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Le triomphe de la vérité

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Edito : Leurre des blocs


Je croyais vraiment que l’Union fait la nation (UN) existait. J’avais vraiment pensé que le PSD, le MADEP, Force Clé avaient fondu en un seul et même parti depuis une dizaine d’années. Que non ! Ces partis existent toujours, malgré la formalité de la fusion. Dix ans après, un contentieux PSD a fait les choux gras de la presse. Dix ans après la création de l’UN, et donc la disparition de tous les partis qui avaient coalisé pour la mettre en place, on apprend que Force Clé existe encore, au point même que son secrétaire général soit capable de publier des communiqués de presse. Alors question : les micro-partis disparaitront-ils jamais au Bénin pour faire place à de grands regroupements ?

En réalité, la constitution des grands blocs voulus par la charte des partis ainsi que le Code électoral se heurte à la méfiance atavique des Béninois. Personne n’a confiance en personne. L’exemple de l’UN le montre à suffisance. Les élections de 2011 ont sonné le glas de ce regroupement qui se voulait unitaire. D’abord le PRD puis la RB, malgré toutes les effusions et les professions de foi qu’on a vues à la création de l’UN, ont claqué la porte. Les vieux partis ont repris leur autonomie, fonctionnant désormais comme si l’UN n’avait jamais existé. En 2015, l’UN loue même son logo à d’autres partis pour battre les FCBE à Cotonou. Il s’agit de Alternative citoyenne et Restaurer l’espoir qui ont fait élire leurs députés à Cotonou, sous la bannière UN, tout en continuant à exister dans les faits, avec leur autonomie propre.  Au Bénin, les fusions politiques ne se font que pour se défaire.

A vrai dire, les FCBE ont connu le même sort. La majeure partie des anciennes formations politiques qui ont constitué cette alliance se sont dispersées avec l’avènement du régime Talon. A l’heure de la fusion définitive, de sa transformation en parti politique unitaire, il n’y a pas eu un seul grand parti pour opérer ce changement. La plupart de ceux qui sont restés sont les anciens ministres, députés,  et autres DG ayant conservé leur base.

Faut-il donc conclure qu’il est impossible de constituer de grands blocs politiques au Bénin ?

La question ainsi posée interroge la capacité des Béninois à transcender leurs méfiances pour rester ensemble. Alors reposons-la autrement : les Béninois peuvent-ils s’unir durablement autour d’un idéal ?

Pour moi, la réponse est claire. Les acteurs politiques d’aujourd’hui sont incapables de construire des partis unitaires autour d’idéaux politiques bien définis. Cela d’autant plus que l’essentiel de l’action politique au Bénin ne se construit qu’autour des intérêts politiques du moment. La meilleure leçon que les Béninois ont apprise  du Renouveau démocratique des années 90 est que, l’idéal politique n’a aucun sens. Seuls prévalent les positions actuelles et les calculs sur l’avenir personnel de chacun. La nation a peu de place dans ce schéma. Seuls les naïfs y croient encore. Ceux qui réussissent en politique au Bénin ne sont porteurs d’aucun idéal politique.

Dans ce jeu où seuls prévalent les intérêts du moment, les fluctuations, démissions, changements et repositionnements sont rois. C’est une stratégie de survie dans un contexte où le taux de survie des acteurs est très faible, surtout lorsqu’ils ont fait de mauvais calculs. On comprend ainsi pourquoi les fusions ou unions qui se réalisent actuellement le sont sur des bases fragiles. La loi du plus fort prévaut et personne n’est sûr de rien.

Est-ce donc à dire que les blocs en formation auront un taux de survie dérisoire ? C’est presque assuré. On ne se réunit pas parce qu’on partage les mêmes opinions sur la lutte contre la pauvreté, sur la manière de construire la prospérité, la lutte contre la corruption, sur  la fiscalité, etc. On ne se réunit pas aujourd’hui parce qu’on est convaincu de la manière de construire la citoyenneté au Bénin, de la manière d’éduquer nos enfants, de la manière de lutter contre le chômage et le sous-emploi…On se réunit juste parce que pour le moment, on doit aller aux élections ensemble et remporter des sièges au parlement.

Lorsque les intérêts divergeront, il est presque sûr que les clubs électoraux d’aujourd’hui vont se réorganiser rapidement pour aller vers d’autres pôles d’intérêt. S’il est entendu que la politique est par essence un jeu d’intérêts, la construction d’un parti devrait d’abord commencer par la définition d’un idéal partagé, discuté et adopté. Faire autre chose, c’est construire sur du sable mouvant.

 

Par Olivier ALLOCHEME

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