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Le triomphe de la vérité

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Edito: Un réveil tardif


Peut-on gouverner un pays assis dans les bureaux dorés de son palais ? La tournée actuelle du Chef de l’Etat vient répondre à cette question basique. Et la réponse est non. C’est même dangereux de le faire dans un pays démocratique. Dangereux pour des raisons pratiques : si vous laissez le terrain politique, vos adversaires qui ne demandent d’ailleurs que de profiter de vos erreurs, vont en profiter.
Et ce qui devrait arriver arriva. Au moment où l’on pense que l’asphaltage a résolu la plupart des problèmes des Béninois et que l’eau et l’électricité coulent désormais en abondance, concrètement, au plan politique, la partie Centre-Nord du pays échappe au Chef de l’Etat. Si demain mardi une élection s’y tenait, à moins d’un miracle hypothétique, l’hôte actuel de la Marina ne sera pas réélu. Du moins, si on n’y associe pas le reste du pays. C’est conscient de cette faille de son leadership que la tournée actuelle de Patrice Talon a débuté par cette partie de notre pays.
L’option du retrait du terrain a pu paraître comme le signe d’une méthode et d’une rigueur présidentielle. J’entends çà et là qu’elle a permis aujourd’hui d’aller vers les populations pour leur « montrer » que quelque chose a été fait cinq ans après et qu’il y a enfin du concret. C’est oublier facilement qu’un chef d’Etat est d’abord élu pour être le recours des faibles, celui qui est là en cas de coup dur, lorsque les drames inévitables surviennent ou même lorsque la communauté est en liesse. Il se doit d’expliquer et toujours expliquer ses actions et ses réformes, même dans les tréfonds du pays. A certains égards, cela parait comme du populisme, tant il est vrai que ce contact fréquent avec la population soulève bien des passions. Mais le fait est que nous sommes sur un terrain politique où les stratégies et même les idéologies ne se comprennent pas tant qu’elles n’habitent que quelques esprits dits éclairés. Nous ne sommes précisément pas en entreprise. Aucun pays au monde ne fonctionne sur la base d’une présidence sans contact réel avec les difficultés des populations. Pas même la grande et très peu démocratique Chine. On y voit régulièrement le président Xi Jinping en tenue d’ouvrier, de paysan ou de médecin, aller sur le terrain pour s’enquérir des avancées et des difficultés des actions de son gouvernement. Cette présence constante assure aux travailleurs l’affection de l’autorité, mais aussi leur rappelle le devoir patriotique qui est le leur. Elle aide à maintenir l’engagement citoyen de chacun.
Je l’ai dit et redit ici : on ne dirige pas un pays comme on dirige un groupe industriel. Il y a deux ans, j’en rappelais les limites, dans l’un de mes éditoriaux. J’écrivais ceci en novembre 2018 : « Patrice Talon ne parle à son peuple qu’à des occasions solennelles. Pas de sortie impromptue vers les femmes, vers les élèves ou les étudiants, pas de virée champêtre pour constater l’évolution de la campagne cotonnière, encore moins de visite répétée sur des chantiers routiers. » En juin 2017, suite au retour incognito de Patrice Talon de son évacuation sanitaire, je concluais en ces termes : « A l’ère de l’activisme 2.0 où Facebook et Watsapp sont entre les mains des gens les plus viscéralement haineux que l’on puisse imaginer, un Chef d’Etat doit gagner la bataille de la communication ou… périr. » La conséquence de cette méthode en effet, c’est qu’une bonne partie du pays s’estime insultée voire méprisée par le silence du Chef de l’Etat. Les gens interprètent son absence du terrain réel comme le signe que lui le milliardaire ne voudrait pas se mêler aux misères des pauvres qu’ils sont. Ils attendent de s’exprimer en 2021 par un vote sanction. L’opposition dont c’est le travail, s’active d’ailleurs à jeter de l’huile sur ce feu déjà brûlant.
La thérapie actuelle de la tournée permettra–t-elle de résorber le mal ? L’opération de charme intervient à quelques mois de la présidentielle. Le coronavirus et toutes les précautions de distanciation sociale n’aident d’ailleurs pas à réconcilier le Chef avec ses concitoyens. Ce sont des séances de travail qui excluent la chaleur des meetings politiques. La convivialité impossible de ces rencontres en montre les limites. Jusqu’ici, on ne voit pas le Chef de l’Etat avec un paysan, une femme dans le marché, un enfant à l’école ou même à l’hôpital au chevet des malades. Ce contact chaleureux qui fait les présidents proches de leur peuple et les rend inoubliables. La tournée d’accord, mais il reste encore….

Par Olivier ALLOCHEME

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One thought on “Edito: Un réveil tardif

  1. Houenagnon

    Le point de vue de l’auteur est juste sous certains angles. Mais du coté de l’opposition, il n’y a pas de candidat d’envergure nationale. Ensuite, ce dernier n’aura que des projets à présenter. Il n’est pas sur qu’il puisse convaincre la population qui au moins sous l’ère de la rupture a touché du doigt certaines réalisations concrètes. La différence est là et pèsera dans les urnes

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