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Le triomphe de la vérité

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Renonciation de Talon au référendum: « Un camouflet pour le BMP.. », selon le journaliste Consultant Jacques da Matha


Fini la récréation, tout le monde en classe pour des lendemains meilleurs. Le Président Talon a sifflé la fin des ambitions inavouées et inavouables du Bloc de la majorité parlementaire (Bmp). C’était mardi dernier, veille des 58 ans de l’accession de notre pays à la souveraineté internationale, au cours de son message à la nation et d’un entretien avec la presse nationale.
Désormais, les pressions, les tensions et les intrigues vont se dissiper, comme par enchantement, pour laisser place à un ciel cristallin, une ambiance plus sereine et studieuse. Les préparatifs dans les partis politiques pour aller à l’assaut des populations vont se dégonfler comme une peau de baudruche. Déjà aux lendemains du vote du projet de révision de la Constitution le jeudi 05 juillet dernier, le Bmp était monté au créneau, dans un jeu de retournement, pour affirmer que l’objectif principal du projet d’amendement était le référendum, la consultation populaire.

La responsabilité du Bloc de la majorité parlementaire
Cependant, d’après l’analyse1 du journaliste Thibaud C. NAGNONHOU du quotidien La Nation du mardi 03 juillet 2018, soit deux jours avant le vote, les jeux étaient faits au regard de la configuration actuelle de l’Assemblée nationale, du moins arithmétiquement. Les députés de la majorité parlementaire avaient déjà apprêté les flûtes pour sabler le champagne de la victoire. Cette analyse de Thibaud C. NAGNONHOU démontrait à suffisance que les députés du Bmp n’étaient pas partis ce jeudi-là à l’hémicycle pour un résultat a minima. Ils auraient assuré le Président Talon qu’ils décrocheraient le jackpot, sans cela, celui-ci ne leur aurait pas permis de tenter l’aventure. Et le désaveu était venu, comme pour rétablir la vérité, de la bouche du député Mathurin NAGO, l’un des ténors (et pas des moindres) de la révision. Il avait affirmé sur la chaîne Golfe TV, le dimanche 08 juillet 2018, que le bloc auquel il appartenait -assurément le Bloc de la majorité parlementaire- voulait éviter le référendum. L’intervention du Directeur de la communication présidentielle 24 heures plus tôt sur la chaîne RFI, qui déclarait que l’objectif du vote était le référendum, n’était qu’un exercice de communication politique consistant à assurer le service après-vente. L’image à la une du quotidien La Nation du lundi 09 juillet 2018 le prouve aisément. Elle montre, à la conférence de presse du Bmp au lendemain du vote, des députés aux visages déconfits. Si c’était le résultat attendu, ceux-ci, loin d’afficher un visage éploré, auraient été plutôt souriants, détendus et affables. Ils avaient l’air tristes, pensifs, soucieux et décontenancés. En journalisme, l’image n’est jamais neutre, elle est toujours expressive. Pour être prosaïque, il n’est pas dans la nature humaine de vouloir le moins quand on peut le plus. Les députés du Bmp n’étaient pas partis à l’hémicycle pour se contenter de l’admissibilité. C’était pour gagner du coup. Théoriquement ils ne seraient pas allés au bout de leur engagement. Ils ont porté le projet de révision à-bras-le-corps ; ils en ont été les initiateurs, selon certains. Ils devraient en principe en assumer la responsabilité, reconnaître leur manque de discernement dans le jeu politique de ce jeudi 05 juillet qui a abouti au référendum. Le Chef de l’Etat n’avait pas imaginé un tel dénouement, sinon il n’aurait pas donné son accord.

