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Le triomphe de la vérité

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Le député Jérémie Adomahou, invité de « Sous l’arbre à palabres » de l’Evènement Précis: « L’Union Progressiste va peser dans la majorité des décisions à l’Assemblée »


Membre fondateur et membre du bureau politique du parti Union Progressiste (UP), l’honorable Jérémie Adomahou était l’invité de la rubrique « Sous l’arbre à palabre » du quotidien L’Evénement Précis, le jeudi 9 mai dernier. Dans cet entretien à bâtons rompus qui a eu pour cadre les locaux dudit organe de presse, l’élu de la 12ème circonscription électorale a apprécié le déroulement du scrutin législatif du 28 avril dernier au terme duquel, il a été réélu député pour le compte de la 8è législature. De ses explications, il ressort que ces législatives se sont globalement bien déroulées sur toute l’étendue du territoire national, en dépit de quelques actes de violence et de vandalisme enregistrés à certains endroits. A l’en croire, l’absence de violence dans sa circonscription électorale est due à la tournée effectuée par la délégation de l’UP conduite par son Président Bruno Amoussou pour rassurer les populations de la tenue effective des élections à bonne date. Sur la question des deux listes de la mouvance ayant pris part à ces élections, le député Jérémie Adomahou a fait savoir que contrairement à ce que croyaient certains comme quoi, ce serait un match amical, la campagne électorale a été rude entre les deux formations politiques en lice. « Ça a été dur. Les langages que nous avons tenus de part et d’autre ont été plus durs que ce que nous avions l’habitude de dire entre mouvance et opposition », a-t-il martelé. Tout comme ses pairs, Jérémie Adomahou ne partage pas du tout la perception selon laquelle, les partis de l’opposition ont été exclus du processus électoral ayant conduit à l’élection des 83 nouveaux députés. Pour lui, « l’opposition s’est refusée elle-même de remplir les conditions nécessaires pour aller aux élections ». Appréciant le caractère monocolore que certaines personnes attribuent à la 8ème législature dont l’installation est prévue pour ce jeudi 16 mai, il rappelle qu’au lendemain de l’élection du Président Patrice Talon en 2016, il n’y avait pas d’opposition au Parlement jusqu’à l’échec de la première tentative de la révision de la Constitution. Ce qui l’amène à affirmer qu’il n’a aucun doute que dans les quatre prochaines années, une opposition se forme à l’Assemblée nationale. « Ce n’est pas parce que nous réclamons tous, le soutien du Chef de l’Etat que cela va continuer sur les quatre ans », avertit Jérémie Adomahou. Plusieurs autres sujets d’intérêt dont entre autres, les violences post-électorales, les activités à court et à long terme du parti Union Progressiste et les défis de la 8ème législature, ont été également abordés au cours de cet entretien.

Et si on en parlait

Le taux de participation dans votre circonscription a-t-il dépassé les 50% ?
Le Couffo a été spécial et particulièrement la 12ème circonscription électorale. Quand vous regardez déjà les résultats, où l’Union progressiste s’en est sortie dans la 12ème circonscription électorale avec 41.000 voix contre 27.000 pour les Républicains, ça fait près de 68.000 pour un peu moins de 136.000 électeurs. Donc, vous voyez que nous avons dépassé les 50% de taux de participation. Lorsqu’on aborde la 11ème circonscription, le taux est un peu plus élevé. Ce qui fait que dans le Couffo en général, nous avons dépassé le taux de 60% de participation. Si vous observez bien les chiffres, c’est le seul département qui a fait ce taux au niveau national.

Vous avez tout raflé…
Non, est-ce qu’on peut dire ça ? Nous avons bataillé et nous avons laissé une portion aux autres. Notre souhait aurait été d’enlever les six sièges, mais nous n’avons pas atteint ce niveau pour arracher les trois de la 12ème. Nous-nous sommes limités à deux sur trois, c’est un résultat qui n’est pas trop satisfaisant pour nous même, compte tenu des objectifs qu’on s’est fixés.

