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Le triomphe de la vérité

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Edito: Le bal des tyrans


Les événements de Savè le confirment : les peuples tirent rarement leçon de l’histoire. La reprise des actes de violence la semaine dernière montre en effet le retour à une rhétorique guerrière qui a prévalu lors des événements de juin dernier toujours dans la même commune. « Nous sommes des combattants, nous n’allons jamais accepter le bâillonnement des libertés ». Cela rappelle les hauts cris des responsables des différents mouvements rebelles qui ont décimé la Côte-d’Ivoire pendant une décennie. Ils disaient tous lutter pour l’avènement de la démocratie que leur aurait volé Laurent Gbagbo. Dix ans de guerre et 13.000 morts plus tard, revoilà Guillaume Soro qui nous chante aujourd’hui la même rengaine : la démocratie a déserté la Côte-d’Ivoire, il faut la restaurer. A nouveau, dans son placard, un projet de soulèvement armé que le régime Ouattara a mis au jour. Je suis éberlué par les contorsions que fait Soro pour présenter désormais Laurent Gbagbo comme un ange et Ouattara comme…un démon.
Regardez bien la Libye d’aujourd’hui. Au moment où se déclenchait la guerre dans ce pays, des milices armées avaient décidé d’en finir avec Kadhafi pour instaurer la démocratie par les armes. Le pays est aujourd’hui déchiqueté en mille morceaux. De démocratie, il n’y en eut point. Par contre, une longue guerre s’est mise en place, des milliers de morts, l’ingérence occidentale et turque, et un avenir encore sombre. La Libye est la preuve que la démocratie que l’on miroite aux peuples pour les amener à prendre les armes contre leur propre pays, est un complot. Aucune démocratie ne passe par les armes.
Regardez la Centrafrique ! En cherchant à combattre François Bozizé par les armes, les différents mouvements rebelles étaient à mille lieues d’imaginer la suite. Aujourd’hui, ce pays qui n’avait jamais connu de guerre de religions, est divisé entre chrétiens, animistes et musulmans. Des amalgames ethnico-religieux montés de toutes pièces, ont fini par opposer des gens qui avaient toujours vécu ensemble, riches de leurs diversités et de leurs divergences. Les puissances européennes tirent leurs épingles du jeu. Les ressources minières sont pillées au vu et au su de tout le monde. Chacune d’elle veille à assurer sa présence sur ces territoires peuplés d’élites cupides avides de pouvoir. Après plus de dix ans de guerre, où est donc la démocratie pour laquelle l’on avait pris les armes ?
Les milices de Savè qui se prétendent chasseurs, saccagent une si belle ville, sous le prétexte de la démocratie. Bientôt, les marchands d’armes qui n’attendent que ce genre d’inconscients pour proposer leurs services, y débarqueront s’ils n’y sont pas déjà. Les agents au service des puissances occidentales financeront des ONG et des intellectuels en mal de publicité, pour distiller dans l’opinion publique de fausses conceptions de la démocratie. Et à l’heure des fake news, des pages et profiles Facebook sont déjà créés pour faire l’apologie de l’anarchie. Si pour le moment, ce sont des fils de Savè qui s’en prennent à d’autres fils de Savè, les démons du désordre qui se cachent sous le prétexte de la démocratie, passeront bientôt à la deuxième phase : la rhétorique identitaire. L’idée d’une fédération entre le Bénin et le Nigeria a été agitée ce week-end, faisant le lit à un irrédentisme Yorouba-Nagot. On sait bien sûr qui se cache derrière tous ces montages.
L’ignorance est le mal suprême. La mauvaise foi et la cupidité des hommes politiques font le reste. Ceux qui veulent la démocratie par les armes, ne semblent pas voir que nulle part ce genre de solution n’a prospéré. Ni en Afrique, ni Asie, ni en Amérique. Que le pouvoir en face soit despotique ou non, le seul fait de prendre les armes pour imposer une certaine conception de la gouvernance publique dans un pays comme le nôtre, traduit simplement que ce que l’on veut est ailleurs. Car la démocratie est d’abord dans le triomphe des luttes pacifiques. Manifester sa colère, appeler à la désobéissance civique, susciter des journées ville morte, occuper des lieux symboliques pour protester, et surtout mobiliser les électeurs pour renverser dans les urnes le pouvoir que l’on juge despotique, voilà les armes de la démocratie. Toutes les autres aventures sont le fait des tyrans frustrés.

Par Olivier ALLOCHEME

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