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Le triomphe de la vérité

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Edito: La conjuration du mauvais sort


Beaucoup s’interrogent sur ce qui se passera après le départ de Boni Yayi. Est-il parti pour un exil politique ou juste pour se soigner ? Telle est la question récurrente qui taraude tous les esprits. Et la réponse, seul l’ancien président pourra la donner.
Après cinquante jours d’assignation à résidence, l’ancien président a été délivré par la police qui a levé le siège de sa résidence de Cadjèhoun ce samedi matin. Il a aussitôt choisi d’aller se faire soigner à l’extérieur selon des témoignages concordants. Pour le moment, le ministre de l’intérieur ainsi que le porte-parole des FCBE, Nourénou Atchadé promettent que l’ancien président reviendra répondre devant la justice. C’est du moins ce qu’il aurait promis aux sages et notables de Tchaourou en visite chez lui ce vendredi.
L’ancien président sait lui-même qu’il y a une épée de Damoclès qui plane sur sa tête, le procureur de la république ayant laissé entendre que la justice dispose de preuves attestant son implication personnelle dans les violences ayant secoué Cotonou les 1er et 02 mai derniers. La justice elle-même se retrouve devant un cas difficile à résoudre, étant donné la sensibilité d’une éventuelle poursuite de ce dossier. Comment poursuivre efficacement les 64 personnes détenues dans cette affaire, sans toucher à celui que certains auraient désigné comme étant leur commanditaire ? De plus, même si personne ne les avait envoyés commettre quoi que ce soit, il leur est bien facile de s’abriter derrière ce paravent pour ne pas subir les foudres de la loi. La justice sera bien obligée de faire son travail, autant pour éviter qu’un éventuel abandon de poursuite ne fasse jurisprudence, que pour donner droit à ceux qui ont été victimes d’actes de vandalisme, ceux dont les maisons ont été incendiées, les voitures saccagées, ceux dont on a volé les motos…
Pour les partisans de la révolte, il est inconcevable que l’on juge ces lampistes, sans dire un mot de la cause première de leurs manifestations. Il s’agit bien des élections du 28 avril. Mais, quels que puissent être les arguments brandis, rien ne peut expliquer qu’une justice se taise sur des actes de vandalisme graves. Même si l’Etat choisissait de ne rien faire, les victimes et leurs parents, ceux qui ont perdu leurs biens ou leurs proches, comme ceux qui sont blessés, ne pardonneront jamais tant que la justice n’aura pas situé les responsabilités. Et il est à craindre que malgré les effusions superficielles issues des démarches de paix, des actes de vengeance ou de vendetta soient perpétrés en guise de représailles, tôt ou tard.
C’est là où la question cruciale de la comparution réelle de Boni Yayi se posera. Si sa comparution est obtenue, qu’est-ce qui empêchera sa condamnation en bonne et dure forme comme commanditaire des violences incriminées ?
Là-dessus, la palette des preuves que la justice détient est bien longue. Selon des indiscrétions, en dehors des aveux des casseurs, il y a même des relevés téléphoniques authentiques qui pourraient servir à confondre l’ancien locataire de la Marina.
C’est tout cela qui pousse certains observateurs à soutenir que Boni Yayi est parti pour ne plus revenir. Il ira grossir la liste des exilés dits politiques, et animera l’opposition de l’extérieur. Mais connaissant le bagout de l’homme, je doute fort qu’il s’exile aussi facilement. Car alors, il donnerait raison au régime Talon qui a toujours soutenu que les exilés dits politiques sont ceux qui s’en vont pour échapper à la justice, en brandissant divers alibis.
Le cas Yayi fera école cette fois. Si donc il revenait, il est bien possible que les besoins d’un apaisement obligent le gouvernement à choisir la voie d’une grâce présidentielle, conduisant à une indemnisation des victimes ou de leurs ayant-droits. C’est, me semble-t-il, la voie la plus recommandée pour un dégel véritable. Mais l’amnistie ou la grâce présidentielle, suppose elle-même que les prévenus passent devant les juridictions appropriées avant que le gouvernement ne se saisisse en dernier ressort du dossier pour décider de passer l’éponge. Les politiques avisés trouveront pourtant cette solution trop romantique pour être possible. C’est de l’angélisme, dans un contexte où l’opposition, Boni Yayi en tête, réclame la dissolution pure et simple du parlement et la reprise des élections. Patrice Talon a-t-il le pouvoir à lui seul, de dissoudre un parlement dont la Cour constitutionnelle a déjà prononcé la légalité ? Aucun démocrate sérieux ne saurait répondre à cette question par l’affirmative.

Olivier ALLOCHEME

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