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Le triomphe de la vérité

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Edito: L’impôt du cajou


Je n’ai pas toujours été d’accord avec la politique fiscale du gouvernement. Le fait de taxer par exemple les chambres d’hôtel est tout sauf une incitation à l’industrie hôtelière nationale. J’attends 2019 pour voir les résultats de cette imposition qui me semble être plus destinée à décourager les usagers des hôtels qu’à toute autre chose. Encore une fois, je veux que les faits me démentent l’année prochaine. Mais il y a une chose qui semble encourageante dans la loi des finances 2019, c’est bien la taxe sur les exportations de cajou.
Le gouvernement propose au parlement d’accepter en effet une taxe de 70F par kilogramme de noix de cajou brute exporté, soit 70.000 FCFA par tonne. Nous sommes passés de 50.000 F par tonne en 2018 à 70.000 F prévus pour 2019, alors qu’en 2016, cette taxe était à seulement 10.000 F la tonne. C’est une évolution en flèche qui traduit une volonté claire et nette : encourager les producteurs à vendre leurs productions aux industriels locaux, qui pourront transformer la noix brute en vue de son exportation.

Cette option du gouvernement est-elle bonne ?
Je dis que cette option est la meilleure, compte tenu des tendances actuelles du marché. La tendance est qu’en effet la noix brute est en chute libre sur le marché asiatique où elle est vendue, notamment en Inde et au Viet-Nam. Et comme vous le savez sans doute, les Africains vendent massivement à ces deux pays qui à leur tour les transforment pour les revendre en Europe et en Amérique. La question que tout le monde se pose alors est celle-ci : pourquoi ne vendons-nous pas directement en Europe et en Amérique des produits transformés au lieu de laisser l’Asie prendre tous les bénéfices de l’industrialisation ?
Car, dans les faits, l’Inde et surtout le Vietnam réexportent sous forme transformée les productions que les Africains leur envoient. Ils les réexportent au prix fort. Par exemple, tandis qu’une tonne de noix de cajou brute se vend à 1900-2000 dollars sur le marché international en janvier 2018, une tonne d’amande de cajou transformée se vendait 5300 dollars, soit quasiment près de trois fois le prix des noix vendues brutes. En ce mois de novembre 2018, les transformateurs africains ont un avantage considérable sur leurs homologues asiatiques, c’est qu’ils peuvent acheter à prix raisonnable les matières premières au moment où certains importateurs occidentaux se tournent de plus en plus vers l’Afrique. Si vous m’avez suivi jusqu’ici, c’est que vous m’avez compris : l’Etat veut que les industriels béninois aillent concurrencer directement leurs homologues asiatiques sur les marchés occidentaux.
Pourquoi se focaliser donc sur les industriels et pas sur les exportateurs ?
Là aussi, le choix pour un Etat est vite fait. Selon le rapport 2015 de l’Alliance du Cajou Africain (ACA), une usine pouvant transformer 4 tonnes métriques de noix brutes par jour emploie jusqu’à 200 ouvriers. Par exemple, si nous prenons la société Fludor-Bénin dont l’une des branches s’occupe de l’industrialisation du cajou à Zogbodomey, à elle seule l’usine emploie 1 040 personnes, dont 870 femmes, en temps normal, et jusqu’à 1 350 personnes, dont 1 150 femmes, en période de pointe. Autrement dit, le Bénin gagne doublement en exportant les amandes transformées, non seulement notre pays tire d’importantes devises dans l’exportation vers les Etats-Unis et l’Europe, mais encore il crée des emplois qui auraient été perdus s’il n’y avait pas l’industrialisation du secteur.
Pendant ce temps, la demande ne faiblit pas. Aux Etats-Unis, les bars et restaurants, les hôtels ainsi que les supermarchés, demandent énormément de cajou. L’industrie aéronautique également. Mais pendant ce temps également, les industriels béninois se plaignent d’insuffisance de matières premières, du fait que les exportateurs de noix brute raflent tout dans les champs et ne leur laissent que la portion congrue. Je connais même un industriel qui a carrément abandonné ses machines la saison dernière pour aller vendre les noix brutes à l’extérieur. Aujourd’hui, l’Etat incite les producteurs à vendre aux industriels plutôt qu’aux commerçants. Cette politique d’incitation pourrait rejaillir à terme sur les producteurs locaux qui ont besoin de jouir des fruits de leurs labeurs.
C’est une politique de long terme qui aura des effets bénéfiques sur le futur, à condition que les industriels en profitent pour améliorer leurs performances. Dans tous les cas, l’Etat, sur cette question du moins, a déjà joué sa partition.

Par Olivier ALLOCHEME

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