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Le triomphe de la vérité

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Edito: Il se retire


Mathurin Nago ne sera pas candidat aux prochaines élections législatives. L’information livrée samedi par nos confrères d’une radio locale, n’a été démentie ni par les proches de l’ancien président de l’assemblée nationale ni par lui-même. Elle a de quoi surprendre quand on sait que l’homme n’avait manifesté jusqu’ici aucune velléité du genre. Ses sorties de ces dernières semaines ont plutôt servi à renforcer son leadership dans la 18ème circonscription électorale. On l’a vu surtout dans la dynamique de l’Union Progressiste dont il est allé vanter les mérites auprès des siens à Bopa il y a quelques semaines.

Alors qu’est-ce qui a bien pu pousser Mathurin Nago à jeter l’éponge ?

Les supputations vont bon train. Evidemment, on trouvera que Mathurin Coffi Nago a peur d’affronter la vérité des urnes au moment où sa circonscription électorale regroupant Bopa, Houéyogbé et Lokossa se trouve dans la zone d’influence de l’USL d’Ajavon. Il y a trois ans, Sébastien Ajavon y avait réalisé en effet de très bons scores au premier tour. Avec la gouvernance Talon, les supporters de l’ex-candidat sont plus impatients que jamais de se faire entendre. Mathurin Nago a-t-il vu venir un rejet massif ? Nul ne saurait le dire. Si tel est le cas, son désistement serait plutôt une précaution pour mieux rebondir plus tard.

Le site d’information Bénin web TV indiquait ce dimanche la volonté du Chef de l’Etat de mettre un grand coup de balai dans la constitution des listes des deux blocs formés autour de lui. « Si Mathurin Coffi Nago officialise son absence de la compétition, on pourrait donc se demander s’il l’a fait de plein gré ou sous « la pression amicale » du Président Patrice Talon », assure Benin Web TV. Député pour la troisième législature consécutive après une première expérience dans les années 90, il risque d’être écarté par Patrice Talon. Le Chef de l’Etat a déjà prouvé qu’il a la haute main sur les listes en confection. Sa stratégie est si huilée que toute mise à l’écart sera irréversible. Aucun candidat écarté de la tête de liste l’un ou l’autre des deux grands partis de la mouvance, n’a de chance d’être élu ailleurs. Se laisser surprendre au dernier moment, serait ainsi fatal. Or, si vous avez suivi l’honorable Dakpè Sossou ces dernières semaines, vous aurez remarqué son activisme sans bornes en faveur de Talon. Son objectif, même inavoué, est d’être tête de liste dans cette circonscription, en montrant qu’il est partisan des premières heures de Talon. Et il est vrai que l’ancien maire de Lokossa peut être tenu pour l’un des plus fervents partisans du Chef de l’Etat. Même s’il est entré en disgrâce depuis quelque temps. Dans tous les cas, la défection de Nago constitue pour lui un pain béni. La voie est presque définitivement dégagée pour qu’il soit tête de liste de l’Union Progressiste dans la 18ème.

Mon intime conviction, c’est que Mathurin Nago a d’autres projets en tête. Des projets politiques, peut-être, des projets professionnels, possiblement. Quelles que puissent être les motivations réelles du geste, sa noblesse est visible. Ancien Président de l’Assemblée nationale, député, il sait probablement mieux que quiconque les rouages du combat politique pour avoir été élu et réélu par trois fois. Ce n’est donc pas lui que pourrait effrayer un probable combat électoral. Il en a remporté d’autres, avec ou contre son ancien mentor, Boni Yayi.

La noblesse de son geste, c’est cette faculté à ne pas s’accrocher à un strapontin ad vitam aeternam. Il est vrai que la honte est étrangère à la politique. Les acteurs politiques béninois nous ont habitués à ne jamais renoncer à leurs sièges que contraints à la retraite par les suffrages de leurs électeurs. Très peu d’entre eux ont eu cette capacité de renoncement qui fait les grands hommes. Avant Nago, il y a eu Séfou Fagbohoun qui, il est vrai, d’une autre manière, a volontairement laissé son siège à Antoine Idji Kolawolé, alors qu’il pouvait continuer à  être réélu. Mais ici, il faut relativiser cette ressemblance en soulignant que le leader du MADEP avait été candidat dans une autre circonscription où il savait ses chances réduites.

Dans tous les cas, il faut saluer Nago qui vient de donner une leçon à ceux qui ont pris le parlement pour la palmeraie de leur grand-père.

Par Olivier ALLOCHEME

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