A Savè, Tchaourou, Glazoué, Parakou, il y a eu des violences mais chez vous, pourquoi il n’y en n’a pas eu ?
Je peux dire qu’il y a aussi la communication autour de ces élections parce que quand on a commencé la campagne, les menaces venaient aussi dans le Couffo. Dans un premier temps, nous avons reçu la visite de notre président [Bruno Amoussou, Ndrl] qui a fait le tour des six communes, ce qui a été un atout pour nous, parce que partout où il est passé dans le département, son langage a été de rassurer les populations de ce qu’il y aura élection le 28 avril. Il n’est pas allé seulement demander aux populations de voter pour l’Union progressiste ; il a plutôt demandé à toute la population de sortir pour voter parce que les élections auront lieu. Ça a été un atout pour nous et vous allez vous rendre compte que nous n’avons pas fait le tapage habituel. Nous avons fait une campagne de proximité, nous avons échangé avec les militants et ils nous ont dit leurs préoccupations. Certains doutaient de la tenue des élections, certains craignaient les violences, d’autres craignaient les menaces et autres, mais on leur a expliqué que tout ira bien et ils ont compris. L’autre chose, c’est le déploiement des forces de la police républicaine ou des forces militaires par le gouvernement. C’est vrai que c’est pour anticiper la situation mais chez moi, les populations ne sont pas habituées à ça. Ça a créé une psychose au sein de nos communautés. En pleine campagne, j’ai dû demander à ces hommes-là de rebrousser chemin à un moment donné où ils voulaient me suivre. C’est tout cela conjugué qui a donné ce résultat ; peut-être que ça ne s’est pas fait de la même manière de l’autre côté où il y a eu beaucoup de dégâts le jour des élections. Peut-être aussi que les forces politiques qui se sont manifestées là-bas négativement sont plus puissantes que chez nous. Tout compte fait, il y a plusieurs paramètres qui sont en jeu à ce niveau-là.

Soyons sincères honorable, vous-vous étiez senti en compétition électorale ?
Ça a été même beaucoup plus dur que ce que beaucoup croyaient, que ça serait un match amical ou bien que ce sont des frères jumeaux. Ça a été dur. Le langage que nous avons tenu de part et d’autre a été plus dur que ce que nous avons l’habitude de dire entre mouvance et opposition. Personne ne voulait laisser la place à l’autre. Quand bien même nous soutenons tous les actions du chef de l’Etat, personne ne veut être du reste et laisser l’autre lui prendre sa place.

Est-ce que vous-vous êtes déployé autant qu’avant, lorsque vous avez été élu pour la première fois ?
Pas autant, je l’avoue, mais ce n’était pas comme les gens avaient imaginé, que ce serait un match amical ou bien que les élus sont connus d’avance. Ça n’a pas été le cas.

Vous étiez déjà de la 7ème législature. Comment se sent-on lorsqu’on est positionné et qu’on est réélu de cette manière, est-ce qu’on se sent légitime ?
Oui. On se sent légitime sur plusieurs plans. D’abord, lorsque vous avez déjà exercé un mandat et que le parti vous porte et vous positionne comme tête de liste, c’est déjà une marque de confiance. Ensuite, si lors du vote, ça se confirme et que les populations votent massivement pour vous, vous ne pouvez plus douter de votre légitimité. Moi, j’ai eu 12.000 voix à Lalo en 2015 et cette fois-ci, près de 19000 voix actuellement dans le même Lalo. Il est vrai qu’en 2015, j’étais parti sous le manteau des FDU, ce qui est différent de la situation actuelle où il y a eu convergence et fusion de beaucoup de forces. Mais, si on doit comparer le taux de participation de 2015 à maintenant, on peut dire qu’on a progressé parce que, bien que le taux soit plus bas qu’en 2015, nous avons eu plus de voix.

Qu’est-ce que vous avez vendu aux populations pendant la campagne ?
Justement, nous ne sommes pas membre du gouvernement pour n’aller vendre que le PAG. Nous sommes député à l’Assemblée nationale et pendant notre mandat, nous avons fait au moins quatre fois, la reddition de comptes et chaque fois, nous rendons compte au village, peut-être chaque six mois ou dans un intervalle d’un an et les lois majeures votées, nous les expliquons aux populations et on fait beaucoup de débats autour. Il arrive que les populations nous reprochent beaucoup de choses mais on essaie d’expliquer. Donc, on est revenu sur tous ces aspects tout en leur précisant que c’est meilleur pour eux de suivre l’Union progressiste. Nous qui avions fait déjà l’expérience avec eux, ils nous connaissent mieux que d’autres qui sont nouveaux dans le système. Nous avons partagé avec eux beaucoup de lois que nous avons votées et nous leur avons expliqué les lois sur lesquelles ils n’ont pas été du tout d’accord et ceci, par rapport à notre position. Ça a toujours été un langage fraternel et c’est ça qui a payé, c’est ça qui a donné ce résultat.

