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Le triomphe de la vérité

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Enquête spéciale médecine traditionnelle: Quand la plante sauve


Les plantes et écorces collectées

Le marché des feuilles et des plantes médicinale (Amanssodji) de la ville de Cotonou, situé à quelques mètres du CEG Dantokpa, est le point d’attraction de grands comme petits clients. Ceux-ci y vont pour s’approvisionner en feuilles, écorces, plantes et écailles etc. moyens ou remèdes contre des maladies fréquentes telles que le paludisme, la fièvre typhoïde, les infections et les problèmes de faiblesses sexuelles.

Le lundi 19 août 2019, comme de coutume à Amassodji, une zone du marché Dantokpa, les clients ne cessent de défiler vers les étalages des plantes et feuilles médicinales installés dans tous les sens : qui pour demander le nom ou l’existence de telle ou telle plante, qui pour marchander le prix d’une écorce, ou exposer un mal dont il est en quête de traitement. L’un des usagers, tradi-thérapeute M. Kpadonou Désiré, venu acheter des plantes médicinales, atteste l’efficacité de nos plantes, puis se désole de la réticence des Béninois à recourir à la tradithérapie pour se soulager des maux dont ils souffrent généralement. « Mon peuple meurt faute de connaissances », déclare-t-il. Le coût réduit des produits traditionnels est aussi un facteur qui attire les clients. Ce jour-là, nous avons pu rencontrer Jean, la quarantaine, qui nous confie les raisons de sa présence sur les lieux : « Après deux ans de traitements sans succès, à un coût élevé des produits pharmaceutiques à près de 45000fcfa par mois, d’une infection urinaire, j’ai décidé de venir ici. Avec seulement moins de 10000 F j’ai eu satisfaction totale ». Alice Kpo, malade de kyste de l’ovaire avoue : « J’ai trainé pendant trois ans ce mal, avec un cortège de lourdes dépenses infructueuses dans les hôpitaux, et c’est à quelques jours d’une intervention chirurgicale que j’ai eu satisfaction après 48h de rencontre avec un tradithérapeute. J’ai dépensé moins de 50000fcfa. » ; Louis Tinnon, malade de l’épilepsie depuis sa naissance, déclare : « depuis quatre mois, moi jai fini avec ce mal que j’ai trainé depuis douze ans, qui me faisait passer pour la risée de tout le monde ». NéwisseAhossi une tradithérapeute, 34 ans, avoue n’avoir jamais mis pieds dans un hôpital pour se faire soigner. « Je soigne les malades de faiblesses sexuelles, d’hémorroïde, et d’autres infections. J’ai hérité ce don de ma grand-mère », souligne- t-elle. L’apprentissage de la tradithérapie est héréditaire, une transmission évoluant de père en fils, de la mère à la fille, suivie d’une formation en bonne et due forme. « J’ai aussi une attestation de fin de formation en tradithérapie », assure-t-elle. Joël, tradithérapeute, la trentaine environ, n’en dit pas moins. « Mon grand-père maternel et ma grand-mère maternelle étaient tous des tradithérapeutes, affirme-t-il. Quand je n’ai pas pu continuer les études, je me suis rendu compte que j’avais aussi des dons de guérison. Je me suis donc attaché à ce don que j’ai cultivé en fréquentant les grands praticiens qui m’ont formé. »

« J’ai pu finir mes études grâce à cette activité »

Mais la question se pose de savoir si cette activité nourrit les praticiens eux-mêmes. La plupart de ceux que nous avons rencontrés ne se plaignent pas. Attingnisso Raoul, fils d’une commerçante des plantes et feuilles de la médecine traditionnelle, étudiant en CBG à l’UAC, nous a indiqué que c’est bien cette activité qui a permis à ses parents de le nourrir et de le scolariser. « J’ai pu finir mes études grâce à cette activité que mènent mes deux parents, c’est notre seule source de revenu », dit-il. Dame Massenon Yvette, vendeuse de plantes médicinales à Dantokpa, s’inscrit dans cette même logique: « c’est grâce à ce commerce que j’ai envoyé, toute seule, mes trois enfants à l’université, ils ont fini tous aujourd’hui, puis travaillent chacun », dit-elle. Pour sa part, Joël nous confie : « Hier samedi, dans cette seule journée, j’ai fait une recette de 35.000 F. Même si tous les jours ne sont pas aussi fructueux, j’arrive à me nourrir, à payer mon loyer et à m’occuper de ma famille.» L’on peut voir que de plus en plus de praticiens louent des boutiques au bord de nos artères pour écouler leurs produits. Car la demande est très forte. Selon des chiffres du ministère du commerce, près de 80% des Béninois ont recours à la médecine traditionnelle pour se soigner.

