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Le triomphe de la vérité

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Dr Noël Zonon sur l’informatisation de la prise en charge intégrée des maladies de l’enfant au Burkina-Faso:« Ce système nous aide à sécuriser l’enfant. Dès qu’il y a des déviances, on le sait tout de suite»


Pédiatre, expert Pcime ieDA (Integrated e-Diagnosis Approach, une stratégie conçue par Terre des hommes qui vise à soutenir les agents de santé dans les structures de soins de santé primaires grâce à des outils et méthodologies de télésanté, ndlr) de la Délégation de Terre des hommes au Burkina-Faso, Dr Noel Zonon a pris part en juin dernier, à la 2ème Conférence internationale des ministres de la Santé et des ministres des Tic sur la sécurité des soins en Afrique (Cimsa 2018), au cours de laquelle il fait une présentation de l’expérience du Burkina-Faso en matière d’informatisation de la Prise en charge intégrée des maladies de l’enfant (Pcime). Dans la présente interview, Noël Zonon revient plus amplement sur cette expérience.

 

L’Evénement Précis : Au cours de la Cimsa 2018 à laquelle vous avez pris part en juin dernier à Cotonou, on vous a vu animer un panel sur la contribution des Tic à l’amélioration de la sécurité du couple mère-enfant. Vous aviez alors présenté l’expérience du Burkina-Faso en la matière à travers l’application mobile IeDA. Parlez-nous-en.

Dr Noël Zonon : Ma présentation a porté sur l’informatisation de la Pcime, une stratégie qui s’occupe de la prise en charge de la maladie des enfants. C’est une stratégie qui a été développée dans la plupart des pays africains, mais qui a beaucoup de mal à prendre, parce que le protocole est très complexe, la formation dure longtemps et coûte cher. Aujourd’hui, les pays n’ont pas assez de moyens pour suivre les infirmiers sur le terrain. Au Burkina-Faso, on a constaté que la Pcime, qui était mise en œuvre dans l’ensemble du pays n’était pas appliquée par les infirmiers. Avec les cadres du Burkina-Faso, nous avons réfléchi à comment informatiser cette stratégie pour faciliter son utilisation. On a commencé en 2010/2011 par 39 centres de santé où nous avons essayé d’informatiser tous nos protocoles qu’on a simplifiés. Quand nous l’avons fait, nous avons constaté que l’évaluation de l’enfant prend moins de temps, parce que les infirmiers n’ont plus besoin d’aller prendre le livret de tableau, la feuille de prise en charge, etc. Nous avons tout concentré dans l’application. Il suffit qu’il appuie sur un bouton pour avoir une définition, qu’il appuie sur un bouton pour avoir une vidéo qui explique les signes que l’enfant présente. Quand l’infirmier finit d’évaluer l’enfant, la tablette fait le reste du travail. Normalement c’est l’infirmier, qui après l’évaluation, devait prendre son livret de tableau, regarder les signes qu’il a trouvés pour faire son diagnostic, et après, prend encore le livret pour voir, par rapport au diagnostic qu’il a posé, les traitements à administrer à l’enfant. Aujourd’hui, dès qu’il a évalué l’enfant, l’application prend les éléments d’évaluation en charge, et automatiquement lui donne le diagnostic et les conseils. Quand il finit l’évaluation, toutes les données de l’enfant vont sur un serveur à travers les Gsm. Ces données vont revenir sur la tablette de l’infirmier, les mêmes données vont au niveau du district sanitaire, de la région. Nous prenons ces données, nous avons un plan d’analyse qui nous permet, sans être devant l’infirmier, de déceler toutes les erreurs que ce dernier a eu à commettre. Et nous essayons de voir avec lui, les difficultés qu’il a eues. C’est en cela que ça entraîne une grande sécurité pour l’infirmier, d’autant plus qu’il est guidé dans son travail. L’analyse que nous faisons après nous permet de voir les faiblesses de l’infirmier et en tenant compte de ces faiblesses, nous organisons des formations ciblées. Sur la même tablette, nous avons des formations orientées, parce qu’en analysant les données, nous pouvons dire que l’infirmier X ne sait pas évaluer tel signe ; nous lui envoyons une formation par rapport à ce signe-là, et la formation sera validé quand il aura réuni 80% des points que nous avons prévu qu’il devait avoir. Voilà comment ce système nous aide aujourd’hui à sécuriser l’enfant. Dès qu’il y a des déviances on le sait tout de suite, on l’explique aux infirmiers et au fur et à mesure ils s’améliorent. Aujourd’hui nous sommes en train de travailler pour étendre cette application à la mère, et là nous allons suivre la mère et l’enfant depuis la grossesse jusqu’à deux ans après l’accouchement.

Etes-vous confrontés à des difficultés ?
Oui, il y a des difficultés mais je puis dire qu’il n’ya pas de difficultés insurmontables. Si elles ne l’étaient pas, nous ne serions pas parvenus à 620 centres de santé couverts par ce protocole, ce qui fait pratiquement le tiers des centres de santé périphériques du Burkina-Faso.Toutefois, je tiens, en termes de difficultés, à relever des problèmes de connectivité. Par ailleurs, l’outil se connecte à internet, donc cela a un coût. Il faudrait faire de telle sorte que demain, au terme du projet arrivera, il y ait une structure qui continue d’assurer ce coût. La tablette aussi a une durée de vie et il faudrait s’assurer qu’il y ait une organisation qui puisse la remplacer en cas de nécessité. Nous avons travaillé sur tous ces éléments, on a intégré au projet aussi bien les comités de gestion que tout le système sanitaire. Il y a même eu des décisions prises par le ministère de la Santé par rapport à l’e-Pcime pour assurer la pérennité du projet.

Où en est le projet aujourd’hui ?
Aujourd’hui les enfants malnutris se greffent sur l’application, l’alimentation du nourrisson et du jeune enfant aussi. On est en train de travailler sur les maladies à potentiel épidémique, de telle sorte que cette application va automatiquement signaler tous les cas médicaux qui se présentent. Egalement, dans la communauté, tous les cas d’insécurité seront connectés par rapport à cette application. Aujourd’hui, je pense que nous avons assez d’expériences pour implémenter le protocole partout dans le monde. Si on est arrivé à le faire dans de petits villages du Burkina-Faso, on peut le faire partout.

Entrtien réalisé par Flore NOBIME

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