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Le triomphe de la vérité

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Edito: L’industrie du jeu


Si vos enfants sont toujours en vacances actuellement, il y a de fortes chances qu’ils soient en train de jouer, de regarder des dessins animés ou de lire des livres à caractères ludique. Ce n’est rien d’extraordinaire ni de répréhensible. Tout être humain a besoin de se divertir pour se récréer. Il en est davantage ainsi pour les plus petits qui trouvent dans le jeu une occasion d’épanouissement, mais aussi de structuration de leur personnalité. Mais derrière la banalité du divertissement se trouve une industrie qui brasse des milliards.

Je me suis toujours demandé qui profite de l’extraordinaire engouement de mes enfants aux jeux vidéo et aux chaînes de divertissement. A force d’accumuler les abonnements mensuels et de chercher la réponse à ce commerce qui nous tient aux tripes, j’ai fini par trouver la réponse. Et comme vous le savez sans doute déjà, Canal+ est détenu par le groupe français Vivendi dirigé depuis juin 2014 par l’industriel français Vincent Bolloré. Mais Vivendi lui-même  est un grand groupe composé, entre autres, d’Universal Music Group et du groupe Canal +. C’est le deuxième groupe de divertissement au monde après Walt Disney Company, malgré une chute vertigineuse en 2002 avec une perte comptable de 23 milliards d’euros. Je rappelle que  le Groupe Canal+ est le numéro un français de la télévision payante, présent également en Afrique, en Pologne et au Vietnam. Quant à Universal Music Group, il  est le numéro un mondial de la musique. Son chiffre d’affaires a dépassé 12 milliards d’euros en 2017, soit 7860 milliards de FCFA. Et si vous aimez bien le cinéma, la salle Canal Olympia ouverte à Wologuèdè, à Cotonou, fait partie des neuf salles de cinéma mises en place par Vivendi en Afrique. C’est une énorme industrie, celle du divertissement, qui sait que l’une des demandes les plus pressantes de l’âme est le divertissement.

Mais la machine Vivendi n’est rien, comparée au géant mondial Walt Disney Company. L’entreprise américaine créée en 1923 est devenue un conglomérat du divertissement avec des studios de cinéma figurant parmi les plus réputés aux Etats-Unis, des parcs d’attraction et des hôtels disséminés à travers le monde, des chaines de télé câblées (par exemple Disney Channel, ESPN, A&E Networks et Freeform) ainsi que de grosses boites de publicité, la musique et des salles de théâtre.

Lors de l’installation de Disneyland à Shanghai, en juin 2016, le monde entier a découvert les chiffres hallucinants de cet investissement uniquement destiné au divertissement. Le parc d’attraction est installé sur une superficie de  3,9 km2 pour un investissement de 5 milliards d’euros, soit 3275 milliards de FCFA. Ce jour-là, à l’inauguration de cet immense complexe  destiné au jeu, Wang Yang, Vice-premier ministre chinois, a pu déclarer que cet investissement était la preuve de la confiance des investisseurs étrangers vis-à-vis de la Chine. Le premier  d’attraction Disneyland de Chine a été installé en septembre 2005 à Hong Kong. Aujourd’hui, il accueille plus de 30.000 visiteurs par jour.

Ces parcs célèbrent l’histoire et la civilisation chinoise dans toute sa diversité et sa magnificence. Et dans ce pays, comme dans bien d’autres, le gouvernement ne s’amuse pas avec la culture, conscient de ce qu’elle est faite pour structurer la pensée du citoyen d’aujourd’hui et de demain. En d’autres termes, la célébration de la culture chinoise est faite dans le but de magnifier la foi des Chinois en leur pays, en montrant aux enfants les richesses dont elle regorge. Demandez-vous à quoi cela sert de faire attention à ce « détail », et vous découvrirez simplement que c’est même dans le divertissement que chacun se construit son idée ou sa foi en son pays, en sa culture. Conscient des risques de dépossession que comporte un divertissement made in America, le gouvernement chinois  n’a donc autorisé Disney à s’installer que, si entre autres conditions, il respecte et célèbre la culture du terroir.

Vous voyez donc les dimensions économiques mais aussi idéologiques du jeu dont l’innocence n’est qu’apparente. On ne propose pas aux enfants des jeux ou des films susceptibles de les rendre violents, injurieux, pervers…Ceux qui commettent ces erreurs n’auront que leurs yeux pour pleurer.

Et c’est pourquoi nos gouvernements peuvent utiliser encore le divertissement pour construire des politiques nationales de récupération de notre identité. Pendant que nos enfants s’abreuvent des films européens et américains, il est évident qu’il leur sera difficile plus tard d’aimer leur propre pays.

A ce stade, j’ai bien envie de vous dire : « Amusez-vous bien ! Mais sachez que le jeu est une industrie, même s’il se fait sur internet. »

Par Olivier ALLOCHEME

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