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Le triomphe de la vérité

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Edito: Contre un nouvel esclavage


Lors de la conférence publique organisée par le Président Soglo le 24 octobre dernier sur l’esclavage, l’une des recommandations les plus fortes a été le choix du 23 août pour commémorer le souvenir de cette tragédie humaine. C’est peut-être une solution. Mais la question qui se pose à moi lorsque je vois ces initiatives est celle-ci : en quoi permettent-elles de résoudre le mal qui a été fait ? Par exemple, en ce qui concerne la Route de l’Esclave à Ouidah, en quoi cette initiative nous permet-elle d’échapper à une nouvelle traite négrière ?

Pour ceux qui l’ignorent peut-être, plus de 100 millions d’hommes et de femmes ont été arrachés à l’Afrique pendant 400 ans pour aller développer l’Amérique. Guerres, rapts, trahisons diverses, razzias, telles étaient les méthodes employées pendant ces 400 ans pour capturer les esclaves dans nos pays et les exporter de force.

A mon sens, le rôle des hommes et des femmes d’aujourd’hui devrait être de tout essayer pour que les drames du passé ne nous écrasent. Mais sur ce chapitre précisément, le constat est simple : la traite se poursuit sous une autre forme. Il n’est que de voir les milliers d’Africains qui, de façon volontaire, partent chaque année en Europe ou en Amérique. Les plus intelligents, ce sont sans doute ces étudiants boursiers que nos Etats financent par millions pour aller étudier en Europe ou en Amérique et dont au moins 90% ne reviennent plus jamais servir le pays qui a souffert pour les former. Ils oublient vite que c’est l’argent des paysans, l’impôt des dockers et autres chauffeurs de taxi d’ici qui leur ont permis de devenir ingénieurs, docteurs en avionique, chirurgiens ou pédiatres…L’ironie du sort, c’est que la plupart sont aujourd’hui sur les réseaux sociaux où ils passent leur temps à injurier leurs compatriotes restés au pays.

C’est la preuve évidente que peu de choses ont été faites pour atténuer ou juguler les stigmates de la traite. Ces impacts visibles sont : le complexe d’infériorité du Noir face au Blanc, l’extranéité de la pensée nègre, son souci de la singerie, notre dépendance économique, culturelle et politique vis-à-vis de l’Occident.

A tout cela, le professeur Léonard Wantchékon, alors professeur à l’université de New York, ajoute ceci : la traite négrière est à l’origine de la méfiance incroyable que les Africains développent les uns vis-à-vis des autres. C’est ce qu’il dit dans un article publié en décembre 2011 dans la prestigieuse American Economic Review, sous le titre : « The Slave Trade and the Origins of Mistrust in Africa ». Il s’agit d’un travail de recherche qu’il a réalisé avec Nathan Nunn, un économiste de l’université de Harvard. Les deux chercheurs montrent notamment que dans les régions où il y eut des guerres esclavagistes, la confiance entre les individus s’est notablement altérée, ce qui n’est pas le cas des autres régions. Les méthodes de guerre, les rapts violents et autres ruses employés pour capturer les esclaves, ont semé la panique dans des régions entières (surtout celles proches des côtes) et appris aux survivants à se méfier de leurs voisins, de leurs parents ou de leurs amis. La transmission de cet héritage de peur dans les proverbes, chansons  et dans l’éducation quotidienne, s’est alors imposée. Nous parlons d’une tragédie ayant duré 400 ans.

E

n dehors de ces conséquences au plan socio-anthropologique, nous ne mesurons pas suffisamment les contrecoups de ces guerres esclavagistes sur la vie politique de notre pays aujourd’hui, notamment entre Fon et Nago, entre Mahi et Tchabè ou Idaasha…L’impact est énorme.

Que fait-on pour sortir de ce piège qui sévit encore, plus de cent ans après l’abolition de la traite ?  Telle doit être notre réflexion aujourd’hui.

Pour ma part, j’estime qu’il faudra faire comme les Japonais au sortir de la deuxième guerre mondiale qui a rasé leur pays : éduquer nos enfants autrement. Il faudra en faire un sujet majeur de politique éducative pour construire depuis la maternelle de nouveaux citoyens qui croient en eux, en leurs frères et sœurs, qui ne voient pas leurs camarades ou leurs voisins comme des menaces, mais comme des vecteurs d’épanouissement personnel.

 

Par Olivier ALLOCHEME

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