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Le triomphe de la vérité

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18e Chronique « à l’école de la sexualité »: Après la sexualité infantile, Boris Sagbo sur le chantier de l’adolescence


Boris SAGBO

Après une série de chroniques sur la sexualité infantile, le psychothérapeute Boris Sagbo entame le chantier de l’adolescence considérée comme le temps du « grand chambardement », l’âge ingrat, l’âge difficile où les jeunes adultes plus tout à fait fillette ou garçonnet, mais pas encore jeune femme ou jeune homme sont submergés d’interrogations, d’incertitudes.

Nous avons développé longtemps dans les chroniques passées, des thèmes relevant de la sexualité infantile. C’était l’occasion pour faire connaître ce qui est normal et anormal chez l’enfant, ce que nous parents devons faire ou non, comment devons-nous comprendre certains comportements de nos enfants, l’implication des moyens modernes et ce en quoi consiste la sexualité dans l’enfance. Mais cette sexualité s’arrête-t-elle en si bon chemin ? Connait-elle d’évolution ? Si oui, que devient-elle ? A quelle période la retrouver ? Quel langage adopte-t-elle ?

Ce sont là quelques interrogations qui vont nous faire réfléchir et nous conduiront dans les réalités d’un nouveau monde : celui de l’adolescence. Au sujet de ce stade je voudrais bien à travers les lignes suivantes partager avec vous un extrait qui relate parfaitement les réalités primitives et subjectives auxquelles sont soumis les adolescents. Le Dr David Elia à propos de l’adolescence écrivait : C’est le temps du « grand chambardement ». On appelle cette période l’âge ingrat, l’âge difficile. Et sans doute avec quelque raison : c’est l’époque où tout devient différent, un moment de la vie de l’être humain où tout bascule. L’enfance, en effet, s’éloigne à grands pas et laisse la place à toute une série d’interrogations. Incertitude physique d’abord, chez ces jeunes adultes plus tout à fait fillette ou garçonnet, mais pas encore jeune femme ou jeune homme. Ils se regardent, s’inspectent avec intensité, et assistent avec une joie trouble mêlée d’angoisse à la transformation progressive mais inéluctable, têtue, de leur corps. Lui a ses premières érections, la barbe naissante et la voix qui change. Elle, les seins qui pointent, le premier sang… C’est le grand chambardement ! Ils s’interrogent : sont-ils beaux ou disgracieux, ridicules ou harmonieux ? Leur humeur est changeante. Au début de la journée ils sont gais, débordent d’optimisme et de joie. En fin de soirée, ils seront peut-être submergés d’une angoisse insurmontable déclenchée par les riens : un bouton, un poil superflu ! Ces jeunes adultes souffrent de ne pas être conformes « physiquement et moralement » : leur enfance est terminée, mais ils ne ressemblent pas pour autant aux adultes. Cette formidable préoccupation de leur corps les assaille, devient prioritaire. Or, comment ne pas être troublé, ému et « déstabilisé » devant la fantastique métamorphose qu’ils subissent l’un et l’autre d’une, façon quelque peu « comique ». Comme la chrysalide qui donne le paillon ou l’embryon qui s’achève bébé. Débauche de soins de beauté, recherche maladroite d’un style vestimentaire, c’est l’âge des « idoles » qui vont être, pour un temps, un point de repère qui rassure, un modèle à imiter et auquel se conformer. Toutes ces manifestations d’instabilité caractérielle et de prétendues caprices sont en fait le signe d’un très grand émoi intérieur.  Lorsqu’on écoute d’une oreille attentive les questions que posent ces adolescents, on est abasourdi : « ma vulve est-elle normale ? Les petites lèvres ne sont-elles pas trop décolorées ? » Ou bien : « J’ai un testicule qui descend plus bas que l’autre, je fais des cauchemars toutes les nuits, car je suis certain d’être impuissant et stérile. » Ou encore : « Mon sein droit est plus développé que le gauche, vais-je avoir le cancer, pourrai-je allaiter un jour ? » « Je n’ai pas de poils sous les bras, est-ce un signe de dérèglement hormonal ? » « J’ai de trop gros mollets, de trop grosses joues, je suis trop petite, trop grande…» etc. Paradoxalement, ce ne sont pas tant les choses de sexe – comme pendant l’enfance l’enfant pouvait demander à son père : comment il fait pour mettre le bébé dans le ventre de maman – qui les émeuvent, que l’inquiétude qui est la leur de « n’être pas comme les autres ».

S’ils se regardent dans une glace ils sont en général absolument ahuris de constater la pousse de leurs poils, le développement d’une vulve, la croissance d’une verge. Ils retirent de ces observations minutieuses et prolongées des fantasmes souvent horrifiés : « Je suis mal fait, mal faite, je suis anormale, j’ai honte, j’ai peur… » La forme  des seins, leur poids, leur dimension, leurs mamelons sont à ‘origine d’un nombre incalculable d’angoisses et d’émotions chez les jeunes filles parfois. Elles se plaignent aussi beaucoup de pertes blanches, un de leurs problèmes, capital : elles sont vécues comme souillantes, honteuses et culpabilisantes. Elles n’osent bien sûr en parler à personne car c’est trop sale ! Ces garçons et ces filles sont d’une nervosité fréquente incontrôlable : ils souffrent d’insomnies, pensent à la mort. C’est l’âge des rougeurs incontrôlables qui leur démontrent, s’il en était besoin, à quel point ils n’ont pas la maîtrise de ce « maudit corps » qui s’obstine à les désorienter.

 

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