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Le triomphe de la vérité

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Edito: Les leçons du Nigeria


Pour une énième fois, la Nigeria a fermé ses frontières avec le Bénin. Sous le fallacieux prétexte d’exercice militaire conjoint, notre voisin de l’Est a utilisé une arme qu’elle a déjà utilisée à plusieurs reprises depuis l’ère Kérékou. C’est un nouveau chantage pour la même raison : lutter contre la fraude qui nuit à son économie. On ne s’étendra pas beaucoup sur les raisons réelles qui sous-tendent cette opération brutale, sans avertissement ni préavis auprès des autorités béninoises. On sait que pour de tels exercices, les Etats prennent généralement des dispositions en vue de sauvegarder les relations de bon voisinage. Le Nigeria est si convaincu de la petitesse et de la dépendance du Bénin, qu’il a toujours choisi une voie d’action cavalière et unilatérale. Mais si l’effet recherché est réellement de lutter contre la fraude en provenance du Bénin, ce mode d’action est plutôt bancal.
Mais au fond, le pays a raison de chercher à remédier à son propre déficit commercial et au déficit de sa balance des paiements. Le Nigeria est le plus gros importateur du continent africain, ce qui l’oblige à sortir ses devises difficilement gagnées grâce à la manne pétrolière. Ne serait-ce qu’au niveau du déficit de la balance des paiements, le pays est bien malheureux au plan macroéconomique. Si nous regardons le cas du Bénin, notre pays a enregistré en 2018 un excédent de sa balance des paiements de 196,9 milliards F CFA là où celui du Nigeria atteint à peine un milliard de FCFA dans la même période. En clair, le Bénin encaisse plus d’argent de l’extérieur que le géant Nigeria et tout son pétrole. Une bonne analyse chercherait à rééquilibrer les données, en réduisant de façon drastique les importations, tout en encourageant les exportations. Mais pour réduire les importations, il faut bien que les citoyens, déjà habitués aux biens importés, soient obligés d’une manière ou d’une autre, de se tourner vers ce qui est produit localement. C’est dans ce sillage qu’il y a quelques semaines, Muhammadu Buhari a demandé à la Banque centrale de ne plus allouer de devises aux importations alimentaires (huiles, riz, etc.), ce qui signifie implicitement que le pays entend encourager la production locale et l’imposer aux consommateurs. L’injonction faite par l’autorité politique à une banque centrale est déjà un risque sur la monnaie nigériane, car une banque centrale est censée être indépendante de l’Etat central. A défaut, elle conduit droit l’institution à l’affaissement de son autonomie, de sa crédibilité et à la déliquescence de la monnaie.
Mais si le président nigérian en est réduit à cette mesure, c’est qu’il entend fermer le pays aux marchandises de contrebande qui transitent par le Bénin pour atterrir frauduleusement sur le marché nigérian. Il est vrai qu’en l’occurrence, ceux qui souffriront, ce sont les consommateurs nigérians livrés à la pénurie, dans un contexte où le Nigeria est loin d’avoir atteint l’autosuffisance alimentaire. Lorsque les citoyens auront faim et qu’ils trouveront du riz thaïlandais à leurs frontières, je ne vois pas ce qui peut les empêcher de s’en procurer même par la fraude. Il en est de même pour les huiles végétales, les voitures d’occasion ou les volailles. La demande des consommateurs ordinaires est plus forte que les mesures de restriction prises au sommet de l’Etat fédéral.
Malgré les risques que prend Buhari sur ce terrain glissant, il y a des leçons à tirer de sa hardiesse. La première, c’est qu’aucun pays ne développe une industrie véritable en s’ouvrant totalement aux industries étrangères. Les Etats-Unis, la Chine, l’Inde et même les pays de l’Union Européenne en sont des exemples. Protéger l’industrie locale sans galvauder sa compétitivité devient alors un défi à relever.
La deuxième leçon, c’est que les règles communautaires ne sont pas des camisoles de force. En violant les règles de libre circulation des personnes et des biens au sein de la CEDEAO, le Nigeria nous montre chaque jour que nous pouvons aussi structurer notre politique commerciale, sans être pris dans les filets de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). L’ouverture à tout crin est un suicide économique.
La troisième et dernière leçon, c’est que le port de Cotonou, quoique poumon économique du pays, risque d’enregistrer quelques remous dans quelques mois. La baisse des réexportations, même illégales, pourrait rejaillir sur l’activité portuaire. Et il faut s’y préparer…

Par Olivier ALLOCHEME

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