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Le triomphe de la vérité

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Le député Patrice Nobimè, invité de « Sous l’arbre à palabres » AU SIEGE DE L’EVENEMENT PRECIS: « Le budget 2019 est plus social que fiscal»


Patrice Agbodranfo Nobimé est député de la 16ème circonscription électorale (du 7ème au 13ème arrondissement de Cotonou). Rapporteur de la commission des finances à l’Assemblée nationale, 7ème législature, il est l’un des soutiens de premier plan et des plus fidèles du président Patrice Talon à Cotonou. Invité n° 113 de la rubrique « Sous l’arbre à palabres » de L’Evénement précis, journal dont il fait partie des plus fidèles lecteurs, l’homme s’est prêté volontiers à la batterie de questions des journalistes. En presque deux heures d’échanges, l’élu du peuple a passé en revue les grands sujets de l’heure au Bénin : système partisan, code électoral, budget 2019, gouvernance Talon, poursuite de députés impliqués dans diverses affaires, condamnation de Sébastien Ajavon, lutte contre la corruption, et bien sûr sa candidature pour les législatives de 2019. Très attaché à la précision des faits, le député a répondu à chacune des questions. Juriste financier de formation et de profession, il est allé dans les détails sur le budget 2019, et notamment sur le Programme d’investissement public (Pip), ainsi que certains projets en étude au parlement. Pour lui, il ne fait l’ombre d’aucun doute que le budget 2019 est « plus social que fiscal». Farouche défenseur de Patrice Talon qui, pour lui, est le meilleur président jamais élu au Bénin, Patrice Nobimé est allé contre ce qu’il appelle « les mensonges » distillés dans l’opinion pour saboter le régime en place. Candidat à sa propre succession, l’homme compte sur ses électeurs et sur l’ensemble des populations de sa circonscription pour les législatives de 2019. Lisez dans son intégralité, l’entretien à bâtons rompus entre le député Patrice A Nobimé et les journalistes de l’Evénement Précis.

Et si on en parlait

Elu député en 2015, quel bilan pouvez-vous faire de vos trois années passées au Parlement ?

Je crois que notre bilan est positif. Je peux raisonner sans avoir raison comme tout le monde. Lorsqu’on demande à quelqu’un « tu as fait un peu ? » Il ne répond que « oui, j’ai fait un peu ». Mais pour convaincre, vous êtes obligé de brandir des preuves. Alors, c’est un bilan très positif. Je le dis parce que je fais partie des députés les plus réguliers au parlement. Si je ne suis pas à l’Assemblée, c’est que je suis en mission. Je n’ai jamais, même pas une seule fois, manqué une session extraordinaire ou ordinaire, encore moins les travaux en commission. Si vous voulez, vous pouvez le consulter sur les listes de présence. Le fait d’être régulier me permet de me prononcer sur toutes les lois. Aujourd’hui, il y a des lois pour lesquelles on nous diabolise. On entend dire que ce sont des lois qui sont votées par quelques députés et tard dans la nuit. Ceux qui disent cela ne sont-ils pas des élus ? Moi ma question à leur endroit est : où étiez-vous lorsque les quelques députés ont voté ? Ils désertaient parfois le forum en pleine plénière, malgré l’importance de la loi en cours d’examen. La loi dit que le vote est fait à la majorité des députés présents. Pour moi, le bilan est positif.

Qu’est-ce que cela vous lorsqu’on vous traite de ‘’député de Talon’’, puisque depuis deux ans, vous et vos collègues de la majorité parlementaire ne faites que voter des lois qui profitent au chef de l’Etat ?

