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Le triomphe de la vérité

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Edito: La valeur d’une solidarité


Il n’y avait ni un Drogba, ni un Eto’o ou un Mahrez parmi les Ecureuils. Pourtant, ceux que le peuple béninois a célébrés ce samedi, avec le retour des Ecureuils, s’apparentent à des prodiges. Stéphane Sessègnon, Khaled Adénon, Saturnin Allagbé ou encore Olivier Verdon ont été reçus en héros, alors que dans les championnats européens où certains d’entre eux évoluent, ils n’occupent pas franchement les premières places.
Oui, ce ne sont peut-être pas des Sadio Mané, des André Onana ou autres André Ayew sortis des meilleurs championnats européens, ils sont pour nous l’idée que nous nous faisons de l’héroïsme. A vrai dire, à la différence des grandes équipes que le Bénin a dû affronter au cours de ce tournoi inoubliable, les Ecureuils n’avaient pas de stars du cuir rond. A titre d’exemple, aucun joueur sénégalais n’évolue dans un championnat africain, encore moins sénégalais. Que ce soit le gardien Alfred Gomis qui évolue en Italie, les défenseurs Moussa Wagué (FC Barcelone, en Espagne), Youssouf Sabaly (Bordeaux), Lamine Gassama (Göztepe,Turquie), Salif Sané (Schalke 04 en Allemagne), ou encore Idrissa Gueye (Everton,Angleterre), Cheikhou Kouyaté (Crystal Palace,Angleterre), aucun d’eux n’évolue en Afrique. Il en est de même des attaquants Ismaïla Sarr (Rennes), Keita Baldé (Inter Milan,Italie), Sadio Mané (Liverpool,Angleterre) ou encore Mbaye Diagne (Galatasaray,Turquie)…Liverpool, le club du virevoltant Sadio Mané a même remporté la champions’ League la saison dernière. Mais en face, il y avait une légion béninoise faite de joueurs dont une bonne partie évolue certes en Europe, mais la plupart du temps dans des clubs de seconde zone. En dehors peut-être de Steve Mounié qui joue à Huddersfield en première division anglaise ou de Khaled Adénon et Olivier Verdon, sociétaires respectivement d’Amiens et de Sochaux, en première division française, la plupart des autres évoluent en divisions inférieures.
Est-ce donc cela qui a favorisé leur succès ? Peut-être bien que oui ! Une équipe ne gagne pas toujours parce qu’elle compte en son sein des stars. Une équipe gagne bien souvent parce qu’elle réunit des individualités complémentaires. Mais elle gagne surtout quand il y a un esprit de famille, une solidarité à toute épreuve qui soude les joueurs autour d’un même objectif. Lorsque de fortes têtes tentent d’en imposer aux autres, ce sont des querelles de leadership qui surviennent et rendent l’atmosphère invivable. On sait qu’au sein des Black Stars du Ghana par exemple, une sourde rivalité oppose André Ayew à Gyan Asamoa à propos du brassard de capitaine. Les querelles de leadership ne manquent peut-être pas au sein des Ecureuils, mais elles n’ont guère transpiré en dehors du groupe. Et ce que chaque joueur a toujours confessé même en privé, c’est la solidarité agissante au sein de l’équipe. L’esprit de famille qui règne a fait de chaque match un défi collectif, permettant à chacun de penser au bien de tous. S’il y a un management de Dussuyer, c’est cette primauté de la solidarité qui a permis de gommer l’égocentrisme si cher aux footballeurs mais aussi si destructeur. Cet esprit de famille a du reste été renforcé par la proximité remarquable dont ont fait preuve les responsables de la Fédération béninoise de football ainsi que le ministre des sports. Il y a quelques années, les coaches se faisaient imposer les joueurs qu’ils devaient choisir, envenimant l’atmosphère au sein de l’équipe. Nous n’avons pas senti ces manigances souterraines au cours de la campagne égyptienne.
Il y a également l’absence des problèmes financiers. Même si le gouvernement béninois n’est pas habitué à injecter des milliards dans le football, la passion nationale a pris le pas sur les exigences d’austérité. Personne n’a pu se plaindre des primes de match comme ailleurs. Les moyens n’ont pas fait défaut à notre équipe.
Le jeu des Ecureuils est le résultat de cette combinaison heureuse. Elle a favorablement impressionné les Béninois. Est-ce à dire que le Béninois se contente de peu ? Non, mais l’exploit que nous avons célébré, c’est d’avoir atteint ce niveau de compétition où honnêtement personne ne nous attendait. Les Béninois restent exigeants, surtout en matière de qualité de jeu, mais ils sont reconnaissants pour les efforts qui ont été faits. Car, en dernier ressort, ces efforts ont permis au Bénin de ne pas être ridicule et même d’être aujourd’hui cité dans le gotha du football africain. C’est en réalité la source de la grande fierté qui anime tous les Béninois aujourd’hui.

Par Olivier ALLOCHEME

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