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Le triomphe de la vérité

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Edito: Séduire l’extérieur


J’ai toujours été surpris par le comportement des chefs d’Etat successifs de notre pays vis-à-vis des opérateurs économiques nationaux. Il y a comme une distance haineuse que tous développent à leur égard, surtout lorsqu’ils se retrouvent à leur second mandat. La situation est nettement perceptible lors des voyages officiels à l’extérieur. Yayi ne commit presque jamais l’erreur d’y inviter les opérateurs économiques, presque comme Mathieu Kérékou.
C’est pourquoi beaucoup d’observateurs ont été surpris de voir le Président de la CCIB ce mercredi, aux côtés du chef de l’Etat en Norvège. Le journal Matin libre a même titré en manchette ce jeudi : « Enfin le bon bout avec les opérateurs économiques ? »
L’article indique : « Depuis bientôt 3 ans on n’a jamais vu Patrice Talon s’afficher avec le président de la CCIB. Encore moins lors d’une visite officielle à l’étranger où il est question de faire venir des investisseurs. » La grande interrogation de Matin libre se situe dans cette phrase : Mais si c’est juste une opération de charme pour faire taire les critiques et se donner bonne image dans le cadre des élections à venir, ou si c’est sa manière à lui de montrer qu’il n’y a jamais eu de chasse aux opérateurs économiques locaux, alors les créateurs d’emploi et de richesse ne sont pas encore au bout de leurs peines. »
L’interrogation du journal aurait pu se faire sous Yayi ou sous feu Kérékou, qu’elle aurait eu la même pertinence. Alors question : pourquoi tant de distance lors des voyages officiels ?
Comme tout est politique dans ce pays, la première réponse est que chacun d’eux craint que les opérateurs économiques promus finissent par rassembler suffisamment de moyens pour devenir des menaces pour le régime en place. La deuxième réponse, c’est qu’en réalité étant donné la rareté des industriels, les opérateurs économiques capables d’exporter des biens et services d’origine béninoise, sont très rares. La troisième hypothèse que j’agite est que les chefs d’Etat de notre pays se rendent compte peut-être que les opérateurs économiques béninois sont médiocres et ne peuvent se vendre à l’étranger. Quelle est donc l’hypothèse la plus plausible ? A chacun d’en juger selon ses observations.
Mais en fait, que remarque-t-on lorsque les présidents des grandes puissances font des visites officielles hors de leurs pays ? Ils sont en permanence suivis par des industriels de leur pays qui y vont proposer leurs produits ou pour prospecter des partenariats sous l’ombrelle de leurs autorités. En clair, vous verrez très rarement un président français, chinois, le premier ministre indien, la chancelière allemande ou le roi du Maroc faire une visite officielle dans un autre pays, sans être escorté par une escouade d’industriels, d’innovateurs, de société de BTP et autres artisans qui viennent nouer des contacts pour fructifier leurs affaires. Il est impensable que même le premier ministre français voyage jusqu’en Indonésie par exemple, sans y être accompagné de quelques avionneurs, groupes hôteliers ou pétroliers. Ce serait même une erreur impardonnable. Je dis bien impardonnable.
C’est que ces pays ont compris que les exportations, et surtout les exportations industrielles à haute valeur ajoutée, sont précisément vitales pour une économie. C’est-à-dire vitales pour la création d’emplois, la prospérité des entreprises et des citoyens. Ceux qui se rappellent encore leurs cours d’histoire, se souviendront que l’une des causes fondamentales de la colonisation de l’Afrique est le besoin de débouchés pour l’industrie européenne en plein essor du fait de la révolution industrielle, vers la fin du XIXème siècle. Je peux même vous assurer qu’actuellement, la guerre commerciale la plus féroce dans laquelle tous les Etats sont embarqués, d’une manière ou d’une autre, réside dans la limitation ou non des exportations des autres.
Un pays comme la Chine, organise deux fois chaque année depuis 1957, la grande foire internationale de Canton dans le seul espoir d’attirer les acheteurs du monde entier.
Il est vrai que les Béninois ne perçoivent ces défis que par procuration. C’est pourquoi, nos autorités se comportent en général comme si les voyages à l’extérieur ne devraient jamais être que des opérations de mendicité. Et l’on conçoit difficilement chez nous que nos propres compatriotes, lorsqu’ils sont encouragés et mis en confiance, sont capables d’investir et d’attirer d’autres investissements étrangers dans leurs propres pays.
Le paradoxe est saisissant. Le défi est pour nous d’inverser cette tendance, pour que de jour en jour, d’année en année, nos créateurs de richesse soient obligatoirement intégrés dans les voyages officiels de nos présidents. Ce n’est plus aujourd’hui un choix, mais une exigence de cohérence.

Par Olivier ALLOCHEME

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One thought on “Edito: Séduire l’extérieur

  1. HOUNKPATIN KOUASSI ROBERT

    Cher journaliste, commencez par nous dire ce que nos opérateurs économiques ont à vendre aux autres pendant une visite officielle du chef de l’Etat.
    Un certain Adjavon ira-t’il vanter les mérites de ces poulets qu’il importe de l’extérieur ?

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