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Le triomphe de la vérité

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Edito: Une stratégie de fuite


La coalition de l’opposition réunie samedi a exigé, entre autres, le retour des exilés politiques. C’est une revendication qui a peu de chance d’être entendue, d’autant qu’il reste à justifier si les «exilés» ont eu besoin d’une contrainte du pouvoir Talon pour s’en aller. Quelle force Talon a-t-il pour exiger le retour de gens qui ont volontairement choisi de quitter le pays ? Avec la meilleure volonté du monde, on aura du mal à trouver une réponse satisfaisante à cette question.
Que devrait faire par exemple Talon sur le cas Ajavon ? Il faudra déjà que les avocats de l’homme d’affaires épuisent toutes les voies de recours dont ils disposent dans l’affaire cocaïne. C’est lorsque la Cour Suprême aurait rendu une décision en sa défaveur que le Chef de l’Etat, en sa qualité de garant de l’ordre public, peut choisir d’exercer son pouvoir de grâce. Mais il ne peut l’exercer que lorsque l’intéressé lui-même, c’est-à-dire Sébastien Ajavon, aura introduit un recours gracieux en bonne et due forme. Et le recours gracieux induit la reconnaissance tacite de la faute. Vous voyez donc où nous en sommes : Sébastien Ajavon ne reconnaît ni la faute ni la juridiction qui l’a jugé. Non seulement il l’a clamé directement sur RFI mais encore, il a refusé clairement de se présenter devant les juges. Pire, il souligne lui-même que Talon n’a jamais gagné l’élection de 2016, mais lui. Dans ces conditions, les voies de recours pour un règlement politique de la crise sont fermées hermétiquement. Je ne connais aucun président au monde capable d’accorder la grâce à des adversaires qui lui dénient même son titre de président de la république.
Quant à la situation de Valentin Djènontin, il est possible que disposant d’une bonne base électorale, il réussisse à faire une bonne campagne pour les législatives. Il peut même être réélu. Dans un pays comme le nôtre, seule une opposition cohérente et organisée est capable d’orienter un régime pour lui éviter de sombrer dans la démagogie. Mais la situation est celle-ci : il sera difficile à Djènontin d’échapper à la justice. Et toute condamnation judiciaire aujourd’hui porterait un coup fatal à sa candidature pour l’année prochaine. Sa stratégie de fuite peut-elle empêcher qu’il soit rattrapé tôt ou tard ? Autrement dit, peut-on fuir la justice de son pays alors même que vos complices sont déjà en prison ? C’est une question de bon sens dont la réponse ne peut se trouver que dans la conscience du député lui-même. Tant que le pouvoir Talon sera en place, la fuite actuelle lui permet d’éloigner un adversaire gênant. Ne me demandez pas si Talon sera magnanime pour accepter de lui demander de revenir au pays comme l’exige l’opposition. Il y a des erreurs qu’il ne commettra certainement plus.
Komi Koutché est dans le viseur du pouvoir. La fuite qu’il a choisie est une bonne chose tant que la justice ne fonctionne pas bien. Mais aujourd’hui, sa dernière apparition au tribunal de Cotonou sans avoir été arrêté, a été très mal appréciée. Le magistrat qui a reçu sa déposition en sait quelque chose et il ne viendrait à l’esprit d’aucun autre juge désormais de s’aventurer sur cette légèreté. Pour l’instant, les griefs qui lui sont faits sont encore inconnus pour l’essentiel. Sachant avoir à faire à un homme de l’ancien régime, le pouvoir Talon a probablement préparé un lourd dossier devant servir à lui saper le moral pendant longtemps. La fuite adoptée permet de faire attendre la procédure, d’autant plus heureusement que la justice ne s’est encore prononcée sur aucun dossier le concernant. Mais ce n’est qu’un calme précaire. Car la tempête n’est pas loin.
Son cas est similaire à celui de l’ancien maire de Cotonou, Léhady Soglo. Rien ne peut l’empêcher d’aller en prison s’il met les pieds au Bénin sous le régime Talon. Il aura indubitablement le même sort que l’ancien maire de Dakar, Khalifa Sall aujourd’hui en prison alors qu’il nourrissait des ambitions présidentielles. Chaque choix politique comporte ses inconvénients.
A moins d’un changement de régime, le choix de la fuite sous les conditions que je vois, est un choix hasardeux et périlleux. Il ouvre une voie sans issue.

Olivier ALLOCHEME

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