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Le triomphe de la vérité

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Edito: Le riz japonais


Je fais partie des Béninois qui se sentent profondément humiliés par le riz offert par le Japon au Bénin. Je m’explique. Les Japonais ont parfaitement raison d’aider en vivres les pays qu’ils estiment pauvres et nécessiteux. L’instinct protecteur du peuple japonais l’a poussé à penser à des pays comme le nôtre. Mais l’aide ainsi apportée pose un problème : comment avons-nous fait pour être traités comme des peuples affamés, près de soixante ans après notre  indépendance ? Quelle fierté, quelle dignité nos enfants vont-t-ils ressentir quand ils sauront que leurs parents ont été incapables de produire suffisamment pour manger ?

Autosuffisance alimentaire, sécurité alimentaire. Voilà le mot qui, chaque année, nous permet de mesurer notre capacité à nous nourrir. Les derniers chiffres en ce sens font froid dans le dos. Le jeudi 4 octobre 2018, le  chef de l’Etat a reçu officiellement le rapport final de l’examen stratégique national intitulé ‘’Faim zéro au Bénin’’. Et ce rapport réalisé par un comité d’experts présidé par le professeur Mathurin Coffi Nago, souligne clairement que nous sommes loin d’atteindre  l’objectif 2 des Objectifs de développement durable (ODD) intitulé : « Eliminer la faim, assurer la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et promouvoir l’agriculture durable ». Ainsi, on apprend que plus d’un million de personnes correspondant à 10% de ménages béninois, souffrent encore de la faim dans notre pays. Au plan national, seulement un ménage sur deux vit la sécurité alimentaire.

Les zones les plus affectées sont les départements de l’Atacora, des Collines, du Zou et du Couffo. Dans la commune de Boukoumbé, plus de 4 ménages sur 10 sont touchés par la faim.  Tout cela peut paraître anodin. Mais la répercussion à long terme est très préoccupante quand on sait que le rapport indique clairement que dans notre pays, du fait de la malnutrition, un enfant de moins de 5 ans sur 3 souffre du retard de croissance. Et qui dit retard de croissance dit aussi problème scolaire, déficit intellectuel  et difficultés à s’insérer socialement. La science a déjà montré que le quotient intellectuel d’un individu est l’un des déterminants les plus fondamentaux de son comportement social et de son existence tout court. Un soldat intelligent est toujours plus efficace et plus utile qu’un soldat abruti. De même, malgré toutes les réformes scolaires, il est à craindre qu’une bonne partie des enfants que frappe un retard de croissance ne soit que des poids morts difficiles à relever. Un enfant qui ne mange pas sera un adulte qui n’avance pas.

Voilà donc la situation nationale. Dans ces conditions, il faut comprendre l’arrivée du riz japonais et de toutes les autres formes d’aides alimentaires qui permettent aux ménages de s’alimenter à coût réduit. Et l’on s’interrogera sur la capacité des Béninois à produire pour se nourrir. Et l’on s’interrogera sur l’efficacité de toutes ces politiques qui se mènent depuis des décennies avec des tonnes de discours, des centaines de colloques et de conférences dont le résultat final est qu’aujourd’hui environ 10% des ménages soient menacés de faim. On peut légitimement se demander si la lutte contre la faim constitue une priorité dans les politiques publiques.

L’ironie du sort, c’est que l’aide japonaise ait été par le passé objet de manipulations diverses qui, aujourd’hui, nous amènent à nous interroger sur sa gestion. De hauts cadres du ministère de l’Agriculture, y compris l’ancienne ministre Fatouma Amadou Djibril,  se retrouvent aujourd’hui dans une procédure judiciaire qui dure depuis des années. Cette procédure nous permettra de savoir si, pendant que les Japonais ont pitié de notre situation alimentaire, il se trouve des Béninois pour exploiter cette pitié pour s’enrichir. L’Office national d’appui à la sécurité alimentaire (Onasa), autrefois chargé de gérer ce don japonais, a été dissout dans le courant de ce scandale. La justice nous dira un jour si, effectivement, le riz japonais a fait l’objet de manœuvres ayant distrait, entre 2013 et 2015, plus de 824 millions de FCFA comme le stipule un rapport d’audit.

Tout compte fait, la situation est si préoccupante qu’il ne faut plus s’en cacher. La lutte contre l’insécurité alimentaire doit être une priorité absolue. C’est une question de dignité nationale, mais surtout une question de survie pour beaucoup de familles rurales qui souffrent de faim. Près de six décennies après notre indépendance, il faut maintenant un sursaut pour mettre fin à la faim.

Par Olivier ALLOCHEME

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