
– Paula Forteza, députée
– Albane Gaillot, députée
– Guillaum Gontard, sénateur
– Régis Juanico, député
– Mansour Kamardine, député
– Michel Larive, député
– Jean-Paul Lecoq, député
– Didier Marie, sénateur
– Matthieu Orphelin, député
– Jean-Marie Sermier, député
– Elisabeth Toutut-Picard, députée
– Cecile Untermaier, députée

(Source: Marianne)

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