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Le triomphe de la vérité

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Edito: Le temps est arrivé


Les achats massifs d’équipements de santé du fait de la Covid-19, ont laissé apparaitre une évidence : dans le secteur pharmaceutique, nous dépendons à 99% des importations. C’est-à-dire que pour le moindre médicament, le moindre masque ou la moindre seringue, le Bénin doit se tourner vers l’extérieur. Autrement dit aussi, si une pandémie comme le Coronavirus explose aujourd’hui au Bénin (et personne ne le souhaite), il faudra des cargaisons quotidiennes d’équipements venant de l’extérieur pour nous sauver.
Non, il est vrai que cette situation n’est pas une spécificité béninoise. Des pays comme la Chine et l’Inde ont réussi à contrôler la grande majorité du marché des produits pharmaceutiques, en misant sur des prix très bas et une qualité qui s’est améliorée au fil du temps. Dans la tourmente actuelle, malgré une opposition frontale du gouvernement fédéral américain, des Etats américains ont été obligés d’importer quantité d’équipements médicaux de Chine, pour la simple raison qu’il n’y en avait pas de disponible aux Etats-Unis. Idem pour la France dont le chef d’Etat-major des armées a dû commander en toute discrétion un stock de sécurité de chloroquine depuis la Chine. On se rappelle ces scènes totalement incroyables de détournement de commandes médicales en République Tchèque, où tout un pays a organisé du brigandage d’Etat pour saisir des marchandises en transit, afin de faire face à la grave pénurie du pays. Nous avions vu là un niveau ultime du gangstérisme d’Etat en situation d’urgence.
Cette situation a toutefois réveillé l’attention des pouvoirs publics à travers le monde. Il est très dangereux de confier le secteur des équipements pharmaceutiques d’un pays aux caprices des importations. L’Union Européenne envisage ainsi de revoir totalement son système d’approvisionnement en produits pharmaceutiques pour le rendre moins dépendant de l’extérieur. Les Etats-Unis se trouvent sur la même option. La vraie question est celle-ci : comment résoudre le défi de l’efficacité des entreprises pharmaceutiques, tout en résolvant le problème de survie humaine que leur inexistence pose ?
Quand nous prenons le cas de l’Afrique dans son ensemble, on remarque que le continent fabrique moins de 2 % des médicaments qu’elle consomme. Quand je vois la quantité de masques alternatifs distribués aujourd’hui dans tout notre pays, dans les écoles, les universités, les garnisons et autres institutions publiques et privées, il faut se rendre à l’évidence qu’il y a chez nous une capacité insoupçonnée à produire des masques. Si nous donnons la chance aux industriels nationaux, demain, ils seront capables de produire des équipements performants, en utilisant une main-d’œuvre locale comme l’a fait la Chine il y a à peine quelques décennies.
Ceci n’est pas sans rappeler notre commune aversion pour les produits de chez nous. Il y a à peine deux mois qu’avait commencé la polémique sur l’Apivirine. Le comité mis en place pour son essai clinique n’a jamais livré les résultats de son travail sur le point de savoir s’il s’agit d’un traitement fiable ou pas pour la Covid 19. Par contre, le choix fait pour la chloroquine est désormais largement remis en cause. Mais on se rappelle que c’est ce choix qui a fait qu’Apivirine a été banni du Burkina-Faso par exemple. Face aux résultats mitigés reconnus par une frange importante de la communauté scientifique internationale, c’est le moment plus que jamais de se demander si le produit fabriqué au Bénin par un Béninois n’est pas le bon. D’autant que cet antirétroviral est de la même catégorie que le Remdesivir produit aux Etats-Unis par la firme pharmaceutique Gilead et qui est reconnu efficace contre la Covid-19 après des essais concluants.
Nous sommes restés désespérément sourds à toutes les opportunités qui s’offrent à nous de développer une industrie pharmaceutique nationale. La crise du Coronavirus constitue la dernière opportunité pour développer des capacités nationales endormies. La question est précisément de savoir si nous allons la laisser nous submerger sans tirer les enseignements qui s’imposent. Il ne s’agit pas seulement d’une question de survie de chacun d’entre nous. Car, au fond, on ne devrait pas perdre de vue que l’industrie pharmaceutique est plus bénéfique que l’industrie pétrolière. Et qu’elle est créatrice d’emplois.

Par Olivier ALLOCHEME

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