Vous savez, avant même que le Patrice Talon ne vienne au pouvoir, il y a eu des députés qui ont porté sa candidature. Il y en a eu d’autres qui sont devenus mouvanciers, après son élection à la présidence de la République. J’étais le premier député, au cours d’une émission de la chaîne Golfe Tv, à déclarer tout mon soutien à Patrice Talon s’il était candidat à la présidentielle. Et puis, tout président qui gagne les élections, une fois au pouvoir, doit chercher nécessairement une majorité qui doit lui permettre de voter les lois et faire passer les accords de prêt et autres. La Constitution du 11 décembre 1990 a été claire en ses articles 54, 88 et 89. Le chef de l’Etat et le député sont, chacun, dans leur rôle. Si vous suivez mon regard, je devrais être quelqu’un qu’on doit appeler régulièrement. Mais depuis qu’il a accédé au pouvoir, Patrice Talon ne m’a jamais appelé pour me donner des consignes. Sauf erreur de ma part et j’attends celui qui peut me contredire.

Vous voulez nous faire croire qu’à aucun moment Talon ne vous a appelé pour vous demander de voter telle ou telle loi en sa faveur ?

D’abord, y a-t-il une loi en sa faveur ? La loi ne peut pas être en sa faveur et aucune loi ne doit être en faveur d’un chef d’Etat. Les lois sont votées pour le peuple. Et, ceux qui votent les lois doivent savoir qu’ils le font dans l’intérêt du peuple et non d’un individu. C’est pour vous dire que je n’ai jamais reçu un appel de Talon pour voter une loi. Jamais. Je sais combien les débats sont houleux à l’Assemblée, toutes les critiques qu’on fait avant de voter une loi. Alors, c’est le peuple qui en bénéficie après tout et non un président.

Parlez-nous des deux lois que vous avez votées récemment, le Code électoral et la Charte des partis politiques.

Nous avons eu un passé douloureux et lorsqu’on a retrouvé la liberté en 1990, il était impossible de la restreindre. Nous avons opté pour le multipartisme et nous sommes aujourd’hui à plus de 250 partis et mouvements politiques. Où allons-nous avec ça ? Le pire c’est que, de la conférence nationale à ce jour, aucun président de la République n’est issu de ces partis. Chers amis, vous êtes des analystes politiques et vous savez lire les choses. Si on a donné aux partis le pouvoir d’animer la vie politique et que depuis tout ce temps ils ne sont pas arrivés à faire élire un chef de l’Etat, cela veut dire que cette liberté comporte des insuffisances. C’est en cela que se justifie la nouvelle loi sur la Charte des partis, qui est la bienvenue pour le système partisan. Si vous vous rappelez bien, en 2015 quand le président Adrien Houngbédji faisait son discours d’installation, il avait insisté sur la réforme du système partisan. Patrice Talon à son avènement a été plus loin que Houngbédji, parce qu’il l’a inscrit dans son projet de société en mettant au cœur l’avenir des jeunes. Ce qui fait grincer les dents dans la Charte des partis, c’est la caution de 249 millions de francs CFA. Mais les 249 millions ne sont pas à payer par individu. Si la liste contient 83 candidats et que vous divisez 249 millions par 83, à peine vous allez payer 3 millions. Il n’est pas dit que chaque candidat d’une liste va payer 249 millions. La nouvelle loi sur la charte des partis nous oblige au système partisan. Que les petits mouvements et partis s’unissent, se regroupent, pour parler politique. L’économie seule ne peut pas marcher dans un système. La politique et l’économie sont obligées de se côtoyer. La nouvelle charte des partis oblige les deux à collaborer pour donner un avenir meilleur et accélérer le développement de notre pays. Il y a aussi la question des 10% qui suscite des polémiques. Dans une région, il y a un parti qui, chaque fois, veut avoir 10 députés dans sa seule zone, sans même traverser 500 mètres de la limite de sa circonscription. Ce n’est pas normal. Son parti et ses 10% s’arrêtent à la limite de sa circonscription. Si vous avez la possibilité de réunir les 10%, vous devez alors coopérer pour couvrir le territoire. Dès lors, ce parti est obligé de travailler et il faut que ses 10% couvrent tout le territoire. Ces dispositions ont été prises pour nous amener à être fidèles. Cette loi est prévue pour être retouchée après 10 ans. Après les élections de 2019, de 2021, ou lorsqu’éventuellement Patrice Talon briguera un autre mandat après 2026, on ne reviendra plus en arrière. Il y a de petits partis même aux Etats-Unis, mais les démocrates et les républicains dictent leur loi. Vous voyez ce qui se passe en France ou même au Nigéria. Quel est notre problème ? Si je reviens au Code électoral, et plus principalement sur le quitus fiscal, je puis vous dire que j’ai compris qu’il fallait payer cela depuis que j’étais au séminaire organisé à cet effet par l’Assemblée nationale. A mon retour, j’ai demandé à avoir les anciennes factures. J’ai demandé à mon fils d’aller au service des impôts me chercher les arriérés. Voilà le comportement d’un juriste de formation, comme moi, qui connait bien l’importance de l’impôt. Nous n’avons pas la culture de l’impôt. Si une occasion se présente pour obliger les acteurs politiques et le peuple à connaître l’importance du paiement des impôts, il faut la saisir. Avec le Code électoral, non seulement nous sommes contraints, mais nous avons aussi l’occasion d’en parler à nos différentes bases électorales. Quant à la caution, vous avez suivi votre confrère Juan Gomez de Rfi, dire que le Mali et le Bénin battent le record en nombre de candidats, et qu’il y a plus de 30 candidats aux élections présidentielles ? La Céna prend les dispositions pour 30 candidats, 2 semaines plus tard, 10 démissionnent en faveur d’un autre candidat pour, à la veille, se retrouver à 15 ou à 10. Après la Conférence des forces vives de la nation, nous avons eu des élections législatives et présidentielles. Vous avez vu ce qui s’est passé en 2001 ? La banque dans laquelle je travaillais à l’époque était dépositaire du compte de la Céna. J’ai vécu la saignée financière de notre Trésor. Je sais combien on venait prendre à 18 heures. On s’est dit maintenant qu’il faut lever le doute. Nous avons même exigé que le récépissé fasse partie des documents déposés. Donc, non seulement tu vas te porter volontaire pour aller aux élections, mais tu vas payer au Trésor. En, quoi cette disposition blesse ? Il faut voir ce qui se passe sur le terrain. Cette disposition fera mal à ceux qui ne parlent pas le même langage que moi, mais c’est une très bonne disposition pour la nation.