Vous avez expliqué tout à l’heure que votre élection est légitime mais beaucoup estiment que votre mandat est taché de sang, qu’est-ce que vous leur dites ?
Taché de sang, c’est trop dire, mais dire qu’il y a eu des difficultés, je peux l’accepter. De plus, ce n’est pas la première fois que des élections sont contestées au Bénin. En 1996 et en 2011, les élections ont été contestées.

Y a-t-il eu des violences jusqu’à des morts ?
Justement les conditions et les situations ne sont pas les mêmes. Les contestations que nous avons connues par le passé ne sont pas les mêmes que ce que nous vivons, où certains candidats n’ont pas pu participer.

Oui mais comment se fait-il que l’opposition ait été écartée de ces élections ?
L’opposition n’a pas été écartée mais l’opposition s’est refusée elle-même de remplir les conditions pour aller aux élections.
D’abord, les deux textes qui font objet de polémique sont la charte des partis politiques et le code électoral. Voyez les conditions dans lesquelles nous les avons votées. Il n’y a eu qu’un seul député qui est resté constant depuis les commissions jusqu’à la plénière. C’est l’honorable Guy Mitokpè qui a voté contre. Beaucoup de députés dont des députés Fcbe ont fait des amendements et lorsqu’on a pris en compte leurs amendements, ils ont voté. C’est-à-dire que c’est depuis l’élection du président Houngbédji au perchoir que nous-nous sommes tous fixés comme projet de faire cette réforme du système partisan et de revoir le code électoral, bien avant l’élection du chef de l’Etat, le président Patrice Talon. Personne, aucun député de la 7ème législature ne peut contester aujourd’hui ce projet qu’on avait au départ ; nous avons tous pris la décision de travailler sur ces deux textes. Maintenant que les textes ont été votés et promulgués depuis septembre, demandez-leur pourquoi ils ont attendu janvier pour commencer par se mettre en règle pour la mise en conformité alors que la clôture à la Céna était pour fin février.

Oui mais vous convenez avec nous que la rigueur instaurée au ministère de l’Intérieur a été telle que même pour des signatures on rejetait les dossiers ?
Ecoutez, ce n’est pas au niveau du ministère de l’Intérieur seulement. Mais il faut constater avec moi que depuis l’avènement de la Rupture en avril 2016, il y a eu beaucoup de changements, même dans notre administration. Nous n’allons pas toujours continuer avec la même médiocrité. Non ! J’ai été surpris quand le président Houngbédji, dans le cadre de la recherche du consensus, nous a soumis une proposition de loi dans laquelle il était dit de délivrer le certificat de conformité à n’importe quel parti qui avait son récépissé d’enregistrement quand il se présentera au ministère de l’Intérieur. Mais écoutez, nous sommes dans quel pays pour laisser les choses se passer de cette manière-là ? On ne peut pas voter une loi comme ça, puisque ça va faire jurisprudence plus tard. Lorsque vous observez les partis qui ont eu des difficultés et qui n’ont pas pu participer aux élections, ce sont des partis qui ne sont pas dans le contexte de la nouvelle charte. Nous partons d’abord d’un diagnostic et en prenant la nouvelle charte, vous verrez que cela exige de grands regroupements. On ne veut plus être fort quelque part et aller chercher des remplissages ailleurs. On veut que le parti présente de véritables candidats. Nous l’avons fait mais les autres ont préféré aller seuls aux élections. Restaurer l’espoir (Re), le Prd les Fcbe, l’Udbn ont choisi d’y aller seuls. Peut-être qu’ils n’ont pas réussi à s’entendre pour fusionner et former un grand parti comme nous l’avons fait. Ils estiment qu’ils ont la capacité de couvrir toute l’étendue du territoire. Ce qui s’est passé par la suite montre qu’ils n’ont pas la capacité de couvrir tout le territoire, surtout quand le Prd prend les gens d’un autre département et les positionne dans d’autres circonscriptions électorales.

