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Le triomphe de la vérité

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Entretien avec le Dg/Ceped, l’honorable Assan Séibou : « Nous devons soutenir le projet et encourager les artisans »


DG CEPED, Assan Séibou

Le projet de modernisation du transport urbain et de promotion du tourisme, « Bénin-Taxi », s’étend aux autres grandes villes béninoises. Ce projet lancé en juillet 2017 à Cotonou, gagne désormais les communes de Parakou, Natitingou, Tanguiéta et Djougou, dans le but de faire toucher du doigt aux populations de ces localités, les actions de développement du secteur touristique engagées par le Chef de l’Etat, Patrice Talon. Dans cette interview accordée à votre journal, L’Evénement Précis, le Directeur du Centre de partenariat et d’expertise pour le développement durable (Ceped) et Coordonnateur du projet « Bénin Taxi », l’honorable Séibou Assan  évoque les grandes orientations du projet, les perspectives pour son développement effectif dans les autres villes et son impact sur le secteur touristique et la mobilité urbaine.

 

L’Evénement Précis : Pourquoi la tournée que vous avez récemment effectuée dans le septentrion ?

 

He Séibou  Assan: Le Centre de partenariat et d’expertise pour le développement durable (Ceped), s’est vu confier la tâche de conduire le projet « Bénin taxi ». Ce projet est conçu par le gouvernement, suite à une idée du chef de l’État d’améliorer les conditions, et surtout la qualité de la mobilité dans nos grandes villes et de promouvoir en même temps, le tourisme qui est l’un des secteurs phares dans lesquels le gouvernement s’est lancé. A cet effet, le projet a démarré par la ville de Cotonou et a consisté à acquérir des véhicules mis à la disposition d’artisans recrutés. Ces deniers sont des jeunes qui veulent se lancer dans le taxi ville, mais qui n’en n’ont pas les moyens. Le gouvernement, par un emprunt fait auprès du Trésor public, essaye d’acquérir ces véhicules qu’il met à leur disposition pour qu’ils puissent s’auto-employer en tant que propriétaire du véhicule. C’est ce qu’on appelle communément « travail payé », c’est-à-dire qu’ils travaillent et font un versement journalier jusqu’à ce qu’ils rachètent les véhicules pour en devenir totalement propriétaires.

 

 

Quel rôle joue le Ceped dans tout cela?

 

Le travail du Ceped est de les accompagner, de les superviser et, surtout, de coordonner le projet pour que les objectifs définis soient atteints.

Le projet a démarré par Cotonou. 300 taxis au total ont été acquis pour démarrer « Bénin taxi » qui vise les grandes villes du Bénin. Comme vous le savez, un projet de ce genre démarre de façon progressive. On ne peut pas le lancer d’un seul coup partout. Ainsi, le démarrage a eu lieu à Cotonou le 4 juillet 2017. Après une année d’expérience au cours de laquelle nous avons mis ces véhicules en service par vagues, nous avons fait une étude pour voir si le projet a pris. Et aujourd’hui, sur la base des différents rapports et des différentes observations, la conclusion du gouvernement est que le projet prend de l’envergure dans la ville de Cotonou, et même dans ses environs. En effet, on voit des véhicules « Bénin taxi » arriver jusqu’à Parakou, parce que loués par des touristes ou des gens qui y viennent pour des raisons de service ou en famille. C’est la réussite de cette première phase qui a conduit le gouvernement du Président Talon à envisager la seconde. Ainsi, le 2 mai 2018, le  Conseil des ministres a décidé de procéder à l’extension du projet. En fait, c’est un redéploiement que nous faisons. En effet, compte tenu du nombre que nous avons à Cotonou, mais aussi de la pression qui vient de toutes les grandes villes de l’intérieur du pays et du souci de rentabilité, il a été décidé de redéployer la dernière vague dans les villes à l’intérieur. Il a été retenu alors que le projet soit étendu à Porto Novo, Allada, Ouidah, Abomey-Bohicon, Parakou et Natitingou-Tanguieta. Ce qui va permettre aux artisans d’approcher des zones touristiques aux atouts économiques visibles, leur permettre de rentabiliser le projet, mais aussi de couvrir le besoin qui s’exprime de façon vraiment préoccupante.

 

Vous aviez parlé de 300 véhicules. Est-ce qu’il y a une clé de répartition ? 