Quelle appréciation faites-vous de la gouvernance du président de l’Assemblée nationale, Me Adrien Houngbédji ?

Le président Houngbédji est une chance que les autres mandatures n’ont pas eue depuis son premier mandat. J’étais comme vous. Je suivais les élections législatives. Je suis un acteur de la 7ème législature et le Bénin a la chance d’avoir comme président de l’Assemblée nationale, un ancien magistrat et procureur, un avocat. Avant de passer une loi au vote, il rappelle les uns et les autres sur la lecture des articles, nous les explique et demande notre accord. Il faut non seulement être président, mais un juriste pour le savoir. Les lois qui ont été votées ont subi cette chaleur de Houngbédji. Le président Houngbédji a été très bon. Avant, les députés du Bénin étaient appelés « sous manguier ». C’est-à-dire que si les travaux sont suspendus à 12 heures pour prendre à 14heures 30, leur grande inquiétude était de savoir où passer le temps de pause entre la fin et la reprise des travaux. Certains se couchaient sur une chaise sous un manguier, pour tuer le temps. A son arrivée, Houngbédji a fait construire des bâtiments et à l’heure où je vous parle, chaque député a son bureau. C’est à l’actif de Houngbédji.

Nous avons remarqué la fuite de certains députés de la minorité parlementaire impliqués dans des dossiers. On parle même de « chasse aux sorcières » sous le régime Talon. Qu’en dites-vous ?