Vous avez eu des cas du genre ?
Nous avons vu la liste du Prd qui a son certificat de conformité et a déposé ses dossiers à la Céna avant d’avoir des candidats en commun avec Moele Bénin. Le Prd a présenté des gens de Porto-Novo dans la 8ème, la 2ème et la 3ème circonscription électorale. Ce qui veut dire qu’ils n’ont pas de véritables candidats dans ces circonscriptions. Ce qui est contraire au sens que nous avons voulu donner au nouveau code électoral et à la nouvelle charte des partis politiques. Si je prends le parti Restaurer l’espoir, même s’il est écrit qu’il n’a pas pu avoir le certificat de conformité, ce n’est qu’à Cotonou et environs qu’ils ont de véritables candidats. Ils vont faire du remplissage sur toute l’étendue du territoire, comme on le faisait avec l’ancienne charte des partis politiques. Si tu es sûr d’être élu, tu peux constituer ta liste et chercher 82 dossiers pour être un parti politique pour compétir. Notre démocratie est vieille de 30 ans et nous ne pouvons plus continuer avec cette stratégie. Si vous jetez un coup d’œil sur les partis qui ont fusionné pour donner les deux partis de la mouvance, vous verrez une vingtaine de partis qu’on avait en compétition pour les autres élections. Cela n’a pas été facile pour nous de retenir nos candidats dans cette multitude de partis qui ont fusionné pour donner naissance à ces nouveaux partis, car il y a beaucoup qui nourrissaient l’ambition d’être députés mais les postes sont limités. L’arbitrage pour désigner les candidats n’a pas été facile et c’est ce que nous voulons. Nous voulons avoir des candidats crédibles pour que notre démocratie aille de l’avant.

Comment vivez-vous les critiques qui accablent la démocratie béninoise depuis le 28 avril dernier?
Pour moi, il y a des critiques qui sont fondées et d’autres qui ne le sont pas. Celles qui ne sont pas fondées sont celles politiciennes. Je veux citer l’exemple de certaines presses internationales qui cherchent à discréditer la démocratie béninoise. On ne peut pas dire que ces critiques sont fondées. On peut reconnaitre que c’est pour la première fois qu’on a un taux de participation assez bas pour les élections. On ne peut pas se sentir très heureux et très fier de ce taux.

Est-ce qu’on peut être fier de cette démocratie ?
Ah oui. La démocratie, c’est le pluralisme politique. Et le pluralisme, c’est au moins deux partis, le pluralisme ne veut pas dire mouvance et opposition. Et à l’intérieur de chacun des deux partis, on observe un pluralisme de courant. C’est une bonne et très belle démocratie que nous allons continuer à rendre davantage plus grande et plus belle. Vous avez vu comment la campagne s’est menée. On ne s’est pas caressés sur le terrain et ça va continuer, même dans la mise en place de toutes les instances de l’Assemblée nationale.

Quelle sensation avez-vous de siéger dans un parlement monocolore ?
Au lendemain de l’élection du président Patrice Talon, il n’y avait pas d’opposition à l’Assemblée nationale. Nous l’avons tous soutenu jusqu’à l’échec de la première tentative de révision de la Constitution pour qu’une minorité se dégage pour se faire appeler aujourd’hui opposition. En 2016, à l’Assemblée nationale, il n’y avait pas d’opposition. On travaillait sur les lois comme si on était tous de la même famille. En consultant les archives, vous verrez qu’aucune contestation n’a été faite par les Fcbe en ce qui concerne le vote des lois. C’est 8 à 9 mois après, quand nous avons commencé les démarches pour réviser la Constitution que les problèmes ont commencé. Un camp qui s’est fait appeler minorité s’est dégagé pour tout rejeter, sans fondement. Pour moi, ce n’est pas une opposition. Une opposition n’est pas la force politique qui dit non à tout ce qui se fait.
Dites-nous si vous êtes prêts pour les quatre prochaines années ?
Il n’y a pas de risques et je n’ai aucun doute que dans les prochaines années, une opposition naisse à l’Assemblée nationale. Pour l’expérience que j’ai eue là-bas, ce n’est pas parce que nous-nous réclamons tous du soutien du chef de l’Etat qu’il n’y aura aucune contestation avec le gouvernement sur les quatre ans.

De ceux qui incitent à cette violence, qui soupçonnez-vous ?
Il y a certaines personnalités que je ne conseillerais plus de suivre aujourd’hui. Quand ceux qui ont eu à assumer des responsabilités descendent trop bas, pour une raison quelconque, c’est vraiment difficile de les suivre. Je fais allusion aux anciens chefs de l’Etat. C’est seulement dans notre pays qu’on peut remarquer ce genre de choses. Nulle part au monde, vous ne verrez un ancien chef de l’Etat aller dans un marché international pour lancer une insurrection. C’est seulement au Bénin que cela se passe.

Est-ce qu’il n’y a pas eu des situations qui les ont amenés à agir de la sorte ?
Aucune situation ne peut pousser un ancien chef de l’Etat à cela. Aucune situation ne peut amener à cela et vous avez vu que la majorité des Béninois n’a pas suivi. Ça ne suivra pas, puisque ce n’est pas fondé. Si c’était fondé et réaliste, le peuple va suivre le mouvement de façon spontanée.