 

Bien sûr. Et cela a été fait sur la base d’une certaine étude. Pour Parakou où a démarré cette seconde phase, nous avons estimé qu’il faut 25 taxis pour couvrir la ville et ses environs. Le besoin d’aller et de venir existe entre les villes du département du Borgou sans que les conditions souvent exigées par les clients ou les usagers soient remplies. Nous avons donc estimé à 25 le nombre qui pourrait couvrir Parakou. Mais nous ne saurions mettre en circulation d’un seul coup, la totalité des véhicules. Il faut que naisse une habitude, raison pour laquelle nous avons laissé à Parakou, une quinzaine de taxis pour, comme on dit en affaires, inciter le marché.

 

Comment se fera le lancement dans les autres localités concernées?

 

Le lancement de Parakou le samedi 7 juillet 2018 est un début, puisque c’est une série de lancements que nous nous apprêtons à faire. Et quand on est à une phase de ce genre, il faut marquer l’évènement. C’est pour cela que l’étape de Parakou a été placée sous la présidence effective du Ministre d’État, ministre du Plan et développement, Monsieur Abdoulaye Bio Tchané. Le lundi 9 juillet c’était au tour de Natitingou, placé sous la présidence du préfet. Après Natitingou, nous descendrons au sud pour le lancement à Porto Novo ou à Ouidah ou encore à Bohicon. Ça se fera de façon progressive. L’étape de Parakou qui a été une réussite est l’œuvre  de la forte mobilisation des diverses autorités. A ce propos, je voudrais profiter pour remercier sincèrement le maire de Parakou, Charles Toko qui s’est investi personnellement pour que nous puissions lancer la deuxième phase dans sa ville. Il a mis à notre disposition une base où les taxis peuvent garer la nuit en toute sécurité. La base se trouve à la place Tabéra, un domaine bien clôturé. Le maire Toko nous a également accordé un certain nombre de positions dans la ville, ce qu’on appelle des « têtes de taxis ».  Toutes les activités devraient concourir à la mise en œuvre de ce projet qui a besoin d’être encadré par la sécurité, mais aussi par les autorités pour les facilitations nécessaires.

 

Parlez-nous un peu du profit que tireront les populations de ces villes de « Bénin taxi » ?

Le profit, c’est le service qui est offert, celui de pouvoir se rendre où on veut, avec un taxi climatisé et à bord duquel vous avez le wifi, et bientôt d’autres services, qui sont en train d’être mis en place à cause du déploiement. Technologiquement, nous devons pouvoir y arriver dans quelques jours afin qu’à partir de votre téléphone Android, vous puissiez demander un taxi. Nous avons aussi prévu un service d’appui, géré par le partenaire technique qui est un numéro vert, le 130, qu’on peut appeler. Ce numéro donne les indications au conducteur de taxi le plus proche de vous. Cette ambition d’offrir un service de qualité de ce genre est déjà un atout qui va dans l’intérêt des populations. Il y a aussi la question du coût. Nous avons souhaité que Parakou ait deux zones, la ville étant grande. Et ce coût sera de 1.000 FCFA par zone. Maintenant, si vous voulez louer le taxi pour aller à N’Dali par exemple, ou sortir de la ville de Parakou pour aller à l’aéroport, le prix ne peut plus être le même que celui de la ville, l’aéroport ayant toujours eu un prix spécial, dans tous les pays du monde. Et pour ça, il est prévu un minimum de 3. 000 FCFA que le client doit payer, si c’est la zone de l’aéroport. Si vous vous promenez en taxi, le coût peut augmenter de 1.000 francs, selon la distance. Nous avons une grille tarifaire que nous allons communiquer aux populations de Parakou.

 

Quelles sont les conditions que doivent remplir les artisans vis-à-vis du Ceped?

 

Le véhicule a été acquis par le Ceped sur un emprunt auprès du Trésor public. Il a été acquis dans les conditions étudiées par le gouvernement. Le prix qui a été retenu avec toutes les options comprises est de 12 millions et plus. Le payement est planifié sur 4 ans. L’artisan fait un versement de 6.000 francs par jour au départ pendant un an. Cela passe à 7.500 francs la seconde année et reste ainsi jusqu’à la fin des 4 ans. C’est pour leur permettre d’avoir plus de clientèle que nous avons décidé de décongestionner un peu Cotonou et de les déployer vers les autres villes. Notre partenaire technique est chargé de suivre les remboursements.

 

Il y a-t-il des mesures d’accompagnement des artisans ?

