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Le triomphe de la vérité

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Docteur Ousmane Ly, médecin, expert international en santé numérique: « L’utilisation des technologies dans le système de santé est devenue incontournable »


Médecin de formation originaire du Mali, expert international en santé numérique, Dr Ousmane Ly a pris part, du 17 au 22 juin 2018, à la 2ème Conférence des ministres de la santé et des ministres en charge des technologies de l’information et de la communication (Tic), organisée à Cotonou sur l’utilisation des TIC pour l’amélioration de la qualité des soins et de la sécurité des patients dans les établissements de santé en Afrique. Au terme des travaux, Dr Ly s’est prêté à nos questions  sur la santé numérique et sa mise en œuvre dans les pays africains.

 

L’Evénement Précis : Dr Ly, qu’entend-on par santé numérique ?

Dr Ly :La santé numérique ou e-santé, c’est l’utilisation des Tic dans le secteur de la santé. Cela part de la téléconsultation d’un patient à la mise en place de banques de données de santé en faisant ce qu’on appelle la surveillance épidémiologique des maladies.

Vous avez pris part à la Cimsa 2018 où, justement, il a été question de numériser la santé. Mais cela a un coût. L’Afrique, selon vous, est-elle prête à y faire face ?

Oui, tout à fait, cela a un coût. C’est comme si vous demandiez si les Etats sont prêts à mettre la main à la poche pour former des médecins ou des pharmaciens. Aujourd’hui, l’utilisation des technologies dans le système de santé est incontournable. Les Etats africains doivent mettre les stratégies en place, mettre les moyens nécessaires pour que ces formations se fassent. Mais il y a un défi qui est que la majorité de ces formations, depuis une dizaine d’années, est offerte dans les pays d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Asie souvent. Le défi, c’est aussi que ces formations soient offertes dans nos pays sur le continent. C’est là encore, une des réussites majeures de la Cimsa 2018où on a discuté de ces questions. Il y a des dynamiques qui se mettent en place pour qu’il y ait des masters spécialisés, des DEU et des formations courtes non diplômantes dans le domaine de la e-santé, pour les professionnels de santé africains sur le continent, et tout le monde sait que former sur place coûte moins cher que former à l’étranger.

Lequel des ministères, entre celui de la santé et celui en charge des Tic, devrait prendre selon vous, le leadership de la mise en œuvre de la santé numérique?

Le leadership de la santé numérique appartient clairement et définitivement au ministère de la santé. Mais le ministère de la santé ne peut pas faire cela sans le ministère de l’économie numérique, parce que le ministère de l’économie numérique travaille pour tous les secteurs. L’économie numérique est transversale. Chaque corps de métier doit s’en saisir. Le ministère des TIC est un support, un accompagnateur, mais tant que les ministères-métier ne prennent pas le leadership, ça n’avance pas. Dans le domaine de la santé numérique, ce n’est pas une affaire d’informaticien et ce n’est pas, non plus, une affaire de médecin. C’est une affaire de double compétence de gens qui connaissent bien la médecine, et de gens qui connaissent bien l’informatique. Donc, c’est un mariage intelligent entre les deux  pour que le couple puisse réussir et donner de beaux bébés.

Beaucoup de participants, au cours de la Cimsa 2018, ont soulevé quelques défis à relever pour l’effectivité de la e-santé en Afrique et parmi ces défis, celui de la connectivité. Votre commentaire ?

La connectivité se résout de plusieurs manières mais aujourd’hui, on ne peut plus parler de problèmes de connexion Internet avec ce que nous avons sur nos téléphones mobiles. Retournons une dizaine d’années en arrière. Est-ce que tout ce dont on dispose aujourd’hui, on l’avait avant ? Non ! C’est vrai qu’il y a des problèmes, mais il y a des décisions qui doivent se prendre localement. C’est la raison pour laquelle on parle de sensibiliser pour que le maximum de professionnels de santé, surtout les décideurs, dans les systèmes de santé, comprennent l’importance de ces outils qui transforment réellement les métiers de santé. C’est à l’hôpital de prendre une bonne connexion Internet professionnelle. Ils ont les moyens pour le faire seulement,il y a un manque de leadership et un manque de décision politique et technique à un certain niveau. Et c’est là où on peut dire que la Cimsa 2018 a réussi, parce qu’on a vu une implication et un leadership des deux ministres en charge de ces questions au Bénin et avec leurs collègues africains.

Avec quel sentiment repartez-vous de la Cimsa 2018 ?

Nous repartons de Cotonou comblés parce que cela fait une dizaine d’années que nous nous battons pour la santé numérique ait une dimension institutionnelle affirmée dans nos pays africains. C’est ce qui a été acté ici à Cotonou, parce que des résolutions ont été prises mais ce qui est le plus important, c’est que des messages très forts sont passés, c’est que tous les pays doivent prendre en compte la santé numérique et l’institutionnaliser de manière formelle. On doit faire cela parce que l’ensemble des projets numériques sur notre continent, surtout dans la partie sub-saharienne, sont des projets pilotes qui, au bout de deux, trois, voire cinq ans de financement, s’arrêtent et ne passent jamais à l’échelle. C’est ce constat que nous avons fait à Cotonou et nous avons décidé tous ensemble, résolument, de nous tourner vers l’avenir, de faire en sorte que nous prenions nous-mêmes notre avenir en main en institutionnalisant la télésanté, l’informatique de santé, la santé numérique. Et aussi en faisant en sorte que les ministères de la santé prennent des décisions fortes, le leadership dans ce domaine et fassent que nos budgets nationaux financent la santé numérique.

Réalisé par Flore S. NOBIME

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