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Le triomphe de la vérité

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Edito: L’échec des réformes


Les réformes politiques de Patrice Talon sont en plein naufrage. Après l’échec des deux tentatives de réforme constitutionnelle, c’est le tour des réformes des partis politiques et du code électoral qui partent à vau-l’eau. Ces deux dernières lois ne tiennent plus qu’à un fil. Il suffit que l’opposition les vide de leur contenu, en exigeant, non seulement la réduction du nombre de membres fondateurs des partis, mais aussi la suppression du quitus fiscal et des 10% de suffrages, pour que l’ensemble de ces réformes soient vidé de son contenu.
Là-dessus, l’opposition a joué comme un coup de poker et a remporté la mise face au pouvoir. Car aujourd’hui, l’objectif des dernières réformes du chef de l’Etat de contraindre les acteurs politiques à constituer de grands ensembles, se retrouve en porte-à-faux avec la réalité. Il doit faire face à la résistance des acteurs qui sont plus attachés à leurs logos et à leurs égos qu’à toute autre chose. A certains égards, opposition et mouvance n’entendent pas se plier aux exigences de la loi. Elles veulent faire plier la loi elle-même à leurs exigences. L’occasion leur est fournie par la mission confiée à Adrien Houngbédji, de fédérer les griefs des uns et des autres pour proposer des réformes permettant à ceux qui ne veulent pas se conformer aux nouvelles dispositions d’aller aux élections.
La marche de ce lundi promise pour exercer une pression supplémentaire, servira à tester la recevabilité de cette stratégie auprès de la population. C’est une stratégie de racolage qui peut virer au rouge si les forces de l’ordre ne veillent pas au grain. Il suffirait de prendre quelques têtes brûlées pour provoquer les policiers et les obliger à sortir de leurs gonds. Le sang versé sera abondamment relayé sur les réseaux sociaux et dans les médias. La population s’en prendra forcément au régime qui assassine de pauvres marcheurs. Les griots de la démocratie en danger traîneront leurs savates sur les écrans et nous aurons les ONG de défense des droits de l’Homme pour faire le service après-vente. A quelques semaines des élections, il n’y a pas meilleure stratégie pour déstabiliser un régime. Et remporter le scrutin presque haut la main.
Le régime Talon n’a plus vraiment son destin en main. Ce destin se trouve dans la rue instrumentalisée par l’opposition. Hier, c’était Kilibo, Porto-Novo et Tchaourou. Ce lundi, ce sera le stade de l’Amitié où l’opposition fera monter les enchères. La montée d’adrénaline entraînera des points pour l’opposition qui ne manquera pas de multiplier les sources de tension. Si elle n’a pas gain de cause, si elle ne parvient pas à faire exploser tout le processus électoral à son profit, elle continuera à faire régner l’ordre de la rue. Les spécialistes de la casse et des pneus brûlés seront payés pour être déversés sur la voie. Et comme le pouvoir a déjà montré sa frilosité face à cette terreur des insatisfaits, il cèdera.
C’est qu’en face, le régime Talon n’a pas développé une stratégie de contre-attaque proportionnelle. Quand l’opposition prend possession de la rue, elle n’a pas de répondant. Par souci de vertu démocratique, et surtout parce que le régime n’a pas créé de nouveaux riches capables de s’engager dans de pareilles actions, l’initiative de la contre-attaque est périlleuse. Les rares qui osent répondre sont ceux qui ne pèsent pas grand-chose et dont la force de frappe médiatique est réellement écornée, pour ne pas dire limitée. Il ne s’agit nullement de répondre à la violence par la violence. Mais d’activer les relais de mobilisation pour que l’initiative politique vibrante ne soit pas en sens unique. S’il n’y a pas une marche supérieure à celle de ce lundi dans le camp de la mouvance dans les prochains jours, il est fort à parier que l’opposition récidivera avec plus de force. Elle a trouvé la faille et l’exploitera sans désemparer.
Ce que je crois, c’est que le Bénin ne doit pas céder à ceux qui refusent de respecter la loi qu’ils ont eux-mêmes votée. Car les réformes sont faites pour tout le monde, y compris pour les acteurs politiques, quels qu’ils soient.

Par Olivier ALLOCHEME

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