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Le triomphe de la vérité

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Edito: En mode patron


C’est la Commission économique pour l’Afrique (CEA) qui le dit : 72% des actifs béninois sont en situation de sous-emploi. Autrement dit, trois employés béninois sur quatre exercent des activités professionnelles en-deçà de leur qualification réelle. La CEA, qui est une institution des Nations Unies, ajoute aussi que le taux de chômage au Bénin en juin 2018 est de 2,4%. Tout ceci nous vient d’une étude intitulée « Profil Pays 2018», rendue publique le 28 juin 2018. Elle souligne par exemple que le Bénin connaît une croissance démographique évaluée à 3, 5% alors que 46,7% des jeunes béninois ont moins de 15 ans. Cet état de chose fait que, la « proportion des pauvres au Bénin s’accroît au fil des ans depuis 2007 », selon la même étude.
En se fiant aux chiffres de la CEA, le taux de chômage de notre pays est presque marginal. 2,4%. Mais ce qui retient mon attention, c’est le changement, lent mais de plus en plus visible, qui s’observe au sein des jeunes. Beaucoup d’entre eux ne veulent plus rédiger des demandes d’emploi. Ils préfèrent se mettre à leur propre compte, travailler dur pour réussir leur business et créer de la valeur ajoutée autour d’eux.
Non, je ne parle pas de non-diplômés. Je parle d’hommes et de femmes ayant découvert d’autres vocations, loin de leurs formations universitaires et qui s’y sont accrochés. C’est le cas d’un de mes amis diplômé de l’ENAM payé sur les maigres ressources de sa famille. S’il ne devrait suivre que le cours normal de la vie, il serait dans l’administration des impôts, à changer les voitures et à construire villa sur villa. Que non, il s’est découvert une vocation incroyable dans l’agriculture. Et quand on le questionne aujourd’hui, il n’hésite pas à dire à tout le monde qu’il est agriculteur. « J’ai décidé de ne plus jamais rédiger de demande d’emploi », m’a-t-il assuré il y a seulement quelques jours.
Je me rappelle, il y a quelques années, cet autre ami qui, aussitôt le master en poche, a démarré l’import-export avec le Nigeria. Malgré toutes les supplications de sa mère qui n’arrêtait pas de lui dire que la fonction publique est une manne quand on a son diplôme. Comme elle, la plupart des parents fonctionnaires ne comprennent pas que leurs enfants ne veuillent pas vraiment de la fonction publique qui offre des salaires réguliers et un plan de carrière cohérent et transparent.
Mais, malgré tout ce que l’on peut dire, un nombre croissant de jeunes ne croit plus du tout à ce paradigme éculé. Ce qui les intéresse, c’est comment fonder leurs propres affaires. Comment se battre pour capter des opportunités et devenir riche.
Ah oui, devenir riche ! Voilà bien un tabou que l’école a peur d’enseigner. L’école veut former des employés dociles arrivant à l’heure et remplissant sagement leurs devoirs professionnels. Ceux qui passent l’essentiel de leur existence sur les bancs de l’université à accumuler des diplômes finissent par fermer les yeux sur les opportunités d’industrie et de commerce qui les entourent. Ce qui les intéresse, c’est un poste dans l’administration publique, un salaire fixe et à bonne date, quelques opportunités de promotion et c’est tout.
Les avertissements des gens les plus riches n’auront servi à rien : un salaire vous ligote, une entreprise vous libère. Et en restant dans le microcosme du Bénin, quel emploi pouvez-vous occuper décemment dans ce pays et construire une maison, qui plus est une maison à étages, sans vous ruiner ou sans vous endetter lourdement ? On cherchera longuement. Or, les jeunes générations ne veulent pas seulement avoir une maison ou acheter une voiture : elles veulent vivre leur temps, goûter aux délices de leur temps. Chacun veut créer son propre business et devenir son propre patron.
Ce changement de paradigme a lieu alors que les jeunes peuvent voir à la télé aujourd’hui comment l’on peut s’offrir des vacances, voyager à ses propres frais sans tricher avec l’Etat, payer des études décentes à ses enfants et prendre la retraite à un âge respectable. Cette sensation de liberté et de confort figure parmi les grands courants de la vie moderne dont les modèles nous viennent d’occident.
Même si la tendance majoritaire est à la recherche d’un emploi hypothétique, une tendance de fond commence à émerger. D’elle nous pouvons attendre les grands industriels, les grands agriculteurs et les grands innovateurs qui changeront le pays.

Par Olivier ALLOCHEME

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