Malheureusement il s’agit de députés. Pendant la gouvernance de Patrice Talon, il se passe des choses qui ne s’étaient jamais passées avant. L’un des privilèges inamovibles, intouchables, c’est l’immunité parlementaire. La première demande de levée d’immunité parlementaire a été envoyée par l’ancien président Boni Yayi, dans l’affaire Ppea 2. Rapidement, mouvanciers et opposants s’étaient réunis pour dire non à la levée d’immunité. Aujourd’hui, nous avons accès aux documents. C’est tout un lot de dossiers. Si le policier t’arrête pour une infraction et que tu interpelles le même policier sur une autre infraction, tu seras doublement verbalisé puisque c’est le policier qui, en ce moment, a le pouvoir de relever l’infraction. Le procureur nous a envoyé des dossiers. C’est au temps de Yayi Boni que nous avons reçu le dossier de Garba Yaya et de Dossou Simplice. Aussi, l’un de mes collègues qui était objet de levée d’immunité parlementaire, fait partie de la commission qui a traité le cas de Garba Yaya. Ceux qui sont appelés à être poursuivis sont aussi membres de la commission. Il vaudrait mieux pour eux d’aller devant la justice, pour qu’on en finisse définitivement.

Est-ce la lutte contre la corruption ou la lutte contre les opposants ?

La raison pour laquelle ils ont été convoqués, ne concerne-t-elle pas la corruption ? Le dossier envoyé par le procureur était là avant l’arrivée de Patrice Talon.

Lors de votre meeting à Godomey, vous aviez promis d’œuvrer pour mettre fin à l’impunité

Oui, j’ai parlé de l’impunité parce que les concours frauduleux se passaient devant nous. Vous ne pouviez même pas compter sur l’intelligence de votre fils pour passer avec succès un concours. Mais, ce n’est plus possible aujourd’hui. Je défie celui qui viendra me dire qu’il est allé à un concours, qu’il est admis et qu’il n’a pas été déclaré admis. S’il y a un cas du genre, rappelez-moi à cet exercice et je viendrai. L’ancien Directeur du recrutement des agents de l’Etat (Drae) s’appelle Alfred Nobimé. Dans le cadre d’un concours, il a oublié de donner la note éliminatoire pour une matière si bien que quatre candidats ont été déclarés admis, alors qu’ils n’avaient pas réuni le minimum requis dans une matière donnée. Quand on a revu les notes, il a été constaté que les quatre n’étaient pas admis. On m’a informé de la situation et j’ai pris mon téléphone, ne sachant pas que c’était mon propre frère qui était dans cette erreur. Je l’ai appelé pour aller aux nouvelles. Il ne m’a pas répondu. Quelque temps après, j’ai reçu un message me demandant si j’étais au courant de la situation et d’appeler mon frère pour plus de clarification. Et quand j’ai échangé cette fois avec le Drae, il a expliqué comment les choses se sont passées. La lutte contre l’impunité est bien en marche. Et si quelqu’un triche dans le cadre d’un concours et est déclaré admis, faites-nous appel. On reviendra ici vous en parler.

Que dites vous des députés de votre camp à qui le peuple reproche des choses mais qui ne sont pas inquiétés ou menacés par le pouvoir Talon ?

Leur dossier est-il allé devant le procureur qui nous l’a renvoyé ? Je crois que ce n’est pas Patrice Talon qui est allé vers eux pour qu’ils fassent partie de la majorité. C’est de leur propre gré qu’ils l’ont fait et je crois qu’ils sont responsables de leur choix.

L’un d’entre eux est impliqué dans le dossier « machines agricoles »

Je veux savoir si le dossier des machines agricoles est du temps de Talon. Pourquoi le président Boni Yayi n’avait-il pas envoyé ce dossier devant la justice ? Ce dossier a éclaté au cours premier mandat de Boni Yayi. Vous l’avez laissé faire ses deux mandats et vous venez vous en prendre au régime actuel ? Je veux savoir ce qui se passait avec le procureur en son temps. C’est bien là qu’on doit être conséquents. En ma qualité de député, porteur de la candidature de Talon, je ne devrais pas me réjouir du soutien des autres députés qui viennent aider mon candidat à réussir son mandat ?

Comment avez-vous vécu votre exclusion du parti Restaurer l’espoir de Candide Azannaï?

