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Le triomphe de la vérité

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Edito: Le surendettement africain


Les Etats africains seraient menacés par une crise de surendettement. Le dernier rapport Africa’s Pulse de la Banque Mondiale, tire une fois de plus la sonnette d’alarme sur un phénomène qui a pris de l’ampleur ces dernières années. Pour le seul trimestre 2018 par exemple, le recours des Etats aux Eurobonds, a déjà dépassé en chiffres la somme de toutes les émissions de 2017.

Le phénomène nouveau effectivement, c’est le recours au marché financier sous-régional pour lever des ressources qui, auparavant, provenaient de l’extérieur. La raréfaction de l’aide publique au développement et ses conditionnalités draconiennes ont obligé les Etats à faire recours au marché financier dont les taux d’intérêts exigés sont élevés. Pour lever des fonds, les taux qu’un pays comme le Bénin propose tournent généralement autour de 6%. Evidemment, en offrir moins, c’est s’exposer à des résultats aléatoires, avec de possibles répercussions domestiques. Les Etats sont pris en réalité dans les mailles du court terme lorsqu’ils décident de se tourner vers des investisseurs à travers des émissions de bons du trésor. L’urgence du besoin mais aussi la rareté des prêts concessionnels, constituent les principaux facteurs explicatifs de ce virage.

Car, il s’agit bien d’un virage dans la structure de la dette publique des Etats africains. La part croissante du privé dans cette structure ne laisse pas d’inquiéter pour le futur. Livrée aux lois sauvages du marché financier, le risque est considérable  que des spéculations nuisibles s’y observent pour entraîner les Etats dans des crises interminables et suicidaires. Les conséquences sur la croissance sont alors inévitables. Vendre de la dette souveraine à des fonds vautours, ces organes créés pour spéculer sur les marchés financiers, est aussi une possibilité rappelant les douleurs de l’Argentine prise en otage par ces fonds vautours il y a quelques années. Ce n’est qu’en 2016 que ce pays a pu se libérer de l’emprise de ces fonds spéculatifs emmenés notamment par NML Capital, filiale du fonds Elliott Management Corporation, pour enfin pouvoir se positionner sur les marchés. Quinze années de souffrances !!!

On se doute bien que la question n’est pas une spécificité  africaine. Un pays comme la Chine est passé d’un niveau d’endettement de 160% de son PIB en 2008 à 260% en 2016. En cette même année 2016, l’Australie a atteint un endettement de 300% de son PIB, pendant que Singapour dépassait les 200%. Quant au Japon, il a un niveau d’endettement 2,5 fois plus élevé que son PIB. Aux Etats-Unis, la dette de l’Etat fédéral a atteint en 2017 le seuil des 20 000 milliards de dollars, soit 105% du PIB. En France, il y a à peine quelques jours, l’on situait la dette publique à environ 99% du PIB.

Au Bénin, au 30 juin 2018, la dette publique se situait à 1797 milliards 189 millions de FCFA environ. Elle est de 41,5% pour la dette extérieure, la dette intérieure étant d’environ 58,5%. On peut même dire que, compte tenu du seuil communautaire fixé à 70% au sein de l’UEMOA, nous sommes encore bien loin du seuil critique, et encore plus loin des grandes puissances du monde, endettées jusqu’au cou.

Cependant, la conséquence directe de ces recours au marché financier sous-régional, c’est que le citoyen ordinaire sent directement à travers les impôts et taxes le poids du service de la dette. Pour rembourser les emprunts effectués, les Etats africains choisissent effectivement d’élargir l’assiette fiscale, avec des risques évidents sur la consommation, ainsi que des impacts directs sur les conditions de vie des ménages les plus pauvres. Mais la question se pose de savoir si nos Etats ont d’autres moyens d’échapper à la spirale de la dette s’ils veulent réaliser les infrastructures vitales pour leurs économies.

A mon avis, l’endettement raisonnable constitue l’un des moyens les plus appropriés pour réaliser des infrastructures capables d’assurer de la plus-value à court et moyen termes. Si les investissements consentis sont déversés dans des secteurs de peu d’impacts sur le secteur productif, la dette publique devient un boulet. Il est évident aussi qu’elle devient une véritable injustice intergénérationnelle lorsque la dette sert à réaliser des dépenses somptuaires au profit de quelques privilégiés seulement.

Au total, malgré les avertissements renouvelés du FMI et de la Banque mondiale, nos Etats n’ont d’autre choix actuellement que de s’endetter pour combler le gap des infrastructures qui constitue un frein redoutable au développement de nos Etats.

Par Olivier ALLOCHEME

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