Mais il y a aussi le fait que les gens ont peur de voir les forces de l’ordre se retourner contre eux ?
Vous faites allusion aux badauds qu’on a envoyés dans les rues pour commettre des actes de vandalisme ? Ce n’est pas le peuple. Dans une vidéo, j’ai vu des gens drogués qui étaient prêts à affronter les militaires armés. Il ne s’agit pas du peuple. Le peuple ne fonctionne pas comme ça. Le peuple peut manifester parce qu’il y a une situation. Nous avons vu des manifestations au Bénin mais il faut faire selon la loi. Si les marches sont interdites, vous ne pouvez pas aller dans les rues. Vous allez affronter les forces de l’ordre.

Comment ça se fait qu’on ait un nombre insuffisant de femmes pour cette législature alors qu’une révision de la Constitution a été proposée pour améliorer leur présence ?
C’est une question qui revient toujours. Je n’ai jamais été d’accord, même lors des séminaires, sur la proposition qu’on crée une loi pour les femmes. Les femmes ne sont pas les seules lésées de la République.

Mais elles font plus de la moitié de la population
Cela ne veut rien dire. Les femmes ne sont pas les seules lésées de la République. Quand vous regardez la 7ème législature qui est en train de finir, combien de jeunes avez-vous entre 30 et 40 ans ? Les femmes qui ont réussi à se faire élire dans la minorité, elles n’ont reçu aucune faveur. Elles se sont battues et ont gagné face à des hommes.

Sûrement parce qu’elles étaient bien positionnées
Non, pas toujours. Si vous prenez les derniers résultats, il y a des femmes qui ont été élues députés sans être têtes de liste. Ce qu’il faut, c’est encourager nos mamans et nos sœurs à s’engager.

Est-ce que c’est le défaut d’engagement qui en est la base ?
Mais oui, très peu s’engagent. Dans un parti politique où vous avez dix femmes engagées contre cent à deux cent hommes, si on ne leur fait pas une faveur, les rapports de force vont s’imposer. En politique, personne ne veut céder la place à l’autre, même si vous êtes des frères du même père et de la même mère.

Dans une circonscription où vous avez quatre députés et où vous positionnez la femme troisième ou quatrième, quelle chance lui donnez-vous pour être élue ?
Non, ce n’est pas parce qu’elle est femme qu’il faut la mettre tête de liste. Cela dépend. Vous venez de dire que les femmes font 52%, ce n’est pas une raison pour que, lorsque vous mettez une femme en tête de liste, toutes les femmes votent directement pour cette liste.

Visiblement vous êtes contre les femmes
Non, ce n’est pas ça. Les positionnements se font comment ? Chaque parti se donne la chance de prendre le maximum de places possible. Si j’ai une femme parmi les candidats et que je vois qu’elle ne peut pas porter chance à la liste pour que cette liste ait le maximum de députés, je ne vais pas la mettre tête de liste tout simplement parce que je veux la faire élire. Donc on évalue les chances de chaque candidat du groupe, homme comme femme, avant de faire les positionnements. C’est vrai que compte tenu des raisons de temps, on n’a pas pu mettre en œuvre les dispositions de nos textes, nos statuts et règlement intérieur. Sinon, au sein de l’Union progressiste, nous avons opté dans nos textes de laisser toujours une part de 30% dans les instances et même dans la désignation des candidats, aux femmes.

L’Union progressiste aujourd’hui, c’est combien de partis ?
L’Union progressiste, c’est des partis et mouvements et nous dépassons 150. Et c’est ça qui fait qu’il faut à chaque fois aller de concertation en concertation avant de faire les choix. Vous imaginez, si moi je ne devais prendre que les grands partis, les gros morceaux de l’Union progressiste dans ma circonscription électorale, cela pouvait donner naissance à quatre ou cinq listes parallèles, si on doit se référer à ce qu’on faisait par le passé.

Combien avez-vous déboursé pour être candidat?
Chacun de nous a payé d’abord sa caution, et chacun a financé sa campagne. Pour la caution, chacun a payé les 249 millions divisés par 83, soit 3 millions. Il y a des circonscriptions où, si le suppléant a les moyens, il accompagne son titulaire. Moi, c’est le maire de Lalo qui a été mon suppléant. Nous avons payé.

Voulez-vous dire que c’est votre financement qui permet au parti de fonctionner ?
Non, le parti est né seulement en décembre. On n’a pas pu cotiser jusqu’à ce que le parti paye 249 millions pour toute la liste et finance partiellement ou totalement la campagne des candidats. Un parti né en décembre pour une élection en avril, l’intervalle de cinq mois, c’est trop juste.