Ce qui me caractérise demeure en moi. C’est nous qui avons proposé Talon au peuple. Lorsque je fais un choix, je l’assume jusqu’à la fin. Je ne suis pas un simple politicien. Je suis aussi un religieux et vous connaissez la vertu de ce caractère. Mon éducation m’impose le respect à celui qui dirige. La Bible recommande le respect de l’autorité publique. Non seulement, j’ai porté la candidature de celui qui est là, l’assume aussi. Même si c’était un autre qui avait été élu, je lui dois aussi le respect.

A la suite de votre exclusion, vous avez donc créé votre propre parti, le Parti des démocrates indépendants (Pdi). Que devient-il à l’heure des grands regroupements ?

Il faut avoir un repère. C’est après analyse avec d’autres frères que nous avons créé le parti. Et vous avez vu la marée humaine qui était au rendez-vous quand nous avons porté le Pdi sur les fonts baptismaux. Le lendemain, avec le conseil exécutif, on a adhéré à l’Un qui est du bloc progressiste.

Quels rapports entretenez-vous aujourd’hui, avec Candide Azannaï, votre colistier de 2015 ?

Nous sommes des humains. Si vous ôtez les problèmes politiques de Azannai, l’homme demeure parfait, mais dès que vous mettez la politique, vous pouvez avoir des problèmes.

Quelle appréciation faites-vous de la gouvernance Talon ?

Vous parcourez plus les villes que moi. Il travaille sur des principes que personne n’a encore. J’ai vécu l’histoire du Bénin de 1960 à ce jour où Talon est au pouvoir. Et, laissez-moi vous dire qu’aucun président n’a donné une boussole pour le jauger au terme de son mandat, si ce n’est Talon. Il a demandé de l’apprécier après cinq ans. Il faut être courageux pour le dire. Voilà quelque chose de très important. Il a dit ce qu’il veut faire. Il l’a souvent dit lors de la campagne pour la présidentielle. Il demandait alors de ne pas l’appeler « Agbonnon » (homme puissant), de le laisser travailler les deux premières années pour constater ensuite s’il est réellement « Agbonon ». Il projette le bonheur du peuple dans la 3ème année de son mandat. Ce n’est qu’un homme de cœur et de conviction qui peut parler en ces termes. Dites-moi si les signaux ne sont pas là pour nous conduire au bonheur. Il faut comprendre qu’il avait déjà annoncé tout ce qu’il est en train de faire aujourd’hui. Nous devons aussi savoir que nous sommes dans un régime présidentiel. Si vous voulez faire n’importe quelle analyse, il faut penser au régime qui permet de juger et de réélire ou non. J’appelle à le suivre dans son programme pour le bonheur du peuple. Chers amis journalistes, même dans votre rédaction, quelle réforme sera appréciée de tous ? Chacun a ses intérêts et peut dont être contre certaines réformes. La presse doit nous aider à sensibiliser le peuple sur les réformes. Si nous prenons le cas des allocations universitaires, on doit se demander qui empochait les fonds des 3500 étudiants fictifs. Pensez-vous que la réforme qui met à nu cette magouille sera bien vue par les auteurs ? Ils seront obligés de serrer leur ceinture pour se contenter de leur salaire. Donc, nous devons repenser les choses pour un vrai nouveau départ. En toute sincérité, aidez le peuple à savoir que le pays était mal gouverné et que Patrice Talon fera son temps avec ses réformes et partira un jour, quel que soit le nombre de mandats qu’il fera. J’ai pris mon propre exemple pour vous parler. J’ai dit que j’ai vécu le système avant la conférence nationale. A un moment donné, ce sont les banques qui payaient les salaires avec les dépôts. L’Etat n’avait plus de moyens. Le fournisseur n’avait plus d’argent à verser et finalement nous étions coincés. C’était la cessation de paiement parce que la Banque commerciale du Bénin n’arrivait plus à payer les états qu’on amenait du Trésor. Or, dans le système actuel, les salaires sont payés et qui plus est, le salaire, d’une année à une autre, connaît une augmentation. On n’a jamais baissé les salaires, malgré la dévaluation du naira. C’est au moment où le Nigéria fermait hermétiquement ses frontières pour les réexportations que Patrice Talon est arrivé au pouvoir. Est-ce que vous, intellectuels et journalistes, arrivez à faire connaître cela au peuple ? Celui qui quittait le Nigéria pour venir acheter à Dantokpa a été bloqué et s’est dit qu’au lieu de venir acheter quelque chose à 1400 francs ici, il ferait mieux de l’acheter chez lui à 1200. C’est dans ce contexte que Patrice Talon est arrivé. S’il n’y avait pas ces réformes, vous pensez qu’on serait en train de payer les salaires ?

