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Le triomphe de la vérité

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Edito: La résilience silencieuse


L’ancienne ministre nigériane de l’éducation Obiageli Ezekwesili, a appelé à une évaluation sérieuse de la capacité physique et mentale du Président nigérian Muhammadu Buhari à supporter les exigences réelles de sa fonction. A sa suite beaucoup d’autres personnalités politiques ont appelé même à la démission du Chef d’Etat nigérian qu’elles soupçonnent de n’avoir plus les capacités réelles pour diriger le pays. Et au vrai, la gestion du Nigeria échappe presque entièrement à Buhari. Il y a non seulement les émeutes et pillages généralisés dans les villes du pays en novembre dernier, mais aussi et surtout les guerres intercommunautaires, les actes inouïs de violence et les rapts devenus quotidiens, notamment au Nord, d’où Buhari est originaire. Cette partie du pays est actuellement dans une anarchie qui échappe totalement aux forces de l’ordre. Et ce n’est pas seulement du fait de Boko Haram qui y sème la terreur depuis onze ans. Il y a désormais une horde de groupes armés qui kidnappent les citoyens dans les villages et les villes en demandant de rançon. Il y a deux semaines, à Kankara dans l’Etat de Katsina, 333 élèves ont été enlevés par Boko Haram, un peu comme les filles de Chibok il y a six ans. Cette fois-ci, les enleveurs ont probablement été payés par les autorités et les enfants sont revenus à leurs parents la semaine dernière. Et pas plus tard que ce vendredi, un autre groupe armé a mené une action similaire dans une autre localité du même Etat de Katsina sur des élèves. En cette seule année 2020, près de dix mille personnes ont été touchées par les enlèvements devenus une épidémie dans un pays livré à l’anarchie. Alors question : comment Buhari a-t-il pu avoir l’indécence de prouver la réouverture des frontières par le fait que les autorités béninoises, nigériennes et autres auraient compris que nos pays ne devraient pas servir de marchés d’approvisionnement en drogue et en armes aux groupes armés qui sèment la terreur dans son pays ? La fermeture des frontières a-t-elle mis fin aux actions de ces groupes dans le pays ?
Cet argument tombe à l’eau lorsqu’on voit que malgré la fermeture des frontières depuis près d’un an et demi, les groupes armés se sont multipliés et ont accru leurs capacités de nuisance. On est désormais informé en temps réel que le Nigeria est dans une santé économique très critique. Le pays est entré dans sa deuxième récession sous le seul mandat du même Buhari, pas seulement du fait du coronavirus qui a fait fondre les prix du brut, mais aussi à cause de sa politique économique désastreuse. Nous sommes bien au Nigeria, première puissance économique du continent africain, mais dirigée par un militaire qui n’a rien oublié de ses anciennes pratiques. Arrivé pour la première fois au pouvoir en 1984, la première chose qu’il a faite, c’était de fermer les frontières avec le Bénin et de chasser tous les étrangers, notamment les Ghanéens et les Béninois. Personne n’a oublié cet épisode tragique où des dizaines de milliers d’africains ont été brutalement chassés du Nigeria par un Buhari qui croit au protectionnisme le plus violent. Plusieurs décennies plus tard, le même Buhari commet la même politique, malgré les accords internationaux et panafricains signés et ratifiés par son pays. Cette fois-ci, mal lui en a pris. Il a affamé son propre peuple en fermant les frontières. Les prix du riz et des autres denrées alimentaires que le Bénin l’aidait à importer massivement pour nourrir les Nigérians, ces prix ont monté en flèche. L’inflation des produits alimentaires y a atteint presque 15%, dans un pays qui est considéré comme la capitale mondiale de la pauvreté avec plus de 80 millions de personnes vivant sous le seuil de la pauvreté en 2019.
Je ne sais pas si la fermeté de Talon a permis au Bénin de résister à cette politique d’asphyxie manquée. Ce que je sais, c’est que si nos communes frontalières ont énormément souffert des errements du gouvernement d’Abuja, si les femmes de Dantokpa en ont souffert, la santé macroéconomique du Bénin n’en a pas été ébranlée. Le Bénin a administré la preuve tranquille qu’il peut vivre sans le Nigeria, même si c’est difficile.
C’est une démonstration de résilience qui a duré un an et demi, le temps pour Buhari de découvrir la force d’âme des Béninois qui ne se sont pas agenouillés devant lui comme il l’espérait.

Olivier ALLOCHEME

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