Il y a des bonnes volontés qui ont aidé le parti ?

C’est possible.

Que répondez-vous à ceux qui disent que c’est Patrice Talon le vrai président de l’Union progressiste ?
Vous savez, nous sommes en politique et ceux qui ne sont pas de votre bord sont prêts à jeter du discrédit sur vous. C’est depuis le vote de la loi que cette question-là s’est posée. Les gens se posaient la question de savoir comment la caution serait donnée, parce que c’est élevé par rapport à ce qu’on payait. Mais lorsqu’on voit ce qu’on dépense dans la campagne électorale, lorsqu’on voit le montant même qui est prévu par la loi, le maximum qui est prévu par député, et qu’on voit la caution, on ne peut pas dire que c’est trop élevé et qu’on ne peut pas payer. Lorsque vous devez mobiliser x franc pour votre campagne au maximum et qu’on vous demande de payer le dixième de ça à titre de caution, et qui vous sera retourné si vous arrivez à vous faire élire, vous voyez, ce n’est pas trop demander.

Certains estiment que trois millions par candidat c’est trop, que c’est une démocratie censitaire, une démocratie de bourgeois…
Mais celui qui dit ça, est-ce qu’il est capable de mobiliser au moins la trentaine de millions qui est le maximum exigé par les textes pour sa campagne ? S’il est capable de mobiliser trente millions pour sa campagne, il ne peut pas dire que sortir trois millions, qui font le dixième pour payer sa caution, c’est trop.

L’Union progressiste est sortie des élections avec 47 députés. C’est une bonne majorité.
C’est une majorité confortable pour nous. On aurait souhaité faire mieux. Cela veut dire que nous sommes le groupe majoritaire à l’Assemblée nationale et nous allons peser de notre poids dans la majorité des décisions qui seront prises désormais. A commencer déjà par la mise en place du bureau et des commissions à l’Assemblée nationale. Nous allons peser de notre poids. On n’est pas majoritaire pour rien.

Vous voyez le président de l’Assemblée nationale venir de quel camp ?
Inévitablement, c’est l’Union progressiste qui va le donner. Vous ne pouvez pas vous battre et avoir le maximum de députés et laisser le camp qui est en minorité vous prendre la tête du Parlement.

Cela ne va pas créer de frustrations dans le camp du Bloc républicain ?
Quelle frustration ? Si vous avez fait peu, vous récoltez le peu. Si vous avez fait beaucoup, vous récoltez assez. C’est la loi de la nature.

Vous nourrissez quelle ambition au niveau de ce bureau?
Je ne saurais vous le dire maintenant. Mais ce qui est sûr, je ne souhaiterais plus être un député lambda cette fois-ci. Ce n’est pas forcément le bureau de l’Assemblée, il y a beaucoup d’autres postes.

Votre réélection, vous pensez que vous la devez à quoi ? A votre mandat, à vos résultats ?
Dans un premier temps, je la dois au parti, parce qu’à voir la multitude de candidatures dans ma zone, parmi lesquelles j’ai été choisi d’abord comme candidat et après tête de liste de la douzième circonscription électorale, c’est pour moi une marque de confiance du parti. Si le parti, à travers tout ce que nous avons fait pendant notre premier mandat, ne nous faisait pas confiance, je ne serais pas positionné à ce niveau-là. Et deuxièmement, cela a suivi au niveau de la base. On peut te choisir, on peut choisir de faire ta promotion en te positionnant tête de liste et pourtant cela ne va rien donner, la population ne va pas voter. Mais vous voyez les résultats. C’est vrai, comme je vous l’ai dit, on aurait souhaité faire mieux et prendre les trois sièges. Mais avec ce taux de participation-là, prendre dix-huit mille voix, ce n’est pas peu et je pense que la population aussi a adhéré et a accepté notre parcours, le temps que nous avons fait. Et nous devons cette réélection à notre parti et à notre base.

En revenant à l’Assemblée, quels sont les défis que vous pensez relever ?
Les défis sont nombreux à l’Assemblée. D’abord, il faut poursuivre les réformes. Les réformes touchent beaucoup de domaines et on ne doit pas être fatigué. C’est vrai que toutes les réformes engagées jusqu’ici n’ont pas encore porté leurs fruits. Mais il faut savoir aussi que toutes les réformes ne produisent pas de fruits dans l’immédiat. Il y a des réformes qui vont produire des fruits à moyen terme, il y en a d’autres qui vont produire des fruits à long terme. Donc il faut poursuivre les réformes. Et les lois qui font l’objet de beaucoup de critiques, s’il y en a dedans dont les critiques sont pertinentes, nous n’hésiterons pas à nous saisir nous-même de ces lois là et à faire une relecture pour apporter des amendements, des corrections.

