.
.

Le triomphe de la vérité

.

Accouchement: Le Gynécologue Patrice Dangbémey dit tout sur la césarienne et sa pratique au Bénin


L’accouchement par césarienne est une pratique devenue très courante dans les hôpitaux et maternités du Bénin. Les raisons qui y sont liées et les conséquences qui en découlent sont nombreuses et variées. Docteur Dangbémey Dima Patrice, Médecin gynécologue obstétricien et enseignant chercheur à la Faculté des sciences de la Santé à l’Université d’Abomey-Calavi donne de larges clarifications dans cet entretien.

L’Evènement Précis : Quelles sont les raisons qui peuvent amener une femme enceinte à subir une césarienne ?

Dr Patrice Dangbémey : Plusieurs raisons peuvent amener une femme enceinte à subir une césarienne. Le bassin de la femme est naturellement rétréci et donc laisse un orifice ne permettant pas le passage de la tête du fœtus. Il y a également les maladies maternelles telles que la drépanocytose qui fait vieillir très vite le placenta et avant le terme de la grossesse alors que le travail d’accouchement n’est pas supporté par l’enfant souvent fragilisé par l’anémie chronique maternelle et de ce fait, il lui manque de l’oxygène nécessaire. L’HTA et une grossesse surtout lorsqu’elle est sévère ou accompagnée de fuite de protéine dans les urines. Elle peut se compliquer donnant lieu à des crises éclamptiques qui deviennent une urgence vitale qui fait indiquer la césarienne. Il y a également les maladies des yeux en rapport avec le diabète et l’hypertension artérielle : la rétinopathie hypertensive ou diabétique. Un grand effort de pousser au moment du travail d’accouchement entraine par ailleurs le décollement de la rétine, source de cécité définitive. Dans ce cas, une évaluation clinique par l’ophtalmologiste contre indique un accouchement par voie naturelle et préconise une césarienne.
Le diabète non équilibré ou compliqué aussi peut en être une cause de même que les maladies des poumons comme la tuberculose pulmonaire, autres infections pulmonaires et les embolies pulmonaires. La césarienne s’impose aussi lorsque la maman a été victime d’un accident vasculaire cérébral. Les causes fœtales : gros poids supérieur à 400g, petit poids de l’enfant ne pouvant pas supporter le travail, la prématurité, les malformations fœtales comme la macrocéphalie, la paroschisiste, la cardiopathie fœtale et la souffrance fœtale. Les causes ovulaires : placenta prævia ou bas inséré et surtout hémorragique, excès de liquide mal supporté, diminution importante du liquide amniotique

Comment expliquez-vous l’’abandon de l’’ancienne forme de césarienne au profit de la nouvelle ?
La science est très dynamique. Toutes les recherches visent l’amélioration de la qualité alors que qui dit qualité dit satisfaction de la cliente. La cicatrice au niveau du pubis (horizontal) offre deux avantages : l’’esthétique et la résistance de la paroi abdominale. Ce qui n’est pas le cas pour la cicatrice verticale presque abandonnée et n’est d’indication rare.

Pourquoi la médecine d’aujourd’hui s’’adonne plus à la césarienne ?
Le taux de césarienne acceptable est de 15% des accouchements. Le Bénin n’est pas encore à ce taux. Il tourne autour de 8 à 10%. C’est une impression que la population a, lorsqu’elle se retrouve dans les maternités de référence nationale où les cas compliqués sont envoyés. En 2019, le CHU-MEL de Cotonou a enregistré 5531 accouchements dont 2301 césarienne soit 41,6%. Ce taux s’explique par le niveau de l’hôpital dans la pyramide sanitaire. Les cas les plus compliqués sont convoyés dans ces hôpitaux qui n’ont pas d’autres choix que d’’appliquer les règles de la médecine. Les recherches montrent qu’il y a plus de bénéfices en matière de morbidité liée à la césarienne que la morbidité engendrée par le forcing de faire naître par les voies naturelles. Autrement dit, les complications maternelles et fœtales associées à l’accouchement par voie basse en cas d’’indication de la césarienne sont plus fréquentes et plus graves voire mortelles comparées à la morbidité de la césarienne indiquée sur la base des recommandations. Respecter les règles de la médecine, c’’est promouvoir la santé de la mère et de l’enfant.