La loi des finances 2019 serait très axée sur le social. Dites-nous un peu de quoi il est question.

Il y a beaucoup d’actions sociales dans ce budget. Le Fonds national des retraites du Bénin a connu une augmentation de plus de 6 milliards. Ce qui veut dire qu’il y aura un rappel des arriérés. Il y a les infrastructures en cours d’achèvement et d’autres qui vont démarrer. Le Pip est dense avec 425 milliards. Vous avez vu ce qu’on a fait pour les étudiants ? De 10 milliards nous sommes passés à 17 milliards de FCFA. Pour l’université seule, il y a une augmentation de plus de 7 milliards. Nous avons signé des accords pour donner de l’eau à un grand nombre de Béninois. C’est ce qui a favorisé les 235 milliards consacrés à l’eau seule. Par rapport à l’énergie, vous savez ce qui s’est passé à Maria Gleta 1. Les turbines fonctionnaient avec des moteurs de Jet A1. Si on laissait les choses en l’état, nous serions à 10 milliards de FCFA de Jet A1 par mois. On aura l’électricité mais on ne pourrait pas payer les salaires. Les moteurs sont donc en train d’être changés afin de pouvoir supporter le fuel. Et nous allons terminer Maria Gleta 2. Le budget national l’a prévu aussi. Sur le plan de l’agriculture, le soja qui commence à être très sollicité, est dans le viseur. Le département des produits agricoles va connaître une subvention très appréciable. Pour les cantines scolaires, on est partis de 2 milliards, au cours de l’exercice, nous sommes venus à 4 milliards et l’année prochaine, nous serons à 14 milliards. Ce qui veut dire qu’on a augmenté le nombre d’écoles. Pendant l’enrôlement du Ravip, j’étais aux confins de l’Atlantique et j’ai vu des écoliers en train de manger. Les cantines scolaires sont une réalité. Non seulement on va les poursuivre, mais en plus on va augmenter le nombre d’écoles. Dans le domaine de la santé, on a augmenté l’enveloppe de la gratuité de la césarienne.

Il y a aussi de nouvelles taxes dans ce budget

La nouvelle taxe qui est connue de tout le monde concerne les nuitées. Ça concerne les hôtels. Quand vous descendez dans un hôtel, vous payez 1000 francs sur la nuitée. En dehors de la taxe sur la nuitée, on a la taxe des 1% sur les sociétés pour le développement du sport. On n’a même pas encore voté que déjà les gens disent qu’on a augmenté la taxe sur les motos.

Est-ce vrai ?

Non seulement le ministre n’y a pas touché, mais en plus on a reconduit les exonérations. C’est un mensonge, un pur mensonge. On continue d’exonérer les motos à 4 temps.

Et si on surnommait Patrice Talon, l’homme des taxes ?

Je suis d’accord. Et c’est ce qu’il faut pour sortir du gouffre financier. Il faut que nous ayons la culture de l’impôt. La politique sociale consiste à redistribuer les richesses du pays à toutes les couches de la société.

Quels reproches feriez-vous à Patrice Talon ?

Ce que Patrice Talon fait de mal selon certains est encore bien. Un exemple, c’est maintenant que les sociétés sont en train de signer les contrats pour le projet Asphaltage. Il aurait pu attendre jusqu’à maintenant pour libérer les espaces publics, mais il est allé très vite.

Comment se porte votre base, la 16e circonscription électorale?

