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Le triomphe de la vérité

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Edito: La guerre de l’ECO


La principale zone d’ombre pesant sur le destin de l’Eco reste sa parité annoncée avec l’Euro. Alassane Ouattara, président en exercice de la CEDEAO, a annoncé en effet que la monnaie unique de la CEDEAO conservera exactement les mêmes caractéristiques que notre monnaie actuelle : parité fixe de 1€=655,957 Eco et garantie accordée par la France. Ainsi formulée, cette caractéristique n’a pas plu aux autres pays de la CEDEAO, notamment au Ghana et au Nigeria. C’est un peu comme si le CFA changeait simplement de nom et s’élargissait à sept autres pays. C’est exactement aussi comme si ce que les anti-CFA appellent la servitude monétaire s’élargissait à toute l’Afrique de l’Ouest. Il ne restera plus que la nouvelle monnaie continue à être imprimée aux Chamalières en France, pour que le crime soit parfait.

Car, en fin de compte, il s’agit d’un changement sans changement, un sur-place inadmissible pour ceux qui combattent la tutelle de Paris. Au fond, ce qui est brandi comme argument principal en faveur de la parité et de la fixité, c’est la stabilité qui permet à la zone CFA de conserver un pouvoir d’achat acceptable pour ses populations. La seule question qui se pose ici, est celle-ci : pourquoi continuons-nous de lutter pour un CFA fort, en l’arrimant à une monnaie forte comme l’Euro, alors que de grands pays comme les Etats-Unis et la Chine cherchent plutôt à affaiblir leurs monnaies pour favoriser leurs exportations ? Dire que le CFA est une monnaie forte, c’est dire en effet que les exportations de la prochaine zone Eco seront moins compétitives à l’international. Si un pays comme l’Iran dont le PIB est nettement supérieur à celui de tous les pays de la CEDEAO a pourtant une monnaie très faible (1 Euro égal 46 924,51 Rial iranien), il y a de quoi s’interroger. Pourquoi devrions-nous nous comporter comme un pays d’importation uniquement au lieu de faire la politique d’une monnaie faible qui impulse nos exportations ?

Mais au fond, la question de la parité qui doit être résolue, nous amène à penser que la nouvelle monnaie ou sera forcée de s’affaiblir au niveau du naira, du cedi ghanéen ou du dalasi gambien, ou forcera ces différents pays à respecter tous les critères de convergence avant que de devenir une monnaie commune. Il faudra que chacun des quinze Etats-membres respecte les 7 critères de convergence (dont le déficit budgétaire inférieur à 5%, le taux d’inflation inférieur à 3%, le déficit du commerce extérieur inférieur à la marge restante après la limite de 20% du taux des réserves monétaires par rapport à la circulation monétaire dans le pays concerné,… ). A tout point de vue, il faudra du temps pour qu’un pays comme le Nigeria qui représente 70% du PIB de la zone, réussisse à remplir ces critères. L’inflation seule dans ce pays a atteint 11,22% le mois dernier, alors qu’un pays comme le Bénin, sur ce même critère, est resté en dessous de 3% sur la même période. Comment le Nigeria et les autres pays feront-ils pour parvenir à ce niveau ? Il y a forcément une austérité budgétaire qui les attend, et il faut se demander si ces Etats accepteront les sacrifices induits.

A vrai dire, comme ce fut le cas pour la zone Euro, il y aura une période de transition avant que les critères de convergence ne soient pleinement atteints par les Etats non-CFA. Certains économistes soutiennent qu’une vingtaine d’années au moins sera nécessaire pour le grand soir de la monnaie commune ouest-africaine. Mais avant, il faudra se demander si certains pays, notamment le Nigeria, qui ne sont pas habitués à une discipline monétaire stricte comme en zone UEMOA, accepteront de renoncer à leur souveraineté monétaire au profit de la communauté. Il ne faudrait pas oublier que dans ces pays, l’Etat, à tout moment, a la faculté de faire tourner la planche à billets pour résoudre ses problèmes financiers, contrairement à la rigueur imposée par l’UEMOA. Plus généralement, dans nos pays où une bonne partie des anciens ministres des finances sont en prison ou en exil du fait d’une gestion hasardeuse des finances publiques, il est à se demander si l’habitude de la prévarication ne va pas se ramener dans la politique monétaire et faire sombrer davantage les économies.

On imagine dès lors les réformes, mais aussi le temps, qui seront nécessaires pour atteindre une véritable souveraineté monétaire ouest-africaine.

Par Olivier ALLOCHEME

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