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Le triomphe de la vérité

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Edito: Qui osera


«Monsieur le président, à quand la fin des réformes ? » C’est le refrain d’une chanson de Stan Tohon actuellement en vogue sur les réseaux sociaux. Elle rappelle étrangement cette question posée par le paysan dans la pièce de théâtre de Jean Pliya intitulée La secrétaire particulière : « A quand la fin de l’indépendance ?» Ce questionnement est le signe d’un malaise profond qui concerne une bonne partie des classes moyennes et des classes inférieures de notre société. Les réformes qui touchent aux revenus des citoyens font plus mal que le mal qu’elles étaient censées guérir.

Souvenez-vous des déguerpissements. Dans mon propre quartier à Godomey, des jeunes sans emploi qui s’étaient cotisés leurs derniers revenus pour créer un bar, ont vu leur rêve s’effondrer en un jour. Un bulldozer est passé casser toutes leurs installations, pour cause de déguerpissement. Plus de deux ans après, le programme d’asphaltage n’a jamais pris par ma rue et je regarde, le cœur meurtri, ces jeunes retomber dans l’oisiveté. On a placé la charrue avant les bœufs avec des conséquences irréparables sur la vie des citoyens vulnérables.

En fait, nous oublions facilement que le Bénin fait partie des pays les plus pauvres du monde. Toutes les statistiques sur le développement humain montrent depuis plusieurs décennies que plus du tiers des Béninois vivent dans l’extrême pauvreté. Ce qui signifie que malgré tous les beaux palais, les belles salles climatisées et les beaux bureaux que nous avons dans ce Bénin, près de 40% des ménages vivent dans la faim et le dénuement.

On ne peut donc faire des réformes en oubliant cette frange de la population qui survit au lieu de vivre. Pour s’en convaincre, il suffit de voir que même dans la classe politique, beaucoup se jettent dans l’activisme parce que n’ayant plus aucune autre source de revenu. Regardez bien parmi les anciens ministres, les anciens députés et autres directeurs généraux nommés sur des bases politiques, vous en trouverez, et ils sont nombreux, qui sont revenus à zéro. La politique était leur seule gagne-pain. Il en est de même au sein des jeunes acteurs politiques aujourd’hui. Beaucoup ne vivent que des hypothétiques subsides que leur versent quelques âmes généreuses. Ainsi va le Bénin.

Si donc les réformes en viennent à être décriées, c’est qu’il y en a qui accroissent la détresse des citoyens, au lieu de servir à l’amenuiser. Nous sommes dans un pays pauvre, voire très pauvre. C’est pour cela qu’avant toute réforme, il faut d’abord en étudier les impacts sociaux. Il ne sert à rien de fermer un office pour faire faire des économies à l’Etat lorsqu’on n’est pas sûr d’assurer aux agents ainsi déflatés, un nouveau point de chute. Dans les années 90, croyant faire des économies à l’Etat, les institutions de BrettonWoods, avec l’accord de nos différents gouvernements, avaient contribué à faire fermer une bonne partie des sociétés d’Etat, réduire les effectifs dans la fonction publique et  serrer toutes les dépenses liées à l’éducation et à la santé. C’était les fameux programmes d’ajustement structurel (PAS). Ce qu’on n’a pas mesuré à l’époque, c’est qu’en refusant les recrutements dans la fonction publique, la santé la plus élémentaire des citoyens est menacée. Les taux de mortalité ont monté en flèche et aujourd’hui encore, il y a des zones de notre pays qui sont restées sans gynécologue, sans gastroentérologue, sans cardiologue… Dans ces zones, parce que durant des décennies l’Etat a été contraint de ne pas recruter, lorsque vous tombez malade, vous n’avez que la seule prière pour vous sauver.

Le mal, c’est que lorsque l’Etat décide de faire des réformes, la décision vient des bureaux climatisés. Celui qui décide de prendre la décision ultime n’est pas souvent descendu dans les villages, il n’a pas transpiré dans les salles de classe aux toitures branlantes, il n’a pas vécu les cas de malades abandonnés faute de médecins spécialistes, il ne connait rien de la faim qui ronge les enfants dans des cases sans eau et sans courant électrique. Il faut qu’en ce moment précis, quelqu’un lui dise la vérité, la stricte vérité, sans chercher à l’enrober dans les circonlocutions obséquieuses des cadres accrochés à leurs postes. S’il n’a personne pour cela, la dérive devient inévitable. Qui osera jouer ce rôle de fou ? Telle est la question et personne ne veut donner sa tête à couper.

Par Olivier ALLOCHEME

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