Je ne peux pas dire que ma base se porte très bien, mais elle a des lendemains meilleurs devant elle, puisque je n’ai pas encore cessé de trouver des solutions pour le problème des eaux pluviales. Pour le moment, je suis préoccupé par comment arrêter la furie de la mer. Tout le monde le voit. Ce qui reste à faire, c’est l’asphaltage qui, du reste, a déjà démarré et va prendre en compte beaucoup de rues.

Serez-vous candidat en 2019 ; si oui, sur quelle liste ?

Je serai candidat. Je fais partie de l’Union des progressistes, l’un des deux blocs créés pour réduire le nombre ahurissant, criminel de partis et mouvements politiques dans pratiquement tous les foyers. Vous pouvez en créer encore mais, compte tenu des formalités à remplir, vous êtes obligés de vous fondre dans un bloc. Un parti qui se déclare bloc doit être capable de couvrir tout le territoire et qu’on dise que le député élu de Cotonou est capable de défendre les couleurs à Malanville.

Comment comptez-vous affronter l’opposition ?

C’est de bonne guerre. On ne peut pas viser la victoire sans combattre. Quel que soit le combat de gladiateurs qui aura lieu à Cotonou, celui qui doit gagner va gagner. Moi, je compte sur mes électeurs, je compte sur mes convictions pour aller au combat.

20 ans de prison pour Sébastien Ajavon dans l’affaire dite des « 18 kilos de cocaïne pure ». C’est le verdict de la CRIET. Qu’avez-vous ressenti quand vous avez appris cela?

Dans quel pays quelqu’un qui a commis une infraction, un meurtre, se fait représenter par son avocat? Si vous avez un cas, dites-le moi. D’abord, nous avons commis une erreur judiciaire dès la base et personne n’en parle. On vient vous trouver la main dans le sac et vous demandez au juge d’instruction de vous laisser. Avez-vous appris cela quelque part? Mais compte tenu de la sensibilité de la personne et des mouvements de protestation qui naissaient dans tous les sens, on a été obligé de le laisser. Quand cette décision a été prise, on n’a pas porté entorse à la loi. Nous sommes maintenant dans un cas de drogue. J’étais hors du pays quand, à la télé, j’ai suivi M. Ajavon dire : « Ce que Yayi n’a pas pu me faire pendant 10ans, c’est lui qui peut me le faire? » J’ai cherché rapidement à savoir ce qui se passait. On m’a informé et je me suis posé la question de savoir pourquoi il parlait ainsi. Il a été arrêté et relâché. Mais n’oublions pas qu’il n’a pas été arrêté par une personne quelconque. C’est le pouvoir public qui l’a arrêté, donc le procureur. Et pourquoi on ne cherche pas l’action du procureur qui entre temps a fait appel? Vous savez que le Bénin est sur la liste rouge, parce qu’il est considéré comme une plaque tournante du trafic de drogue. Vous savez bien ce que cela veut dire. Lorsque vous êtes fiché ainsi, tous vos commerçants, vos étudiants, vos fonctionnaires, tous les secteurs sont coincés, et vous ne bénéficiez plus de quelque chose. Nous avons créé la CRIET qui n’est pas une première dans la sous-région et qui va prendre connaissance de ce genre d’infraction. On était dans la procédure et le juge a dit « je veux que le mis en cause soit devant moi ». C’est la moindre des choses. Nous sommes en matière d’infraction criminelle. Vous savez tous comment on traite le trafic de drogue. Il est pourtant entouré de gens éloquents, de personnes averties en matière de droit. Ce qui n’est pas défendable, on ne peut pas le défendre. Quand la justice t’invite, tu réponds. Qui est au-dessus de la loi? Vous devez vous présenter. Mais à force de ne pas le faire, vous laissez la porte ouverte à toute sorte de condamnation, d’où les 20 ans qui me laissent en ce moment froid.

Carte d’identité: Un banquier en politique

Patrice Nobimé est avant tout un banquier. Il a bouclé 10 ans en tant que responsable régional nord de la Société générale des banques du Bénin (Sgbbe) avant d’être élu député en 2015 sur la liste de l’Union fait la nation (Un). Mais avant, il avait passé neuf ans à la Banque commerciale du Bénin (Bcb) et neuf ans également à la Banque internationale du Bénin (Bibe). L’une de ses caractéristiques, c’est qu’il a obtenu trois Cap (Cap employé de bureau, Cap comptable et Cap Banque et finances). Cet homme est l’un des témoignages les plus éloquents des bons débuts de la période révolutionnaire. Né à Godomey le 17 mars 1959, Patrice Nobimé, a fait tout son cours primaire dans cette localité dont il est originaire. Après son Cep et son Bepc, et muni de ses Cap, il était une espèce d’attraction, d’autant plus qu’il travaillait très bien en mathématiques. Le capitaine Adolphe Biaou, alors ministre du Développement rural et de l’Action coopérative le fait venir dans son bureau pour lui proposer une bourse d’étude pour le Cameroun où il devait rejoindre une école de statistique pour 5 ans. « C’était en 1979. Je venais de perdre mon père dans un accident. Ma maman était traumatisée», nous confie-t-il. Le jeune homme refuse finalement, ne voulant pas abandonner sa mère après un si tragique événement. Adolphe Biaou lui offre un poste alors disponible à la Bcb, en lui conseillant vivement de continuer ses études. En 1983, il décroche un Bac G1, et en 1986 un Bac G2. Il passe alors l’examen de brevet bancaire, après trois années au Sénégal. De retour au pays et toujours désireux de continuer ses études, il s’inscrit en droit. Mais la Bcb était déjà empêtrée dans de graves problèmes de gestion et doit mettre la clé sous le paillasson. En 1990, il repart au Sénégal. Revenu au Bénin à la faveur de la conférence nationale et sous la férule du ministre des Finances d’alors, Idelphonse Lemon, Patrice Nobimé repart néanmoins à Dakar où il reste jusqu’en 1995. Commence alors pour lui, une autre expérience à la Bibe qu’il a dû laisser en 2003 pour aller faire son diplôme d’études approfondies (Dea) au Sénégal, toujours à l’Université Cheikh Anta Diop. Son mémoire porte alors sur les garanties du micro crédit. Il y était encore lorsque des amis lui ont proposé de rentrer au Bénin pour aider à l’avènement de Boni Yayi. Il le rencontre effectivement grâce à Candide Azannaï. « Et c’est là que je lui ai rappelé qu’il a été mon professeur de mathématiques à Parakou », confie le député. Un patron de banque qu’il a connu au Sénégal et avec qui il a maintenu le contact l’aide à accéder à la Sgbbe en 2005 où il a bénéficié, jusqu’à son départ, d’une confiance exceptionnelle placée en lui par ses supérieurs hiérarchiques, grâce à la qualité de son travail.
Quand on lui demande quel son modèle politique, il vous surprend forcément : « C’est le ministre Timothée Adanlin, fait-il. Voilà un homme qui raisonne. Il était membre du gouvernement Soglo. Mais quand il a été limogé, il est resté debout, courageux et a passé service dignement. Il était très fort ». Membre de la commission des finances de l’Assemblée nationale, le député se dit fier de son travail de représentant du peuple. Mais la sollicitation constante du député au Bénin constitue une source de préoccupation pour lui. « Le député est un homme à escroquer par tout le monde. En toute sincérité, je n’avais jamais connu une telle sollicitation dans mes fonctions antérieures. Quand vous êtes religieux comme moi, c’est passionnant, mais parfois cela peut peser aussi », dit-il.

Intimité: Un homme méfiant

Patrice Nobimé est marié et père de plusieurs enfants. Tous ont déjà atteint la majorité et effectué leurs études universitaires. Mais il se méfie beaucoup des Béninois. Ils sont « très compliqués », selon lui. « Si c’est l’intelligence, le Bénin en a à revendre mais, comme l’a dit Mounier, ce n’est pas pour construire », regrette le député. Invitez-le à table et il appréciera les légumes préparés à base d’huile de coco, accompagnés de pâte de maïs.

La Rédaction

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