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Le triomphe de la vérité

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Edito: La guerre du parrainage


Il y a une constante : le parti Les Démocrates n’a jamais voulu du parrainage. Il ne l’a ni caché avant ni après le dépôt des candidatures. Lorsqu’au dépôt de sa candidature, Rékya Madougou avait dit que les parrainages avaient été confisqués, elle a été rappelée abruptement à l’ordre devant les caméras par le président du parti, Eric Houndété. Celui-ci a répété ce que tout le monde savait déjà : même si les parrains étaient donnés, Les Démocrates n’en veulent pas. Ce week-end encore, l’un des vice-présidents du parti, Eugène Azatassou l’a martelé sur une webradio de la place : «On a demandé qu’on supprime le parrainage. Pourquoi est-ce qu’on instaure le parrainage pour que nous on aille chercher le parrainage ? » dit-il.
Cette logique est loin d’être comprise par Réckya Madougou. Du moins, elle ne l’a comprise que fort tard, au moment où les déclarations des responsables du parti se sont faites plus insistantes et plus claires. Elle ne l’avait pas comprise en menant des démarches personnelles pour recueillir des parrainages auprès des élus. « Elle n’a pas fait ces démarches au nom du parti », affirme Eugène Azatassou qui ajoute : « Et depuis qu’elle est candidate du parti elle n’a pas poursuivi les démarches…On avait une position par rapport aux parrainages et en devenant notre candidate, elle a adhéré à cette position. » En clair, même si elle venait avec les parrainages, elle se ferait rabrouer par son parti qui risquait même de la sanctionner comme ce fut le cas pour d’autres la semaine dernière. Pendant qu’elle se battait pour recueillir tous les parrainages nécessaires, les responsables de son parti étaient vent debout contre cette disposition du code électoral. Ils sont même convaincus qu’ils iront aux élections sans parrainage. Comment ? Toute la question est là.
Vu de loin, Réckya Madougou est tombée dans une impasse. En continuant de soutenir que les responsables de l’UP confisquent les parrainages, elle fait mine de ne pas voir que c’est son propre parti qui est viscéralement opposé à cette disposition du code électoral. Elle ne le voit que maintenant, même si, politiquement, elle continue à soutenir son message initial. C’est une stratégie qui a le mérite de creuser le fossé entre sa volonté de compétir et la volonté réelle des responsables du parti qui ne veulent de la compétition qu’à condition que le parrainage soit supprimé et que les décisions de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples soient appliquées. Et ces décisions impliquent simplement qu’une autre révision constitutionnelle ait lieu. Tant que ce ne sera pas le cas, il est clair que le parti n’appliquera qu’à moitié les lois qu’il conteste.
C’est une démarche cavalière qui semble à première vue relever de la myopie. Comment participe-t-on à une compétition dont on conteste ouvertement les règles ? Comment participe-t-on à une compétition dont on refuse publiquement d’appliquer les règles ? C’est une logique de rébellion, une rébellion pacifique mais incohérente.
Ce n’est donc plus la disponibilité ou non des parrains qui pose problème, mais bien la pertinence ou non de l’application du code électoral actuel. Les démarches du député Souwi et probablement celles d’autres élus, ne feront que renforcer cette impression de cacophonie. Au moment où ils s’activent pour la candidate, celle-ci n’a aucune chance d’être soutenue par son parti. La démarche qu’elle mène actuellement auprès de la Cour Constitutionnelle contre cette disposition du code électoral aux fins de la rendre inapplicable en l’état, est presque vouée à l’échec. Avant elle, d’autres citoyens ont tenté la même chose et n’ont pas eu gain de cause. On attend surtout ce que donnera l’activisme subit de Souwi qui soutient avoir été abusé par les responsables de son parti. Question simple : quand vous avez remis une procuration à quelqu’un, vous est-il permis plus tard d’en réfuter l’utilisation ? Si oui, la Cour Constitutionnelle pourrait donner suite à sa requête, à condition qu’il parvienne à démontrer, preuve à l’appui, qu’il a expressément demandé aux responsables de son parti d’utiliser son parrainage pour tel ou tel candidat. Et même si son parrainage à lui tout seul était jugé faux, est-ce que cela suffirait pour juger faux tous les autres déposés dans les dossiers des candidats ? Rien n’est moins sûr.
Tout compte fait, l’issue de ce combat d’arrière-garde est pour le moins incertaine. Et pendant ce temps, la mouvance présidentielle déroule son agenda.

Par Olivier ALLOCHEME

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