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Le triomphe de la vérité

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Edito: Le sort du PRD


Les moqueries n’ont pas cessé depuis l’année dernière. Et ces jours-ci, le PRD est devenu la risée de l’opposition qui en a fait son souffre-douleur. Un artiste comédien a même avancé l’idée d’un « formatage » du parti, après avoir dépeint son président comme un inconstant notoire. Le PRD-bashing est à la mode et il ne fait pas bon ne pas se moquer du plus vieux parti encore en activité au Bénin.

Et il est vrai que maitre Adrien Houngbédji est en passe de perdre sa mainmise sur Porto-Novo. Après un règne sans partage sur la capitale, le parti s’apprête à voir partir entre les mains du BR ou de l’UP une mairie qu’elle a toujours contrôlée. C’est l’une des conséquences directes des transformations radicales connues par la ville depuis quatre ans. Ces transformations sont si visibles qu’il est difficile pour un porto-novien de ne pas applaudir l’action de Talon. Mais malgré cela, la liste PRD est arrivée en tête ce dimanche. C’est la preuve que les tchoco-tchoco maintiennent leur assise sur cette cité. Ils auraient pu continuer à y régner si ce n’étaient pas les dispositions du code électoral. Avec une influence réduite à Porto-Novo, Adjara, Missérété, Sèmè-Kpodji et une partie d’Akpakpa, le PRD n’a pas pu dépasser au maximum 6% des suffrages. Et je m’étonne que ces responsables n’aient pas pu anticiper cette situation tout à fait prévisible. Excès de confiance ? Refus de voir la réalité en face ? Il y a probablement une vérité dans l’une ou l’autre de ces questions rhétoriques.

Mais je me refuse à croire qu’Adrien Houngbédji est victime de ses  propres choix. Ce qui circule en effet, c’est que le président du PRD aurait pu jouer pour empêcher la réforme du système partisan. Qu’il aurait dû tout faire pour maintenir le statu quo d’avant où chacun avait son parti, le gérait à sa manière dans sa ville, son arrondissement ou même son quartier.

         Mais la question de fond est celle-ci : le PRD a-t-il mal fait en soutenant la réforme du système partisan ? Quel que soit le bord politique où l’on se trouve, il faut admettre qu’il devait arriver un moment où les acteurs politiques eux-mêmes devaient se demander si le Bénin méritait de continuer à avoir tant de partis dans un pays de 11 millions d’habitants. Et ce moment est arrivé sous Patrice Talon, au moment même où Houngbédji lui-même avait fait de cette réforme l’une de ses promesses en tant que président entrant de la septième législature. Personne n’a pu lui imposer quoi que ce soit à ce sujet. Réformer le système partisan était devenu si vital pour notre pays, que des acteurs de toutes les tendances politiques s’y étaient engagés.  Qu’ils ne se soient pas entendus plus tard sur ses modalités réelles, relève des détails de l’histoire. Le PRD partage à cet égard la conviction de la plupart des acteurs politiques et ne saurait déroger à un devoir républicain : participer à la réforme, quoi que cela coûte.

C’est là où les détracteurs de maitre Houngbédji manquent de sincérité. A savoir qu’au fond, il a participé à une loi qui à terme devait faire disparaitre son propre parti. Je suis convaincu qu’il en était conscient lui-même. D’autant d’ailleurs que ce n’était pas la première fois qu’une telle situation survenait. On se rappelle très bien qu’en 2008, en prélude à la présidentielle de 2011, le PRD, la RB, le MADEP, le PSD, l’Alliance Force Clé et d’autres partis s’étaient lancés dans la création de l’UN qui devait faire disparaitre chacune de ces formations politiques. Malgré les soubresauts, cette option a permis de renforcer l’opposition à l’époque, même si elle a entrainé la disparition du MADEP, du PSD, de Force Clé et autres.

Non ! On peut tout reprocher à Houngbédji, sauf son manque de patriotisme. Même si par la suite des caciques de son parti ont fini par le convaincre que l’arc-en-ciel ne saurait disparaitre, le revirement qui l’a empêché plus tard d’adhérer à l’un quelconque des deux blocs soutenant le chef de l’Etat, conformément à la réforme qu’il a lui-même engagée, ce revirement donc est à la base des déboires qu’il a connues plus tard. Les véritables dangers pour une démocratie, ce sont ceux qui  pensent que tant qu’une réforme ne profite pas à soi-même directement, il faudrait tout faire pour la démolir. C’est exactement la plaie principale de la démocratie occidentale dans laquelle l’intérêt du parti est au-dessus de celui de la nation. Houngbédji a administré la preuve qu’une autre option est possible, malgré les douleurs que cela implique.

Olivier ALLOCHEME

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