Les plantes et écorces collectées un peu partout

Les vendeurs des produits de médecine traditionnelle se déplacent un peu partout dans les villages pour se procurer les matières premières utiles à leur travail. « Nous nous approvisionnons dans les marchés, surtout chez les villageois qui exercent cette activité », affirme une vendeuse de tisanes résidant à Godomey. « C’est souvent dans les marchés qui s’animent à intervalle de 5 ou 3 jours que nous allons pour nous approvisionner », ajoute-t-elle avant de poursuivre : « Nous avons des fournisseurs femmes qui vivent de cette activité, et qui, même à domicile, nous apportent ce dont nous avons besoin ». Du côté de Mémé Ginnou, également vendeuse d’articles de médecine traditionnelle à Togba, dans la commune de Calavi, le déplacement dans les villages s’avère indispensable. « Nous qui sommes en ville, dit-elle, nous faisons des commandes. Et pour des raisons de manque cruel de certaines espèces de plantes en saisons sèches, nous faisons des stocks en saisons pluvieuses pour s’en servir après. » Certaines localités sont réputées pour leurs feuilles. C’est le cas de la commune de Dassaconnu en particulier pour ses racines et ses écorces. De même, Togbatoujours dans Abomey- Calaviest une source de matières premières pour les praticiens. Dans ce même sens, à Djadjo dans la commune d’Abomey-calavi, Roland Hounkpè qui supervise le marché pour sa mère malade, énumère une liste des lieux d’approvisionnement de ces produits. « Nous allons à Avrankou ,Adjarra , Kétou pour acheter les plantes et autres produits qui soignent traditionnellement. Nous avons des fournisseurs qui viennent nous vendre aussi ces produits ici. » A Parana, Solange Vihoutou, une vendeuse de plantes médicinales se confie en ces termes: « Avec mon âge, je ne me déplace plus trop pour aller sur les lieux où je payais mes plantes. Aujourd’hui je reste à la maison et c’est ma fille qui va me les chercher dans les villages de Sakété et parfois à Pobè. »

Une collaboration encore difficile avec la médecine moderne

Dame Anastasie Loukoya tient une boutique de plantes médicinales à Godomey. Une file d’attente laisse voir des patients qui viennent se faire traiter pour différentes affections, devant sa boutique. Tradithérapeute depuis plus d’une décennie, Anastasie Loukoya leur procure satisfaction. « D’abord, affirme la tradithérapeute, nous examinons aussi les patients qui viennent nous voir. Et quand il s’agit d’un simple paludisme, nous leur administrons un remède. Dans le cas contraire,avant de traiter les patient, nous leur demandons d’aller faire une analyse pour savoir de quoi il s’agit réellement». Elle explique que malgré son expérience, elle ne saurait savoir de quoi le patient souffre si au préalable il ne s’est pas fait consulter par un médecin. « Nous les renvoyons vers les médecins si après deux voire trois traitements,on ne trouve pas de satisfaction pour le mal », ajoute-t-elle. On voit donc que les deux traitements se complètent. Mais les médecins acceptent rarement de collaborer avec les spécialistes de médecine traditionnelle. Pour AFODEGONKOU Gbènoukpo alias Titilayo, Président du Cercle de recherche en médecine traditionnelle au Bénin (CRMTB), beaucoup reste à faire pour rapprocher les deux catégories de praticiens. Il exhibe un agrément délivré en 1988 par le ministre feu Soulé Dankoro et une carte professionnelle signée aussi par le ministre de la santé. « Mais, confie-t-il, sur le terrain, vous allez constater que ça ne marche pas. » Et d’ajouter : « Donc l’Etat connait notre place, mais les médecins, les docteurs modernes ne veulent pas la collaboration. » De fait, près d’un quart des médicaments modernes proviennent de plantes, ce qui suscite la méfiance des tradipraticiens qui soupçonnent les médecins modernes de piller leurs secrets sans contrepartie substantielle. Une politique nationale de la Médecine Traditionnelleexiste au Bénin depuis 2008. Elle est mise en œuvre par le Programme National de la Pharmacopée et de la Médecine Traditionnelles. Elle vise essentiellement l’encadrement des pratiques de la médecine traditionnelle. Si dans certains pays comme le Togo ou le Niger, des mesures sérieuses sont prises pour introduire l’enseignement sur les vertus des plantes, écorces et racines dans les facultés de santé (médecine et pharmacie notamment), il n’en est pas de même au Bénin. Résultats, l’écrasante majorité des médecins formés à la faculté des sciences de la santé ignorent les vertus des plantes de chez nous.

Larissa AGOTI-GUEZO, Sébastien Ligan, Abdoul KAYODE & Gires Guedou (stagiaires)

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