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Le triomphe de la vérité

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Edito: La colère de Dangoté


Il ne faut pas s’étonner des critiques de Dangoté contre le Bénin. Le magnat nigérian du ciment a investi des dizaines de milliards dans l’implantation d’usines de riz, de conserves de tomates et de pâtes alimentaires dans son pays. Les réexportations en provenance du Bénin constituent des menaces contre ces investissements lourds pour lesquels le milliardaire nigérian a obtenu des positions de monopoles très avantageuses. Ces positions lui permettent de dicter sa loi dans l’essentiel de l’appareil économique du Nigeria. Et c’est pourquoi il ne faut jamais prendre les menaces de Dangoté à la légère.
Par exemple, les tarifs douaniers sur le riz importé au Nigeria ont été amenés à 110%, contre environ 7% au Port de Cotonou. Le but est de protéger les usines de riz de très grande capacité construites par Dangoté dans le pays. En amont, depuis mars 2010, le Nigeria a mis en place un programme décennal visant à tripler la production locale. Son objectif est de résorber l’énorme déficit en riz (environ 56%), afin de créer de la richesse et des emplois dans le pays. En 2018, Muhammadu Buhari assurait que son pays avait atteint une autosuffisance de 95%. Mais les circuits parallèles de distribution existent qui inondent le marché, preuve que l’autosuffisance n’était pas vraiment réelle. Depuis 2018, il est devenu très difficile voire impossible aux commerçants béninois de réexporter légalement du riz sur le marché nigérian. Ils passent simplement par les contrebandiers nigérians utilisant des circuits clandestins pour atteindre le consommateur final. En d’autres termes, c’est le marché nigérian qui a besoin du riz réexporté depuis Cotonou et ce sont les commerçants nigérians qui viennent s’approvisionner au Bénin.
Le même scénario a lieu en ce qui concerne les véhicules d’occasion. Autrefois, 90% de ces véhicules importés massivement au port de Cotonou étaient réexportés vers le Nigeria. Mais depuis janvier 2017, le Nigeria a décidé de fermer ce commerce aussi, en raison de la mise en place progressive d’une industrie automobile dans le pays. Il n’y a pratiquement plus de véhicule d’occasion entrant légalement sur le sol nigérian par le Bénin. Ce sont les importateurs nigérians, aidés de contrebandiers nigérians expérimentés qui se sont créés des chemins parallèles pour approvisionner un marché demandeur qui résiste aux mesures protectionnistes d’Abuja.
En raison de ces différentes mesures de protection, les économies des communes frontalières de l’Ouémé, du Plateau, des Collines et du Borgou sont pratiquement sinistrées. Il y a quelques mois, j’ai mené une investigation qui m’a conduit dans les villages d’Oké-Owo et Monka dans la commune de Savè et Kilibo dans la commune de Ouèssè. L’économie de ces localités frontalières du Nigeria s’est littéralement effondrée. Les commerçants qui y passaient pour atteindre le Nigeria à travers le fleuve Okpara, ont été bloqués par les mesures draconiennes prises par le Nigeria pour enrayer leurs activités. C’est qu’en réalité le Nigeria est habitué à prendre ce genre de mesures. Depuis une vingtaine d’années, le Nigeria empêche littéralement les produits communautaires d’atterrir sur son territoire, pour protéger son marché. Alors que des dizaines de produits nigérians se retrouvent sur les marchés béninois, ghanéens, togolais, nigériens ou ivoiriens, vous verrez très rarement des produits de ces pays de la CEDEAO sur le marché nigérian. Le pays a verrouillé son marché par des mesures tarifaires et non-tarifaires qui en rendent l’accès impossible, sauf par voie de contrebande.
Un exemple. Il y a quelques années, une société béninoise d’acier s’est vu refuser le droit d’exporter ses fers à béton sur le marché nigérian. De guerre lasse, elle a sollicité le droit de faire passer ses camions par le territoire nigérian, afin de livrer le Tchad voisin du Nigéria. Les autorités d’Abuja lui ont opposé un refus catégorique. La même chose que font les camions de Dangoté au Bénin a été refusée à une société béninoise il y a quelques années au Nigeria.
Résumons-nous. Le Bénin peut difficilement empêcher ses citoyens de faire leur commerce légalement sur le sol béninois. Il appartient au Nigeria de faire en sorte à empêcher ses citoyens de trouver des issues de contrebande au long de nos frontières. Il appartient surtout au Bénin de ne plus compter sur ce voisin protectionniste qui ne respecte aucune règle communautaire en matière de libre circulation des personnes et des biens au sein de la CEDEAO. En fin de compte, toute nouvelle mesure de rétorsion fera mal aussi bien aux citoyens béninois qu’aux citoyens nigérians dont le seul tort est de garder des relations séculaires brisées par la colonisation.

Olivier ALLOCHEME

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