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Le triomphe de la vérité

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Edito: Le boycott


L’opposition agite déjà le vent du boycott de la présidentielle de 2021. Cela se lit à travers le communiqué rendu public le 08 juillet dernier, communiqué dans lequel, au nom de ce qu’il appelle « Résistance Nationale », Candide Azannaï a manqué de mots assez durs pour traiter les opposants qui semblent se positionner déjà pour être candidats. « Illusionnistes », « naïfs », « maîtres charmeurs », tous les épithètes du registre du rabaissement ont été convoqués pour dire une chose : il n’est pas question qu’un opposant digne du nom participe à la présidentielle de 2021. Pour lui en effet, « une dictature, on la chasse par recours au cadre constitutionnel prévu par le Peuple souverain. Aucun démocrate ne peut oser candidater sous une panoplie de lois abjectes à la merci d’un pouvoir législatif à 100% confisqué, d’une liste électorale à 100% manipulée en violation flagrante et constante de la loi, des institutions en charge des élections 100% monochromes et à 100% discréditées. (CENA, Cours Constitutionnelle, HAAC …).
Pour lui, « l’urgence pour la République du Bénin est de rétablir les fondamentaux de la Démocratie et non de prendre le chemin, Ô combien risqué d’une quelconque parodie électorale en 2021 qui ne sera qu’un risque de trop en l’état actuel des choses. » On pourrait alors se demander la solution qu’il propose pour «chasser la dictature Talon», comme il le dit si bien. A cet effet, la Résistance Nationale «exige la tenue sans délai d’un dialogue politique et social participatif et inclusif de l’ensemble de la classe politique et de la société civile, à l’effet de normaliser et de rétablir les standards démocratiques malencontreusement reniés, bafoués et ruinés par le pouvoir dictatorial dit de la rupture.» En clair, il faut un nouveau dialogue national, une espèce de conférence nationale bis, un peu à la manière de la formule appliquée en octobre 2019. Question de profane : Comment une telle expérience fermement refusée en son temps par Yayi, organisée dans les conditions que l’on sait par Talon, pourra-t-elle se concrétiser à nouveau ? Comment va-t-on obliger un pouvoir légitime à bazarder sa crédibilité aux mains d’une opposition radicale dont on sait qu’il n’attend rien ?
Le discours style PCB de la Résistance, joue beaucoup sur les maux et les mots, sans vraiment se focaliser sur l’opérationnalité d’une telle exigence. Car pour forcer la main au maitre actuel de la Marina, il ne faut pas moins d’un soulèvement populaire de l’ampleur de celui en cours à Bamako, c’est-à-dire tomber dans un délitement socio-politique et économique généralisé obligeant le souverain à prendre des options inédites. Nous n’en sommes pas là.
Oui, il est possible d’utiliser les outils de manipulation des masses, actuellement en cours au Mali, pour susciter l’effroi public et la révolte générale. Pour le moment, cette éventualité est encore plus incertaine que toutes les autres. Même si tout n’est pas rose et que le pouvoir Talon fait face à des défis colossaux dans certaines parties du pays, il y a des manipulations qui auront de la peine à prospérer au Bénin d’aujourd’hui. Si 2019 a vu l’embrasement que l’on connait, c’est surtout parce que les fruits du Nouveau Départ tardaient à se concrétiser aux yeux du grand public. Mais aujourd’hui, le contexte a largement évolué au profit du régime. Il n’y a pas que l’asphaltage ! Il y a cette crise de coronavirus dont le gouvernement a très justement profité pour laver son image de club de riches détachés des souffrances du bas-peuple. Coiffeurs, soudeurs, couturiers, chauffeurs, ceux qui n’ont jamais bénéficié des fonds publics, ont reçu une manne qui leur servira. Ce geste gouvernemental efface bien des rancœurs au sein du bas-peuple.
Il y a finalement cette bonne gestion reconnue par toutes les institutions financières internationales et qui plombe les arguments de gabegie ou de félonie propres à faire sauter un pouvoir. Et donc si jusqu’à fin novembre 2020, Talon ne commet pas une gaffe impardonnable aux yeux du bas-peuple, il organisera tranquillement une élection présidentielle en 2021, avec ou sans l’opposition radicale.
Je ne nie pas qu’il puisse y avoir des soulèvements localisés. Mais le risque qu’ils prennent l’ampleur que souhaite le mouvement dit de la Résistance est relativement minime.
Au total, en suscitant un boycott qui semble impertinent à première vue, l’opposition radicale, une fois de plus, construit le chemin qui mènera tranquillement à sa mise à l’écart.

Par Olivier ALLOCHEME

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