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Le triomphe de la vérité

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Edito: Le piège d’une promotion


Le Bénin passe du rang des pays à faible revenu à celui des pays à revenu intermédiaire, c’est-à-dire ceux dont le revenu par habitant se situe entre 1036 et 4045 dollars US. A première vue, il s’agit d’une bonne nouvelle pour le pays.
D’abord, le Bénin passe d’un revenu national brut (RNB) de 870 dollars en 2018 à 1250 dollars en 2019. Ce qui veut dire que le revenu moyen annuel par habitant augmente de près de 143,67%. Ensuite, c’est probablement l’événement économique le plus important de ces trente dernières années, après la conférence économique nationale de 1996. Il constitue en soi une confirmation de la qualité des réformes opérées, du moins au plan macroéconomique. Enfin, le fait que cet événement intervienne en pleine fermeture des frontières avec le Nigeria, confirme la capacité de résilience de l’économie béninoise, face à ce choc majeur. Pendant longtemps, nous avons tous soutenu que quand le Nigeria s’enrhume, le Bénin tousse. Pour dire que l’économie béninoise est en quelque sorte un appendice de l’économie nigériane. Les faits nous obligent à relativiser ce paradigme. Et ce classement de la Banque Mondiale, à la suite des dernières publications des agences de notation (Standards and Poor’s et Bloomfield) ainsi que du FMI, n’est qu’une marque de la solidité des agrégats macroéconomiques du Bénin, au regard des institutions internationales. Suprême marque de satisfaction, le Bénin rejoint dans ce classement des pays comme la Côte d’Ivoire, l’Angola, le Sénégal, le Nigeria et le Maroc.
Désormais, sur le marché financier international, le Bénin va enregistrer les dividendes de cette bonne santé, en échappant quelque peu aux taux spéculatifs appliqués aux pays à faible revenu. C’est une embellie qui comporte toutefois des risques plus ou moins importants.
Lorsque dans les années 1990, le Gabon avait été classé dans le groupe des pays à revenu intermédiaire, Omar Bongo alors au pouvoir, s’en était ouvertement plaint. Précisément, son pays ne pouvait pas bénéficier de l’initiative dite PPTE mise en place vers 2003 et qui a permis d’alléger le service de la dette dans les pays éligibles et d’y développer des programmes d’aide économique. En sortant ainsi de la liste des pays pauvres, voilà ce qui risque d’arriver au Bénin, à savoir la fin de certains programmes d’aide et d’appui concoctés par les institutions internationales. Même si cette éventualité n’est pas automatique, elle constitue la conséquence la plus immédiate de l’avancée que nous notons. En clair, le Bénin doit se préparer à prendre en charge par lui-même ces programmes mis en place par les institutions financières internationales du fait de son statut de pays à faible revenu. Au nombre de ces programmes, figure en bonne place le Cadre intégré renforcé (CIR) déployé depuis plus d’une décennie et qui permet de financer des filières comme l’ananas et le cajou. La question est de savoir le sort réservé à ce programme orienté vers 51 pays parmi les moins développés. Sommes-nous toujours éligibles ? Et si non, que faisons-nous pour assurer la pérennité des programmes développés et dont l’utilité n’est plus à démontrer ?
Il ne faudra pas minimiser non plus l’envers du décor, à savoir qu’avec cet événement, les prêts à taux concessionnels (0 à 2%) auprès des institutions de Bretton Woods, vont se raréfier. Nous entrons pour ainsi dire de plain-pied sur le marché financier international, dont les taux sont beaucoup plus élevés (5-6% voire plus). La bonne image du pays permettra de mitiger les contrecoups de cette introduction, mais il faudra lutter ferme pour la conserver.
Mais derrière tout cela, il y a le panier de la ménagère. Le classement de la Banque Mondiale, comme d’ailleurs la plupart des autres classements à l’échelle macroéconomique, ne tient pas toujours compte de l’existence des extrêmes pauvres. Les Etats-Unis ont beau être la première économie du monde, ils n’en comptent pas moins des centaines de milliers de sans domicile fixe, des gens qui n’ont nulle part où dormir. Le Nigeria a beau être la première économie de l’Afrique, il n’en compte pas moins près de 87 millions de pauvres qui font du pays la capitale mondiale de la pauvreté.
C’est cette divergence entre des résultats macroéconomiques flatteurs et la réalité des ménages que les politiques économiques doivent servir à corriger.

Par Olivier ALLOCHEME

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