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Le triomphe de la vérité

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Edito: Le dilemme PRD


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Ainsi donc le PRD n’ira pas se fondre dans l’UP comme l’avaient annoncé les mauvaises langues. Les informations qui ont pu transpirer de l’université de vacances du parti de Maitre Adrien Houngbédji laissent apparaître clairement que sa stratégie n’a pas changé : il reste dans la mouvance, mais n’ira pas plus loin.
Contrairement à l’UDBN qui s’est sabordé il y a deux semaines au profit du BR, le PRD reste droit dans ses bottes. Comparaison n’est pas raison. Le plus vieux parti du renouveau démocratique a un fief, une longue liste d’élus et une image de marque. Ce fief que la mouvance a tenté de lui arracher notamment lors des élections municipales, a montré une farouche résistance en faveur de maitre Houngbédji. Qu’on le veuille ou non, le PRD a alors battu à Porto-Novo l’UP et le BR réunis. Tous ceux qui pensaient Houngbédji politiquement mort ont dû se raviser. Les règles électorales étant ce qu’elles sont, il n’y aura d’élus PRD nulle part. Mais on sait désormais à quoi s’en tenir. Malgré une avalanche de réalisations dans Porto-Novo et région, le régime Talon ne changera pas l’électorat PRD, même s’il en a rogné une partie.
Cet électorat tchoco-tchoco est resté fidèle à son leader. Une fois de plus, le parti a montré son attachement à l’héritage de Sourou-Migan Apithy dont le parti porte le nom. Le PRD d’Apithy depuis les années 1950 jusqu’au coup d’Etat de 1972, a été l’instrument politique principal de l’ancien président de la république. Sa région, en gros l’Ouémé d’aujourd’hui (le Sud-Est d’alors), lui est resté d’une fidélité à toute épreuve. Comme d’ailleurs les autres leaders de l’époque dans leurs fiefs respectifs. Mais ici, la récupération du nom PRD en 1990 apparait comme une continuation de ce patrimoine historique. Le logo arc-en-ciel fera le reste de l’alchimie dans l’imaginaire politique de la région. C’est une mystique qui est en place, une religion, diront d’autres. D’autant que celui qui incarne cette mystique, Maitre Adrien Houngbédji, s’est construit une image de leader charismatique inusable. Si le PRD était une secte, il en est le gourou incontesté. Le bastion tchoco-tchoco se révèle une forteresse imprenable parce qu’il a réussi à créer une identité politique régionale très forte. Une identité sous forme d’utopie créatrice.
Mais cette année, on a tous vu comment les vagues de Joël Aïvo, un ancien cadre du parti, ont failli faire chavirer le navire. De hauts responsables ont choisi la voie de la confrontation avec le patriarche, en s’alliant à l’universitaire frondeur. Ils ont secoué le navire, sans avoir réussi à le faire sombrer. Au contraire, la confrontation à distance tourne en faveur des plus fidèles qui ont refusé de désobéir à Houngbédji. Par fidélité et par loyauté à leur religion. Ses fidèles compagnons font l’amer constat du refus de Houngbédji d’entrer en collision frontale avec Patrice Talon. C’est une position idéologique largement argumenté et dont on ne dira pas assez la vénalité : nous ne ferons plus l’opposition. Une idéologie de l’opportunisme toute de pragmatisme étriqué. Ici du moins, le parti fait le pari de la résilience, malgré tout. Il continuera d’exister, tant que son président s’appellera Adrien Houngbédji. Il n’ira se fondre dans aucun des grands partis de la mouvance.
Toutefois, c’est un pari risqué. Dans un fief longtemps tenu en main grâce à la rhétorique de la persécution et de la victimisation chère aux acteurs politiques béninois, il faut trouver lors des prochaines échéances électorales, un thème qui fasse mouche. Le PRD a surtout prospéré en tant que parti, chaque fois qu’il s’est retrouvé dans l’opposition. Aujourd’hui en position de pouvoir, il risque d’être doublé sur ce terrain de la contestation par tout parti ayant un positionnement anti-Talon. Aïvo a pu en profiter pour se tailler une partie de ses militants. Sa sortie de prison sera un cauchemar pour Houngbédji. A défaut, toute voix discordante qui s’élèvera dans la région contre Talon recevra un écho majeur au sein des mécontents.
Avec les élections législatives de 2023, le parti aura pourtant le devoir de revenir à l’hémicycle. La dispersion des voix aura le même effet que l’année dernière. Et si le parti tombe à nouveau, le mythe Houngbédji sera écorné pour de bon. Le dilemme d’aujourd’hui se résume en ces mots : exister jusqu’en 2023 et arracher des sièges à l’Assemblée, sans froisser Patrice Talon.

Par Olivier ALLOCHEME

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