Et quels sont les défis que les populations vous donnent ?
Pour les populations dans la grande majorité, c’est des défis de développement. C’est normal. Les populations veulent voir beaucoup d’infrastructures construites. Les populations veulent voir le panier de la ménagère s’améliorer, les populations veulent voir beaucoup d’emplois pour les jeunes et ces défis aussi, nous essayerons de les gérer à notre manière dans notre accompagnement au gouvernement dans les ratifications, dans le vote de certaines lois. Nous verrons dans la mesure du possible, comment accompagner le gouvernement pour qu’il y ait une grande amélioration dans la gouvernance pour que ces défis que les populations attendent de nous soient relevés.

En reconduisant les députés du Bmp sur les listes de sa majorité Patrice Talon a-t-il eu raison ?
D’abord, ce n’est pas Patrice Talon qui a positionné, c’est nos différents partis. Et moi, je peux parler seulement de ce qui s’est passé au niveau de l’Union progressiste. Mais en reconduisant la majorité des anciens députés, c’est d’abord dans la vision de continuer avec les réformes, parce que comme moi je l’ai toujours martelé dans mes communications, tout le monde ne perçoit pas le bien-fondé des réformes que nous voulons toujours immédiates. Mais lorsqu’un diagnostic est bien posé comme le cas de l’ancienne charte des partis et du nouveau code électoral, la réforme porte toujours ses fruits. A mon avis, c’est dans la continuité de ces réformes que beaucoup de députés ont été reconduits, mais pas tous les députés. Il y en a qui n’ont même pas été candidats, ou qui n’ont pas été positionnés. Il y en a qui ont été positionnés, mais mal positionnés au point où eux-mêmes, d’entrée de jeu, étaient presque sûrs de leur échec.

Honorable Adomahou, les élections sont maintenant du passé. A quand le congrès de restructuration de l’Union progressiste ?
Comme cela a été déjà retenu à la naissance du parti, lors du congrès constitutif le 1er décembre 2018, nous-nous sommes donnés un an pour la phase transitoire. Tous les organes que nous avons jusque là sont des organes de transition. Et c’est après les élections législatives que nous allons démarrer la mise en place des structures de base du parti que sont les cellules, les sous-sections, les sections et les fédérations. Lorsque nous allons finir de mettre en place ces structures, nous allons commencer la préparation de notre congrès qui est pour décembre 2019. La date n’est pas encore retenue. Mais c’est au plus tard dans le mois de décembre. Et c’est à ce congrès que nous allons mettre les instances en place pour le mandat prévu par nos textes. C’est-à-dire quatre ans et tous nos congrès ordinaires auront une périodicité de quatre ans à partir de décembre.

Quelle est votre appréciation des trois ans de gestion du président Talon ?
On ne peut pas dire que tout est parfait, mais nous sommes contre ceux qui peignent en noir tout ce qui se fait. Il y a eu beaucoup d’avancées et de progrès. Même si sur certains plans, ce n’est pas encore totalement visible, on a connu beaucoup d’avancées. C’est pour ça que nous, on encourage le président de la République à continuer avec les réformes, à continuer avec l’assainissement que nous observons dans tous les secteurs que ce soit le secteur économique, politique, institutionnel. Nous l’encourageons à poursuivre toutes ces réformes dont les fruits porteront même après lui. C’est vrai qu’au niveau socioéconomique, il y a la morosité et donc, nous allons continuer à l’encourager dans nos soutiens, à travailler pour l’amélioration du panier de la ménagère.

Quelle a été selon vous, la réforme la plus douloureuse ?
C’est discutable. Mais pour nous, la réforme dont certains, dans la classe politique (une minorité), ont refusé de reconnaître la pertinence ou d’accepter la responsabilité, c’est la réforme du système partisan et le nouveau code électoral. Il y a eu beaucoup de réformes qui ont fait beaucoup de grincements de dents. On a supprimé la grève, pratiquement. Dans notre encadrement, on a limité la grève. Mais les syndicalistes ne sont pas entrés dans les rues pour casser les infrastructures publiques comme privées. Pourtant, cette réforme a été dure pour les syndicalistes. Mais la première réforme politique qui a touché les politiques mêmes, vous voyez ce que ça fait comme grincements de dents et réactions.

Quand aurons-nous les résultats de ces réformes ?

