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Le triomphe de la vérité

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Edito: La plaque tournante


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Non, le Bénin n’est pas en train de devenir une plaque tournante de la drogue. Il y a longtemps que les trafiquants ont ciblé notre pays et en ont fait un point de passage vers les pays européens. Notre proximité avec le Nigeria est à cet égard un facteur aggravant. On, le sait, notre grand voisin de l’Est est réputé pour avoir de nombreux citoyens emprisonnés dans les prisons du monde entier souvent pour trafic de stupéfiants. Que ces gens cherchent à délocaliser leur commerce vers des cieux plus cléments, reste de l’ordre du normal.
Il ne faut donc pas penser que les Béninois consomment la poudre blanche. L’essentiel de la cocaïne qui transite par le Bénin est destinée à d’autres marchés. Notre pouvoir d’achat n’a pas encore atteint le niveau de ceux pour qui ce produit est une nécessité. Ce rôle de transit seul constitue une menace sur toute l’économie et la sécurité nationales. Les réseaux mafieux qui exécutent ce genre de mission s’incrustent en effet dans les rouages de la police, de la politique et de l’administration et dérégulent toute l’économie. Il y a de gros nababs de nos quartiers ayant pignon sur rue qui n’auraient pas construit un seul entrer-coucher, s’ils n’avaient pas mis pieds dans les rouages de la drogue. Beaucoup roulent aujourd’hui carrosse, certains ayant même réussi à installer des commerces, des hôtels, des industries et des œuvres de bienfaisance pour blanchir leur narcodollars. Ils sont aussi à l’Assemblée nationale où la force de l’argent criminel leur a permis d’accéder. Car c’est ainsi dans notre société : l’essentiel, c’est d’avoir l’argent, quelle que soit son origine. Et voyant la floraison des belles voitures et des belles villas dans son quartier ou dans sa commune, l’électeur est rapidement conquis. Si l’homme est encore généreux (au sens béninois du terme), il devient très vite un leader politique, leader charismatique, un de ceux à qui les plus grandes vedettes de la chanson n’hésitent pas à tresser des lauriers dithyrambiques. C’est ainsi que nous avons pu élire des députés qui votent aujourd’hui des lois susceptibles de nous envoyer en prison, alors qu’ils ont été (ou sont) nourris par les narcodollars. C’est ainsi aussi que des sociétés-écrans sont créées de-ci de-là, qui vendent leurs produits à des prix défiant toute concurrence. Concurrence déloyale face à des sociétés «normales», ces pratiques tuent la vraie économie en dérégulant le marché.
Si un Etat laisse prospérer cette économie criminelle, il se retrouvera très vite avec un taux élevé de chômage dû à la fermeture des commerces et l’essor de la fraude. Comme nous le vivons depuis quelques semaines, les réseaux mafieux ne s’engraissent qu’avec la complicité des forces de l’ordre. Police, douane, armée, c’est eux qui protègent ces activités avec leur silence acheté, leurs renseignements et leurs coups de mains appuyés. Et à un certain niveau de complicité, la pègre s’installe au sommet de l’Etat. Il y a quelques années, dans ce pays, un ministre des finances a été fortement soupçonné d’être au cœur du trafic de drogue. La suite des événements n’a fait que confirmer ces soupçons. Et lorsque nous atteignons ce niveau de délitement, il ne faut rien attendre d’un tel Etat.
En Amérique latine, certains dirigeants ont cru bon ouvrir la vanne à ces réseaux criminels. L’un des cas les plus connus en Afrique reste la Guinée-Bissau dont les dirigeants à tous les niveaux, à un moment donné, ont fait le lit au trafic de drogue. La suite est connue. Jusqu’aujourd’hui, le pays vit une instabilité chronique, avec des coups d’Etat perlés, une armée incontrôlable et une classe politique corrompue.
Le Bénin n’a jamais atteint ce niveau de déliquescence. Mais la recrudescence des saisies de cocaïne ces derniers mois, montre que les réseaux criminels ne lésinent sur aucun moyen pour faire passer leurs marchandises par notre territoire. Nous ne passerons pas le temps à ne faire que cette lutte. Il est temps de voir l’opportunité que constitue aujourd’hui le cannabis récréatif ou thérapeutique autorisé dans beaucoup de pays, y compris aux Etats-Unis, au Luxembourg et au Canada. C’est une filière que certains pays africains comme l’Afrique du Sud, le Lesotho et le Maroc ont déjà embrassée, avec des perspectives agricoles et industrielles très intéressantes. C’est une filière que beaucoup n’hésitent plus à qualifier d’or vert. A bon entendeur…

Par Olivier ALLOCHEME

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