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Le triomphe de la vérité

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Edito: 31 ans après la conférence


Un événement est passé presque inaperçu ce vendredi. Le Chef de l’Etat a reçu en audience une délégation de l’Association nigériane des producteurs de riz. Lors de cette rencontre, Patrice Talon a annoncé les chiffres et objectifs du Bénin dans la production de cette céréale importante. Il en fait un maillon important de l’intégration sous-régionale. Aucun acteur politique, aucun candidat réel ou présomptif n’a saisi cette occasion pour titiller le gouvernement sur l’autosuffisance alimentaire ou sur les capacités de concrétisation même de ce partenariat entre un Nigeria encore largement déficitaire en matière de riz et un Bénin qui se met en position de recevoir des leçons de politique rizicole.
Mais ce qui a frappé mon attention, c’est le silence total de la classe politique nationale sur cette question que je trouve pourtant cruciale : l’autosuffisance alimentaire, c’est-à-dire la capacité de notre pays à se nourrir sans recourir forcément aux importations alimentaires, et pire aux dons alimentaires. Sur ce dernier volet seul par exemple, 61 ans après notre indépendance et 31 ans après notre conférence nationale, le Bénin continue d’être considérée comme un pays de faim. Au point que le Japon soit obligé de faire don à notre pays de milliers de tonnes de riz chaque année. Pour la plupart des Béninois, rien que de naturel ! Le don japonais vient résoudre un problème réel de sous-alimentation et il n’arriverait à l’esprit de personne de la refuser. Ceci fait partie des nombreux mécanismes qui caractérisent la mendicité de notre pays, malgré les sophistications démocratiques dont nous nous vantons sans aucune mesure.
L’absence d’échos de l’audience de Patrice Talon n’est que l’une des facettes des comportements hérités de notre conférence des forces vives de la nation. Les Béninois dans leur ensemble manifestent une véritable surdité sur les problèmes de développement de leur pays. 31 ans après cette grande assise, les plus riches continuent à s’enrichir et les plus pauvres à s’appauvrir, dans l’indifférence généralisée. Il y a quelques jours, un ami webactiviste s’égosillait devant moi sur les promesses non tenues sur les milliers de logements dits économiques, preuve selon lui des mensonges du régime Talon. A mon tour de lui poser une question : « Si les logements étaient même prêts, pourras-tu, toi, les acquérir avec le niveau de revenu que je te connais? » Quand il a appris les prix desdits logements, il a tranquillement ravalé sa fureur. Car au vrai, nous avons appris à ne parler que politique, en oubliant qu’elle n’existe que pour fonder les vrais choix économiques et socio-culturels à même de faire avancer le pays.
31 ans après la conférence nationale, presque personne ne se demande quels en sont les acquis économiques. Et pour cause, la conférence elle-même ne s’était réellement préoccupée que des options politiques, en laissant croire que le choix du libéralisme économique suffisait à résoudre les vrais problèmes du pays. On n’avait pas le temps d’entrer dans ces détails…
Mais aujourd’hui, je suis de ceux qui pensent que la grand-messe de février 1990 a manqué de poser les fondements d’une économie prospère. Malgré la conférence économique nationale de 1996 censée remédier à cette lacune, nous n’avons jamais retrouvé les chemins d’une économie prospère.
Ce qui intéresse les acteurs politiques, ce sont les sophistications institutionnelles qui leur permettent de bénéficier des prébendes du pouvoir. La démocratie béninoise n’intéresse la grande majorité de la classe politique que dans la mesure où elle sert à chacun à monter dans la hiérarchie de l’argent. « Combien est-ce que j’y gagne ? » reste la question fondamentale. S’il n’y en a pas suffisamment à rogner, ce n’est même pas la peine d’en parler. Telle est la question du riz, celle du palmier à huile, de la production halieutique, etc. Aucun acteur politique sérieux n’en parle jamais. Curieusement, en comparaison, ce sont ces questions qui constituent l’essentiel du débat politique dans les vieilles démocraties que nous nous vantons pourtant d’imiter. Les enjeux de développement sont remplacés par les querelles de personnes, que ce soit dans la mouvance ou dans l’opposition. Ce qui fait que le débat politique chez nous est vide, mais alors d’une vacuité abyssale !
31 ans après la conférence nationale, nous sommes passés maîtres dans l’industrie politique, en restant consciencieusement sourds aux questions fondamentales qui rythment la vie du citoyen ordinaire.

Par Olivier ALLOCHEME

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