Bien sûr. Le Ceped supporte un certain nombre de frais au départ pour les artisans. Par exemple, l’assurance des véhicules tous risques est faite pour l’année pour aider l’artisan. La visite technique aussi est faite pour une année. Et puis, au démarrage, même si c’est insuffisant, on lui fait deux pleins de carburant. Parce qu’il s’agit de jeunes qui sont pour la plupart désœuvrés au départ, et n’ont donc pas les moyens de commencer. Mais quand on veut que quelqu’un ait sa propre entreprise, il ne faut pas se substituer à lui. C’est pourquoi, dans le montage du projet, le gouvernement a recruté un partenaire technique, c’est-à-dire un privé, qui nous accompagne dans sa mise en œuvre. Ce partenaire est chargé de la gestion de la flotte et suit les artisans.

 

 

Avez-vous déjà eu à faire face à des cas de non remboursement par les artisans, si oui, comment les choses se passent-elles ?

 

C’est évident que tout le monde ne peut pas réussir d’un seul coup. Il y en a qui traînent dans le remboursement. Nous essayons de les accompagner, de les aider et d’étudier les cas. Nous sommes parfois indulgents, car ce sont des hommes et surtout des jeunes.

 

Etes-vous satisfait du travail des artisans?

Parfois la discipline est difficile pour nous. Vous pouvez vous rendre compte parfois de la mauvaise foi de certains, comme vous pouvez aussi vous rendre compte de la bonne fois d’autres, ainsi que du respect des interdits. Ces véhicules sont des véhicules d’une certaine classe qui ne permettent pas d’aller au marché ramasser des bagages n’importe comment. Nous sommes exigeants là-dessus. Nous interdisons aussi l’accès à certains lieux comme la sortie sur les frontières. Nous sommes rigoureux sur le fait que l’artisan doit s’assurer que le colis de son client ne comporte pas de produits prohibés. Nous essayons de sensibiliser sur ce fait. Il est interdit aux artisans de se ravitailler en essence aux bords des voies. Et pour cela, je veux appeler toutes les populations de Parakou à nous aider. A Cotonou, les gens nous aident pour ça. Si des gens voient un des véhicules « Bénin Taxi » en train de s’approvisionner en essence au bord d’une voie, qu’ils le filment et nous envoient l’image. C’est ce que je demande à nos concitoyens de Parakou. Car, la garantie pour que le véhicule dure est de ne pas y mettre de l’essence frelatée qui contient des substances qui peuvent détruire le moteur. Il y a des stations ici à Parakou. D’ailleurs, les villes dans lesquelles nous lançons la deuxième phase disposent de stations d’essence dans lesquelles ils doivent pouvoir se ravitailler. Aussi, le prix fixé n’est pas élevé. Les concurrents à Cotonou sont à 3.000 francs. Certains artisans, malgré qu’on ait fixé le prix à 1.000 francs font du gré à gré avec les clients, augmentent le prix parfois. Quand le client est coincé, il l’accepte. Il faudra que les gens sachent que le prix dans Parakou, est fixé à 1.000 francs. Étant donné que nous allons diviser la zone de Parakou en deux, personne ne peut payer plus de 2.000 FCFA.

 

Avez-vous eu à sanctionner des artisans ?

Il y a eu des dérapages.  Quand quelqu’un a pris du kpayo, on lui a arraché automatiquement le véhicule. A ce jour, il y a plusieurs véhicules qui ont été arrachés pour non remboursement ou pour non-respect des interdits.  Nous avons fait des rapports au gouvernement dans ces cas. Dans le contrat, après deux semaines en principe, l’artisan qui n’est pas en règle vis à vis du remboursement, est stoppé jusqu’à ce qu’il paye. Mais pas indéfiniment. Sinon, ils peuvent vous laissez après une année un véhicule pour n’avoir pas payé deux semaines. Nous prenons des mesures et nous les remplaçons. Nous avons déjà opéré plusieurs remplacements.

 

Quel est le mécanisme pour les faire rembourser ?

Pour celui qui prend le véhicule en remplacement, on recalcule le coût du véhicule au prorata de la durée faite par le précédent et au prorata également du temps qu’il lui reste à faire. Parce qu’on peut avoir arrêté au début du mois et ne le remplacer que 15 jours après. Nous calculons tout ça. Ce sont les risques de quelqu’un qui lance un produit, mais nous y faisons face. Lorsque le nouveau veut prendre le véhicule, nous le retournons vers le concessionnaire qui, entre temps, a fait des réparations pour le remettre pratiquement à l’état neuf.

