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Le triomphe de la vérité

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Edito: La maman éternelle


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Je n’ose pas imaginer la douleur actuelle du Président Nicéphore Soglo. L’ancien Président de la République est actuellement en soin loin du Bénin, lorsque la nouvelle que nous redoutions est tombée. C’est lui qui, par-delà l’âge et le poids des responsabilités passées, porte dans sa chair meurtrie, la plus vive douleur de cette disparition. Maman, comme elle aimait à être appelée, était souffrante depuis quelques années. Le temps, les années et leurs vicissitudes n’épargnent personne de leurs œuvres. Et du fin fond même de la maladie de son épouse, j’ai été témoin à plusieurs reprises de la quasi-vénération que Nicéphore Soglo a pour elle. Il faut l’avoir vécu pour en parler : cet homme a un amour exceptionnel pour son épouse.
Je me rappelle ce soir-là. On était en pleine discussion autour de mes éditoriaux qui ne l’épargnaient presque jamais, lorsqu’apparait maman en haut de l’escalier. Avec une spontanéité à peine imaginable, l’homme s’était précipité et, avant même que je n’aie eu le temps de le faire, il l’avait prise par les épaules pour l’accompagner avec une douceur religieuse à son fauteuil. A peine les présentations faites, maman se lança dans un minutieux commentaire de mon éditorial du jour, en le coupant de son expression favorite : « Mon fils ! » Vous avez beau être le plus dur des analystes, cette expression qu’affectionnait l’ancienne première dame vis-à-vis des personnes de mon âge, aura le don de vous adoucir. Ajouté à cela, son immense culture puisée dans des habitudes de lecture dont le couple n’a jamais pu se départir. Rosine Soglo est restée avide de lecture jusqu’à ses vieux jours. C’est peu dire que j’ai un faible pour les personnes qui, comme elle, ont de l’esprit.
A vrai dire, sa poigne est connue. En politique, ce fut une sacrée bagarreuse et une meneuse d’hommes. Cette poigne aura été un élément déterminant dans la chute du régime Soglo en 1996. Je me rappelle la campagne d’Albert Tévoédjrè dénonçant des soins onéreux à l’étranger, des dons de la fondation Vidolé, ainsi que les diatribes du parti communiste du Bénin contre cette même fondation. C’était les années les plus folles de la démocratie béninoise où tout était à construire. Et l’omniprésence de la première dame dans les affaires de l’Etat, en exaspérait plus d’un. On croyait que la perte du pouvoir allait changer la prégnance de l’épouse dans l’action politique de l’homme. Député de 1999 à 2019, Rosine Soglo est la seule ancienne première dame de notre histoire depuis les indépendances à occuper l’arène politique. On connait sa faiblesse majeure : elle n’avait d’yeux que pour sa famille. Et n’allez pas croire que les cadres de la RB aimaient ce penchant maternel envahissant. Peu à peu, beaucoup avaient fini par prendre leurs distances, qui pour aller créer son propre parti (Azanaï et autres), qui pour s’engager dans d’autres partis (Abraham Zinzindohoué entre autres) qui encore pour disparaitre de l’arène (Nathanaël Bah et consorts). On imagine aisément le déchirement qu’elle a vécue avec l’exil de son fils Léhady Soglo depuis cinq ans ou encore l’agression de son fils Galiou il y a quelques mois. Mère-poule prête à tout pour ses deux enfants, elle avait du mal à concevoir la vie politique sans sa famille.
Dire que le Bénin a perdu hier une femme politique d’exception, est un euphémisme. Mais derrière la violence des coups qu’elle donnait ou recevait, Rosine Soglo est restée une mère dans le sens plein du terme. On était en mars 2004. Sacca-Kina, était choisi pour représenter l’Assemblée nationale au Parlement panafricain, au même titre que Rosine Soglo. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les deux personnalités étaient de farouches adversaires politiques au plan national. L’un était de l’UBF, un irréductible pro-Kérékou, tandis que l’autre était RB, naturellement anti-Kérékou notoire. Mais à Addis-Abeba, lorsque Sacca-Kina postule au poste de 4ème vice-président du parlement panafricain, son plus farouche défenseur n’était rien d’autre que Rosine Soglo. Elle s’improvise même directrice de campagne pour le soutenir jusqu’à la victoire, en jouant sur ses relations d’ancienne première dame.
C’était ça, Rosine Soglo, Maman jusqu’au bout.

Par Olivier ALLOCHEME

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