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Le triomphe de la vérité

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Edito: Solvitur ambulando


« Solvitur ambulando ». Cette expression latine signifie à peu près: « cela peut se régler par la marche ». On peut la rapporter à nos problèmes quotidiens : stress, maladie, colère, tensions diverses. Ils peuvent être résolus par la marche.
J’ai toujours été surpris de voir dans certains pays africains et en Europe la grande propension des gens à marcher. A contrario, chez nous au Bénin, ceux qui marchent en pleine semaine ont forcément un problème avec leur voiture ou leur moto. D’où la question récurrente : « ta voiture (ou ta moto) a un problème ? » Cette question posée à un piéton cache bien souvent une autre: « comment n’a-t-il pas pu trouver un moyen de déplacement au lieu de marcher dans la rue ? » Disons-le ainsi, marcher dans la rue au Bénin est une très mauvaise idée si vous voulez être bien vu par la société. C’est une preuve de déchéance sociale.
Dans bien des villes européennes ou américaines, des pans entiers de l’espace urbain sont uniquement réservés aux piétons. Au cœur de Paris, la maire Anne Hidalgo a par exemple réussi à imposer la piétonisation des berges de la rive droite de la Seine, non sans avoir remporté la bataille judiciaire que sa décision a entrainée. Pour l’Hôtel de Ville, il s’agit d’une « mesure forte de transition écologique et d’amélioration du cadre de vie » qui a du reste été approuvée par plus de 63% des Parisiens.
Une mesure similaire d’interdiction de toute voiture ou de toute moto dans un périmètre quelconque de Cotonou, Calavi ou Parakou aurait déclenché chez nous une crise de grande ampleur. A la décharge de nous tous, il faut reconnaître qu’il est difficile de marcher dans nos rues. Sales et nauséabondes par endroits, elles sont souvent parsemées de nids-de-poule qui sont de véritables pièges pour les piétons. Et puis, nos politiques d’urbanisation n’ont pas pris en compte l’impératif de la détente. Partout, le béton, le bitume et le pavé dictent leurs lois. On est loin de certaines capitales africaines où des espaces verts sur plusieurs kilomètres, permettent de respirer de l’air pur, à l’abri des pollutions de la ville. Il y a à peine quelques années que les décideurs publics ont commencé à percevoir la nécessité de créer des espaces de respiration pour la cité.
Mais en fait, les études les plus sérieuses ont montré que la marche est nécessaire pour la santé. Pour nous qui exerçons des métiers sédentaires, il a été prouvé que le fait de rester longtemps assis, constitue un facteur important de mort précoce. Cancers, AVC et autres maladies organiques trouvent un terrain favorable dans l’inactivité ou l’immobilisme. Là se trouve d’ailleurs l’un des facteurs explicatifs de la mortalité élevé au sein des métiers sédentaires par rapport à ceux qui font des travaux physiques (pêcheurs, paysans, menuisiers). Au vrai, notre organisme a besoin d’au moins trente minutes de marche par jour. Le corps humain est fait pour bouger.
Mais la marche n’est pas seulement nécessaire pour des raisons de santé. Elle est un excellent moyen d’observation. Chaque fois que, prenant mon temps, je marche dans mon propre quartier, je suis toujours surpris d’y faire une nouvelle découverte qui était impossible en voiture : découverte d’une boutique de vente de produits précieux, d’une maison, d’un arbre, d’une habitude des voisins ou même d’un raccourci que l’on n’aurait jamais deviné en étant en voiture. Au XIXème siècle, le philosophe danois Soren Kierkegaard écrivait: «Ne perdez surtout pas votre envie de marcher: chaque jour, je me promène dans un état de bien-être et je me retire de toute maladie ». Vous verrez ainsi que beaucoup de scientifiques aiment se promener à pied : la marche stimule la créativité, l’inspiration et l’intelligence. Selon la légende, Aristote donnait ses leçons aux élèves du lycée d’Athènes en marchant. Aujourd’hui, il est établi scientifiquement qu’une marche attentive stimule le cerveau et le rend plus alerte à la réflexion et à la créativité.
Résumons-nous : même si les dirigeants de nos villes n’en ont pas encore perçu la nécessité, chacun devrait créer son parcours de marche pour se libérer du stress du quotidien, stimuler ses capacités cognitives mais aussi donner de la vitalité à son organisme. Une précision : il ne s’agit pas d’un exercice hebdomadaire mais quotidien.

Par Olivier ALLOCHEME

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