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Le triomphe de la vérité

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Edito: Changer le Doing Business


Les gouvernements se succèdent mais le résultat reste le même. Le classement du Bénin dans le Doing Business ne varie pas. D’une année à l’autre, nous restons désespérément coincé au bas du tableau, parmi les Etats où il est le plus difficile de faire des affaires. Pour le Doing Business 2019, le pays s’affiche à la 153ème  place sur 190 économies.

Oui, ce serait hypocrite de dire qu’il n’y a pas eu d’amélioration au long des années. Dans le rapport Doing Business 2012, le Bénin était classé 175ème sur 183 économies, mais pour 2016, notre pays était passé à la 158ème place sur 189 économies. Il est vrai que le rapport 2018 nous situait à la 151ème sur 189 pays et que descendre à la 153ème place est comme un scandale. Mais ceux qui suivent cette progression béninoise savent que nous venons de loin. Il fut même une année, 2011 en l’occurrence, où nous étions cités parmi les dix pires économies africaines. Et le Doing Business faisait partie des facteurs de classement qui nous avaient valu ce positionnement peu honorable.

Aujourd’hui, ces souvenirs sont loin derrière, mais le sentiment que la marche est trop lente est précisément irrépressible. Car, au même moment que nous faisons des pas de caméléon pour aller de l’avant, notre voisin le Togo s’est positionné dans le Doing Business 2019 parmi les meilleurs réformateurs d’Afrique. Le pays a gagné 19 places et s’affiche désormais à la 137ème place du classement Doing Business, premier de l’UEMOA et deuxième en Afrique subsaharienne. C’est une percée d’autant plus inattendue que jusqu’ici le Togo est resté derrière le Bénin.  A cela s’ajoute la mauvaise nouvelle de la semaine dernière : le même Togo a surclassé le Bénin et même le grand Nigeria en devenant cette année le principal port à conteneurs d’Afrique de l’Ouest.  C’est une performance d’autant plus inouïe qu’elle place le Bénin loin derrière sur ce chapitre logistique. C’est dire l’embarras de tout le monde aujourd’hui. Nos réformes  sont encore loin d’être à la hauteur de ce que font les autres avec lesquels nous sommes en compétition.

J’entends déjà les cris de ceux qui estiment que les réformes, on en fait déjà trop avec trop de rigueur. Et c’est vrai qu’en avril dernier, dans une interview au journal français Le Monde et à TV5, Patrice Talon, réaffirmant sa volonté d’initier les « réformes salutaires pour le pays », n’en reconnaît pas moins que celles-ci sont à la base de ses mésententes avec « la classe politique ». Et donc s’il faut réformer davantage la gouvernance en ces périodes de grincement de dents, il ne ferait qu’ajouter la douleur à la douleur.

Mais ici, le Doing Business constitue un indicateur de performance de la gouvernance. Il est surtout un instrument de mesure de la capacité des pouvoirs publics à changer des habitudes fortement ancrées pour en instaurer de nouvelles plus efficaces. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette transformation est lente à se mettre en place. Je suis de ceux qui pensent que pour opérer des changements positifs, il est nécessaire de secouer parfois certaines habitudes, de briser certains monopoles administratifs où règnent de vieilles seigneuries  impossibles à déboulonner autrement que par la force.

Je croyais que le Bénin était singulier en ce genre jusqu’à ce mercredi 31 octobre 2018 où l’IFOP a  publié  en France les résultats d’un sondage réalisé pour le journal français Ouest-France.  Ce sondage montre finalement que quatre Français sur dix seraient prêts à confier la direction de leur  pays à un « pouvoir politique autoritaire » pour le réformer en profondeur. Autrement dit, pour changer radicalement leur pays et le sauver du déclin  qu’ils pressentent, 41% des Français sont prêts à renoncer à une partie de leurs libertés.

Oui, réformer un Etat nécessite des choix violents qui finissent par s’imposer dans les mœurs républicaines. C’est pourquoi des pays comme la Chine et le Rwanda auront toujours une longueur d’avance sur les autres. Lorsque les réformes sont décidées, elles y sont mises en œuvre dans une rigueur toute militaire. C’est peut-être là la fameuse « dictature du développement » agitée il y a quelques années.  Elle permet d’aller vite et surtout de ne pas perdre du temps dans les réformes lorsqu’elles sont nécessaires.

Faut-il passer par là pour changer radicalement le classement du Bénin dans  le Doing Business ? J’ai bien peur que oui.

Par Olivier ALLOCHEME

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