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Le triomphe de la vérité

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Retour imminent des 26 biens culturels au Bénin: « C’est un acte qui se veut être un acte de justice finalement », affirme Emmanuel Kasarhérou


Emmanuel Kasarhérou, président du Musée du Quai Branly-Jacques Chirac

Reçu dans l’émission « Invité Afrique » de RFI le dimanche dernier, au terme de sa mission au Bénin, Emmanuel Kasarhérou, président du Musée du Quai Branly-Jacques Chirac a reconnu et salué les forts faits par le Gouvernement béninois pour l’aboutissement heureux de ce processus. Il a aussi saisi cette occasion à lui offerte par Jean-Luc Aplogan, correspondant de RFI au Bénin, pour expliquer comment ces œuvres seront acheminées du Musée du Quai Branly-Jacques Chirac vers Cotonou.

Journaliste : Est-ce qu’au terme de votre séjour les choses sont plus claires, il y a un calendrier précis et des conditions de rapatriement des œuvres culturelles qui sont plus précises ?

Emmanuel Kasarhérou : Je rentre tout à fait satisfait, parce qu’on a fait un grand pas dans la question du retour physique des œuvres et que maintenant, il s’agit de mettre en œuvre de chaque côté, les moyens nécessaires pour que ça soit un succès.

C’est quoi le calendrier ?
Le calendrier, c’est celui qui est fixé par le Gouvernement du Bénin. C’est-à-dire le quatrième trimestre de l’année 2021, et puis à l’intérieur maintenant, c’est à la partie béninoise de définir le calendrier précis. Et à partir du calendrier précis, on met en œuvre un rétro planning qui nous permet de mettre en œuvre à la fois les modalités pratiques et techniques du retour de ces œuvres, mais également les événements qui vont avoir lieu à Paris et à Cotonou pour le départ et la réception de ces œuvres, parce que c’est un moment historique.

On parle du mois de novembre …
Oui. C’est ce qui a été annoncé par le Ministre béninois du tourisme, de la culture et des arts.

Comment les œuvres vont-elles être acheminées du Quai Branly vers Cotonou. On parle de vols commerciaux …
Oui, c’est le cas. C’est de faire en sorte que les caisses puissent être compatibles avec des vols commerciaux. Et comme ça présente un gros volume, un volume de près de 27 m3, il est vil d’envisager un seul vol. Donc pour l’instant, ce qu’on a proposé, c’est qu’on puisse le faire sur des vols consécutifs. Ce qui permettra une manipulation aussi plus aisée de cet ensemble qui est quand même conséquent. C’est 26 œuvres. C’est assez conséquent.

Quels sont les rôles de chacun ? Qui fait quoi et qui finance quoi ?
Nous nous chargeons de mettre en caisse, d’acheminer les œuvres jusqu’à Cotonou. Et ensuite, la partie béninoise prend en charge depuis l’aéroport de Cotonou. Nous l’avons proposé, et ça a été accepté qu’une équipe béninoise participe à l’ensemble de ces opérations avec nous à Paris, accompagne les œuvres et ensuite les mettre en œuvre à Ouidah dans cet espace transitoire, puisque nous serions sur place, puisque nous les convoierons. S’ils le souhaitent, nous pourrions aussi les assister dans la mise en œuvre de ces œuvres dans leurs vitrines.

Qu’en est-il du transfert de compétence ?
Par le fait de faire ensemble les choses, on transfère aussi notre manière de faire à l’équipe béninoise qui viendra avec nous à Paris pour préparer toutes ces opérations.

On a dit que les pays spoliés n’avaient pas les moyens d’accueillir ces œuvres. Est-ce qu’avec la visite par exemple du Musée de la mémoire à Ouidah, vous avez changé d’avis ?
Moi je n’ai jamais dit ça (rire). Je n’ai jamais dit ça. Moi je suis très frappé par l’ambition et le sérieux que le Bénin met dans cette affaire. Il ne s’agit pas de faire un coup politique ou un coup médiatique. Il s’agit de repenser une politique culturelle, de s’en donner les moyens, de développer une politique patrimoniale ambitieuse. Ce retour de ces objets s’inscrit en fait dans quelque chose de beaucoup plus global.

La loi que le Parlement français a votée autorise la restitution de 26 œuvres seulement, or le Président Macron avait dit à Ouagadougou en 2018, qu’il fallait restituer tout le patrimoine. Le reste des œuvres sera rendu quand ?
Je ne suis pas sûr que dans le discours de Ouagadougou, il était question de rendre toutes les œuvres. Il était question de faire en sorte que ce patrimoine circule et vive. Il était question de mettre en acte une restitution temporaire ou une restitution définitive. Nous sommes donc dans le cas de la restitution définitive. Ce qui fait l’objet de restitution, ce sont ces objets qui ont été acquis de manière violente, ou dans des conditions de contrainte.

C’est une nouvelle manière de voir la coopération culturelle ou c’est un acte de repentance ?
La repentance, je ne crois pas. C’est un acte en tout cas qui se veut être un acte de justice finalement. C’est une histoire connue. C’est l’histoire coloniale qui lie la France et le Bénin. Et c’est une manière de raconter et de commenter cette histoire ensemble. Et quand il y a eu des gestes de ce type qui sont des gestes de violence, il est bon de faire droit à la demande de restitution qui était faite par le Gouvernement du Bénin concernant cette collection du Général Dodds pillée à Abomey en 1892.

Que répondez-vous à ceux qui demandent réparation ?
Là c’est très largement au-delà de mes compétences. Mes compétences, c’est de documenter les collections qui me sont confiées, d’instruire leur cas à charge et à décharge, et que quand il y a des cas qui paraissent suspects, de faire en sorte que des chercheurs puissent travailler sur ces cas.

Propos transcrits par Laurent D. KOSSOUHO

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