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Le triomphe de la vérité

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Edito: Ce qu’il fallait faire


Ce mercredi 25 juillet, le Chef de l’Etat a rencontré à Abuja son homologue nigérian, Muhammadu Buhari. De tout ce que les médias en ont pu dire, une chose a retenu mon attention : la question du riz. Il y a quelques semaines, j’attirais l’attention de tous sur les menaces relayées par quelques médias nigérians sur l’imminence de la fermeture des frontières bénino-nigérianes, du fait de l’agacement de plus en plus perceptible des autorités d’Abuja face à ce qu’elles croient être une volonté délibérée du gouvernement béninois de nuire aux réformes économiques en cours au Nigeria. Elles savent en effet, ces autorités, que malgré l’arrêt officiel de la réexportation du riz vers leur territoire, les acteurs ont trouvé d’autres circuits de fraude pour contourner les mesures officielles. Ils développent une ingéniosité toute particulière à contourner les interdictions pour que leurs produits parviennent dans le pays le plus peuplé d’Afrique.

Ce mercredi, Muhammadu Buhari a déclaré: « Nous avons réussi à arrêter les importations de riz dans le pays pour près de 90% ».  Et d’ajouter : « Nous sommes conscients de ce que la contrebande du riz affecte les capacités locales de production de riz au Nigeria. Cela affecte négativement le commerce entre nous, et le Nigeria est un important partenaire pour un pays comme le Bénin. »

On n’aura pas besoin d’expliquer que le Nigeria tient à atteindre une autosuffisance en riz. Il a pour cela mis en place une stratégie progressive qui lui permet de réduire ses importations en riz de 95% et accru le nombre de riziculteurs de 5 à 30 millions de producteurs, selon le ministre de l’agriculture Audu Ogbeh.  Mais des chiffres laissent entendre que le pays est loin d’avoir atteint ses objectifs de production. Sur un besoin annuel de plus de 7 millions de tonnes, le pays produits à peine 2,7 millions de tonnes, soit un déficit de 4,3 millions de tonnes. D’où l’ingéniosité  des contrebandiers, qui trouvent dans le vide à combler, une énorme opportunité d’affaires.  De 2012 à 2015, le Nigeria a  dépensé environs 474 milliards de Naïra pour importer du riz, selon la banque centrale du pays.

Mais il n’y a pas que ce défi. Même le riz produit dans le pays n’est pas très apprécié des consommateurs qui lui préfèrent celui importé. Mais le pas décisif a été franchi lorsque le gouvernement a pu mettre en place une politique en vue d’atteindre l’autosuffisance escomptée. Et cette politique passe nécessairement par la recherche en vue de mettre en place du matériel végétal adapté au goût du public. Ce n’est pas le moindre des défis. Elle passe également par la mobilisation des producteurs, à travers des formations et des sensibilisations, mais aussi à travers diverses mesures attractives, notamment tout ce qui peut aider à mettre les prix à la portée de toutes les bourses.

Ce que l’on a ignoré pendant longtemps, c’est que les Etats asiatiques dont nous consommons abondamment les productions, n’hésitent pas à faire du dumping en vendant plus cher chez eux, ce  qu’ils livrent ici à vil prix. De sorte que les producteurs africains arrivent difficilement à soutenir la concurrence. Que faut-il faire ?

Il s’agira de faire exactement ce que font les plus grands : réguler les importations, lancer la production et la commercialisation locales. Ceci passe par la définition d’un plan stratégique approprié, comme l’a fait le Nigeria. Ce faisant, c’est une guerre ouverte qui est déclarée à certains gros patrons qui  se sont engraissés à milliard dans le secteur. La mafia du riz est loin d’être un canular.

En mettant le riz au rang des spéculations prioritaires, l’Etat se donne les moyens pour atteindre ses objectifs. Car, au Nigeria comme au  Bénin, les mafias du riz sont puissantes. Je ne serais pas surpris si le premier ministre de l’agriculture qui aura le courage d’évoquer le sujet soit inquiété.

Tout compte fait, le Bénin a grand besoin d’un plan à la nigériane, en vue de limiter les importations de riz, pour que les jeunes béninois trouvent du travail dans le secteur. Au plan macroéconomique, la production locale a des chances d’accélérer la croissance. Nous le pouvons et il est temps que nous le fassions.

Par Olivier ALLOCHEME

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