C’est presque déjà fini. Depuis que le chef de l’Etat a commencé et a fait les réformes, c’est maintenant que les projets ont commencé par porter. Il a parlé au départ de l’asphaltage. C’est maintenant que c’est visible. C’est créateur d’emplois. Les projets d’eau potable, c’est maintenant que c’est visible. C’est maintenant que les premiers appels d’offres ont commencé. Donc, tout ce temps pour préparer, c’est normal qu’on sente une morosité au sein de la population. Mais dès que tout cela commence par prendre, il y aura redistribution de l’économie au sein de la population et, forcément, amélioration du panier de la ménagère. On peut dire que les conditions de vie aujourd’hui pour la plupart ne sont pas meilleures que celles d’hier. Mais lorsqu’on voit la pertinence des réformes qui amènent à cette morosité, à cette difficulté apparente que nous observons, on peut être fier et heureux que demain sera meilleur qu’hier. C’est notre souhait et c’est pour ça d’ailleurs que nous, on continue de croire en ces réformes du chef de l’Etat et on continue de l’accompagner.

Carte d’identité: Un élu au cœur du vrai peuple

Jérémie Adomahou, député de la douzième circonscription électorale, a été élu pour la première fois en 2015 pour le compte de la septième législature. Ingénieur de l’équipement rural, il a été formé à ce qu’on appelle aujourd’hui Institut international de l’eau et de l’environnement de Ouagadougou. Né à Klouékanmè en 1970, il est originaire de la commune de Lalo. Son parcours l’a mené du Ceg de Lalo au Ceg 2 d’Abomey où il a eu son Bepc en 1984. Il fait des études scientifiques (série C) au lycée Houffon de la même ville et décroche son Bac en 1990, après les perturbations de l’année blanche. Il s’inscrit en Physique-Chimie à l’Université nationale du Bénin et a fait sa maîtrise en 1995, avant d’aller à l’Ecole d’ingénieur de l’hydraulique et de l’équipement rural à Ouagadougou en 1996. Ingénieur de l’équipement rural depuis 1999, il a travaillé d’abord en tant que contractuel à la Direction générale de l’hydraulique puis à l’entreprise Adéoti Sarl où il est employé pendant quatre ans comme directeur des travaux dans le secteur de l’hydraulique et des routes. « Ça m’a permis de connaître le Bénin profond, notamment les quatre départements du nord où je suis resté pendant les quatre ans », dit-il. Mais en 2004, il démissionne pour aller en consultation libre dans un cabinet d’étude Cowi, puis en 2006 à Igip Afrique, un cabinet allemand intervenant dans le domaine de l’eau potable. Il y est resté jusqu’en 2014, à la fin du projet. C’est précisément à ce poste qu’il a été identifié par feu l’Honorable Bani Samari, alors Directeur général de l’Eau au ministère de l’Hydraulique. Son parti cherchant des candidats pour les législatives de 2011 dans la 12ème circonscription électorale, il a été aux élections avec l’Alliance force dans l’unité (Afu), sans succès. Mais cette première expérience lui permet de se rendre visible dans la circonscription, puisqu’il mobilise plus de 4000 voix dans la commune de Lalo. Aux élections de 2015, son mentor l’aide à se positionner au niveau des Forces démocratiques unies (Fdu) dirigées à l’époque par Professeur Mathurin Coffi Nago. Ce qui lui permet d’être élu. « Moi je me bats pour le développement, confie-t-il. C’est pour cela que je ne conseille pas aux jeunes aujourd’hui de prendre la politique comme un métier. Je leur conseille de ne pas entrer dans la politique sans avoir un job. Cela n’amène nulle part. » Et d’ajouter : « Je suis farouchement contre ceux qui ne veulent pas céder la place. Cela a été mon combat tout le temps. »

Intimité: Un homme sans protocole

Marié et père de deux garçons jumeaux, Jérémie Adomahou est chrétien évangéliste de l’église des Assemblées de Dieu. C’est un homme qui se définit comme un citoyen ordinaire. « Les week-ends, dit-il, j’aime vivre sans protocole. Et là, je me débarrasse de tout, même du garde du corps. » Quand on lui demande pourquoi il n’est pas polygame comme la plupart des hommes de son milieu, il sourit : « Je suis issu d’une famille monogame. Mon papa a une femme et nous sommes 5 enfants dont 4 garçons. » A table, il mange la pâte de maïs et tous les mets traditionnels. Boisson ? Il prend de temps en temps un verre de vin et de champagne. Et comme loisir, le député adore le football.

La Rédaction

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