D’aucuns estiment que « Bénin Taxi » règle beaucoup de cas sociaux. Partagez-vous cet avis?

Du point de vue du service fourni par « Bénin Taxi », nous avons effectivement constaté, après une année d’activités à Cotonou, que ces taxis sont devenus le premier service sanitaire de la ville. C’est-à-dire que les gens sollicitent « Bénin Taxi » quand ils doivent se rendre à l’hôpital pour leur rendez-vous. Ce ne sont pas des taxis qui prennent des gens en route. Ce sont des taxis qui vous amènent à destination quand vous les prenez, même si vous êtes seuls. Que vous l’ayez pris seul ou pas, vous payez 1.000 francs. Si vous vous arrêtez pour prendre quelqu’un, il change de prix. Et d’ailleurs, il n’a pas le droit de s’arrêter si des clients sont déjà à bord. Le Bénin étant un pays de cérémonie, il est avantageux de prendre ce taxi qui vous aide à transporter votre famille. Vous pouvez louer ces taxis toute la journée pour vos courses hors de Parakou. Le prix de location est de 45.000 francs CFA, carburation comprise. Les parents peuvent, sur la base d’un contrat, les solliciter pour le transport de leurs enfants à l’école. Pour les touristes, c’est le problème de confort que ce taxi est venu régler.

 

 

Que direz-vous pour conclure cet entretien DG ?

Je voudrais rassurer les populations de Parakou et des autres communes, où seront lancés le projet, en leur disant qu’il n’y a pas d’anciens véhicules parmi ceux qu’on déploie vers elles. Ce sont des véhicules neufs. Par contre, il y a à l’intérieur des véhicules des reprises. Il y a, par exemple, un véhicule laissé par quelqu’un après deux semaines d’exploitation, en raison de problèmes de santé. Ce véhicule ne peut pas être appelé neuf, parce que l’utilisateur n’est pas le premier à en détenir la clé. Certains sont justes à la fin du rodage. Ils le vont constater. Ce n’est pas une chose que nous chantons en l’air. Certains des artisans n’ont pas un véhicule neuf, parce qu’ils avaient commencé à travailler à Cotonou. Ils tournaient à Cotonou. Il faut dire que le recrutement a été fait sur toute l’étendue du territoire national, c’est-à-dire que les gens ont passé l’examen à Parakou, Natitingou, dans l’Alibori, partout au Bénin, et ceux qui ont été retenus devaient travailler dans la ville de Cotonou. Certains sont venus et ne connaissaient même pas Cotonou. Y travailler était difficile pour eux. Nous avons essayé, dans ce redéploiement, de les ramener sur les territoires qu’ils maîtrisent afin qu’ils puissent s’en sortir. Certains ont exprimé cette demande il y a longtemps. C’est peut-être un défaut du projet. On aurait peut-être fait le recrutement par zone, pour affecter les véhicules. Mais compte tenu qu’on était au début, on a fait venir tout le monde à Cotonou. Mon souhait est que le projet puisse prendre dans la ville de Parakou. Parakou est une grande ville et les potentialités économiques pour que ce taxi soit utile y sont. Vous avez des avions qui commencent à venir à Parakou. Voulez-vous que les passagers à leur descente de l’avion appellent les conducteurs de taxi-moto pour leur déplacement ? Ces gens ne monteront pas dans n’importe quel véhicule pour faires leurs courses. Il faut alors que Parakou soutienne ce projet. Ça va accompagner notre développement. Il faut aussi que les gens soient tolérants. Le fait de taxer les véhicules de ‘’vieux’’ n’est pas bien. C’est une manière de jeter l’opprobre sur ce projet. Une activité économique n’a rien de politique. Dénigrer ne sert à rien. C’est la ville de Parakou qu’on veut servir. Si les taxis ne tournent pas dans Parakou, nous allons les retirer et les envoyer dans une autre ville qui en a besoin. C’est pour ça qu’il faut que nous soutenions tous le projet, et encouragions, surtout, les artisans qui sont dedans. A Cotonou ça a été dur. Les conducteurs de taxi-moto ont cru qu’on voulait les remplacer. Ils vont se rendre compte que c’est deux terrains différents. Il faut aussi que les autorités assurent la sécurité des artisans.

 

Entretien réalisé par Gérard AGOGNON

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