L’obstination du Bloc de la majorité parlementaire
Néanmoins, sans hélas ! rien devoir se reprocher, le Bloc de la majorité parlementaire, du 06 juillet au 31 juillet 2018, soit pendant plus de trois semaines, aurait poussé par tous les moyens le Président Talon à franchir le rubicond. Que de pressions n’aurait-il pas reçues durant ces trois semaines ? Que de nuits blanches connues ! Les mobilisations des masses autour de ce référendum ont marqué ces trois dernières semaines du mois de juillet comme si le Bmp avait voulu se redorer le blason aux yeux du Chef de l’Etat. Les faits sont là qui témoignent de la détermination du Bloc de voir la procédure d’amendement de la Constitution par référendum aller à son terme.
A en croire la publication de La Nation du 18 juillet 2018, toutes les dispositions étaient déjà en cours à l’Assemblée nationale pour lever le verrou qui empêchait d’aller au référendum. Un texte de loi modificatif de la loi n° 2011-27 du 18 janvier 2012 portant conditions de recours au référendum en République du Bénin serait déjà déposé à l’Assemblée nationale. Les aménagements de la proposition de loi modificative dont la mouture, selon toujours La Nation du 18 juillet 2018, est en circulation à l’hémicycle, portent sur les articles 7, 10, 11, 12, 17 et 32 de la loi n°2011-27 du 18 janvier 2012 portant conditions de recours au référendum. Dans ce projet de texte, tout est mis en œuvre pour réduire le délai du processus référendaire. En effet, l’article 7 de la loi du 18 janvier 2012 dispose que « la convocation des électeurs en vue du référendum est faite par décret du Président de la République pris en conseil des ministres, cent vingt (120) jours avant la date du scrutin ». Si cela devrait se faire, à la date du 18 juillet 2018, c‘est plus de quatre mois après, soit en novembre prochain, que devra se tenir le vote référendaire. Mais ce n’est pas la seule difficulté. Selon La Nation du 18 juillet 2018, l’autre difficulté est relative aux dispositions de l’article 300 alinéa 4 du Code électoral. Celui-ci stipule : « La liste électorale permanente informatisée doit être établie au plus tard soixante (60) jours avant la date du scrutin ». Or le Conseil d’orientation et de supervision (Cos) de la Lépi installé le 29 juin dernier pour un mandat de six mois n’a même pas encore réellement démarré ses travaux d’actualisation du fichier électoral. Les agents de terrain, dont les membres des commissions communales d’actualisation (Cca) et les délégués d’actualisation d’arrondissement (Daa), ne sont même pas encore connus. Autre difficulté, l’article 2 du Protocole A/SPI/12/01 de la Cedeao sur la démocratie et la bonne gouvernance impose qu’ « aucune réforme substantielle de la loi électorale ne doit intervenir dans six(6) mois précédant les élections, sans le consentement d’une large majorité des acteurs politiques ». Pour ne pas violer cet instrument communautaire, il importe que le référendum constitutionnel soit organisé avant le mois d’octobre prochain. Toutes ces dispositions expliquent le branle-bas au niveau du Bloc de la majorité parlementaire, qui cherche à réduire les délais du processus électoral référendaire, relativement aux articles 7 et 17. Ainsi, au lieu de cent vingt (120) jours pour la convocation des électeurs comme prévu par l’article 7 ce serait cinquante (50) jours avant la date du scrutin. De plus, trente (30) jours au lieu de quatre vingt dix (90) jours comme indiqué par l’article 17 pour la mise à jour finale, par la Commission électorale nationale approfondie (Céna), de la liste définitive des partis politiques autorisés à prendre part à la campagne en vue du référendum.
Dans cet ordre d’idée, sur le terrain, des campagnes d’information et de sensibilisation vont bon train pour mobiliser les populations et expliquer les raisons profondes d’aller au référendum. Les partis du Bmp se déploient sur le terrain dans cette perspective. Pour preuve, la recomposition du paysage politique qui a donné naissance le dimanche 22 juillet dernier à Cotonou au Bloc progressiste, un rassemblement de plus d‘une dizaine de partis et alliances politiques. Au cours de cette sortie, les cadres des partis signataires, plus de 500, selon La Nation du 23 juillet 2018, ont été entretenus sur la pertinence de la réforme en vue. A la lumière de tous ces faits, il ne fait aucun doute que les députés du Bmp étaient dans leur logique : faire tout pour se racheter aux yeux du Président Talon.

La magnanimité du Chef de l’Etat
Depuis le 05 juillet, tous les regards étaient tournés vers le Chef de l’Etat. Tous ses faits et gestes étaient scrutés. Le Bmp continuait de façon inlassable et impassible à s’investir dans le processus référendaire dans l’attente infaillible de la convocation des électeurs. Aucun devin n’était à même de lire dans la pensée du Président Talon. Tout le monde se perdait en conjectures pendant que le Chef de l’Etat attendait patiemment le moment opportun pour abattre son jeu. Trois semaines plus tard, et contre toute attente, précisément dans la nuit du 31 juillet, veille de la fête nationale, la décision tombe provoquant le tsunami dans le rang du Bmp. Il n’y aura pas de référendum !
Voilà, une clairvoyance du Chef de l’Etat sur le Bloc de la majorité parlementaire qui l’a poussé pour des raisons inavouées et inavouables dans cette entreprise sans lendemain. Le pragmatisme a payé. La raison et le cœur ont parlé. En effet, les conditions sociales ne sont pas mûres pour tenter une autre aventure. Les motivations du Chef de l’Etat sont objectives, raisonnables et matérielles. Pas question de distraire des ressources financières pendant qu’on en a ardemment besoin. La situation sociale caractérisée par un panier de la ménagère précaire n’est pas non plus favorable. Le Programme d’Action du Gouvernement (PAG) manquant aussi de visibilité, du moins pour l’instant, sur le terrain ; les taxes plombant le quotidien des populations ; tout cela n’est pas de nature à porter au pinacle le Président Talon.
Ainsi, tel un stratège avéré, le Chef de l’Etat a laissé s’époumoner le Bloc de la majorité parlementaire avant de prendre sa décision. Plus de match désormais ! C’est là un acte magnanime qui marquera à jamais l’histoire du Bénin, car le Président opte pour le plus grand bien des populations de nos villes et campagnes. Nous n’en doutons guère !

Jacques da MATHA
Journaliste / Expert en Information et Communication
Ancien Directeur Général de l’Office de Radiodiffusion
et Télévision du Bénin
Ancien Directeur du Centre de Formation de l’Union des Radiodiffusions
et Télévisions Nationales d’Afrique (URTNA) à Ouagadougou

 

1 « Le dossier a de fortes chances de passer au regard de la configuration actuelle de l’Assemblée nationale après la tentative de 2017. En plus des 60 députés qui avaient voté pour la première tentative de révision constitutionnelle du 4 avril 2017 et qui a échoué à trois voix près, la Majorité parlementaire a les coudées franches pour rallier à sa cause d’autres députés de la minorité parlementaire qui avait réussi à faire foirer l’initiative de l’année dernière. Surtout que parmi ces derniers qui avaient voté contre le projet de révision constitutionnelle en 2017, figurent Sofiath Schanou et Ahmad Tidjani Affo Obo, qui ont rejoint le Bloc de la majorité parlementaire. On annonce aussi le ralliement du député Issa Salifou alias Saley qui serait désormais en intelligence avec le Bmp. Tous ces soutiens et tractations mis ensemble permettent de conclure qu’après plusieurs tentatives ratées sous les différents régimes, la procédure de l’amendement constitutionnel serait enfin la bonne cette fois-ci ».

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