Le nombre de césariennes pour une femme est-il limité ?
Il est souhaitable de limiter le nombre de césariennes. Le fait de couper les fibres musculaires leur fait perdre leur tonicité et leur résistance. Ceci est la cause des ruptures spontanées dites déhiscence de l’ancienne. Il est préférable de ne pas dépasser quatre césariennes.

Quelles sont les conséquences qui en découlent si une femme dépasse ce nombre qui lui est conseillé par le gynécologue ?
Une femme qui dépasse le nombre de césariennes qui lui est conseillé par le gynécologue court des risques de ruptures utérines et de décès.

D’aucuns pensent que la césarienne telle que pratiquée aujourd’hui est moins douloureuse que l’’accouchement par voie basse. Qu’en dites-vous ?
On ne peut comparer les deux voies sur le plan de la douleur. La douleur est physiologique dans la voie naturelle du fait des contractions, l’effacement et la dilatation du col de l’utérus sous l’’induction des prostaglandines naturelles. La douleur dans la césarienne est traumatique par la section des fibres musculaires. Cette douleur est beaucoup plus intense et prolongée que la douleur de la dilacération des fibres. L’anesthésie nous aide à neutraliser la douleur et les médicaments antalgiques après la césarienne pour des jours. Dans la plupart du temps aucune thérapie anti douleur n’est nécessaire pour accoucher par voies naturelles. Donc la douleur de la césarienne est très supérieure et très prolongée dans le temps que la douleur de l’accouchement par voies naturelles.

Quelles sont les conditions nécessaires pour réussir une bonne césarienne ?
Les conditions de réussite d’’une bonne césarienne sont catégorisées en césariennes urgentes et non urgentes ou programmées. Conditions générales : La surveillance prénatale effective afin d’’identifier les patientes à risques, de préparer le terrain à une césarienne sécurisée. La réactivation du plan de l’accouchement : mobilisation de ressources financières (une caisse de fonds pour chaque grossesse), rendre disponible les produits sanguins à travers l’identification du donneur de sang, identifier celui ou celle qui assurera la garde de l’’enfant, savoir celui qui prendra la décision de se rendre à l’hôpital, identifier le lieu de l’accouchement et l’accoucheur. Organisation et fonctionnement correct du système de référence et de contre référence, revoir l’attribution, l’organisation et le fonctionnement des services sociaux de l’hôpital, assurer la mise à l’échelle de l’Assurance pour le Renforcement du Capital Humain (ARCH). Le chariot d’urgence, bloc d’’urgence, respect des protocoles et recommandations en matière de la prise en charge des césariennes, éviter la délégation de tâche en matière de la pratique de césarienne.

Quels conseils donnez-vous à une femme pour éviter des séquelles fâcheuses d’’une césarienne sur son organisme ?
Pour éviter les séquelles fâcheuses d’une césarienne sur l’’organisme d’une femme, il faut veiller à sa surveillance prénatale correcte et le respect du plan de l’accouchement

Quelle est la durée que la médecine conseille entre deux césariennes chez la même femme ?
La durée que la médecine conseille entre deux césariennes chez la même femme est de deux à cinq ans.

Une césarienne mal réussie peut-elle avoir des répercussions sur l’’organisme du nouveau-né ?
Oui, il peut y avoir des répercussions sur l’organisme du nouveau-né. Les difficultés d’extraction peuvent être des sources de traumatisme, d’inhalation du liquide amniotique et du méconium avec leurs corolaires de morbidité et mortalité néonatale.

On dit souvent que les femmes handicapées ou les femmes à petits bassins ne peuvent qu’accoucher par césarienne, qu’’en dites-vous ?
Effectivement, certaines femmes ont des bassins naturellement rétrécis et donc laissent un orifice ne permettant pas le passage de la tête du fœtus. Aussi, lorsqu’elle a été victime d’un accident vasculaire cérébral, elles ont du mal à accoucher par voies basse.

Que pouvez-vous conseiller aux femmes enceintes pour éviter la césarienne à l’accouchement ?
Pour éviter la césarienne à l’accouchement, je conseille aux femmes enceintes la consultation prénatale, le traitement correct des maladies à risques telles que : HTA, diabète, paludisme etc.

Propos recueillis par Edwige TOTIN

N'hésitez pas à partager ...Share on Facebook
Facebook
0Tweet about this on Twitter
Twitter
Share on LinkedIn
Linkedin

Reviews

  • Total Score 0%


Plus sur ce sujet

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *