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Edito: L’intouchable fétiche


Le mercredi 27 juin 2018, les députés français ont supprimé à l’unanimité, en commission, le mot « race » de l’article 1er  de la Constitution et y ont également introduit l’interdiction de « distinction de sexe ». C’est la 29ème fois que la Constitution française est ainsi amendée depuis son adoption en octobre 1958, soit depuis 60 ans. La première révision constitutionnelle de la cinquième république française est intervenue dès 1960, soit deux années après. Il en est pratiquement de même pour la Constitution américaine. Adoptée depuis le 17 septembre 1787, elle entre en vigueur le 04 mars 1789 et est amendée deux ans plus tard, le 15 décembre 1791. En tout, la Constitution des Etats-Unis a été amendée à 27 reprises. Par contre, la Constitution béninoise se révèle impossible à amender depuis 28 ans. Qualité ou faiblesse ?

Je trouve qu’il s’agit là d’une faiblesse majeure. Que ce soit Mathieu Kérékou, Yayi Boni ou encore Patrice Talon, depuis plus d’une vingtaine d’années, toutes les tentatives pour réformer notre loi fondamentale ont échoué. Bien entendu, il s’est trouvé des constitutionnalistes pour nous dire que notre Constitution est bien la meilleure de toutes les autres, parce qu’elle est justement irréformable.

Prenez donc une entreprise. Si 28 années après sa fondation, vous n’avez pas été capable de la réformer une seule fois, de l’adapter aux exigences du temps et de réparer les inévitables erreurs de débutant que comporte son règlement intérieur par exemple, vous avez toutes les chances de mettre la clé sous le paillasson, qui que vous soyez. D’ailleurs, les entreprises difficiles ou impossibles à réformer sont les premières à disparaitre. Et nous l’expérimentons proprement, chaque fois que les entreprises publiques béninoises doivent affronter  la concurrence du secteur privé. Les longues procédures du secteur public constituent des freins à cette concurrence qui tourne presque toujours à l’avantage du privé. Ici, du moins, la célérité et la rapidité sont les clés de la performance. Pour un pays comme le Bénin, 28 ans après, personne n’a encore trouvé, ni expérimenté la bonne formule susceptible de nous faire sortir de l’impasse. Notre culture est construite sur la méfiance et la suspicion permanentes. Notre Constitution et nos lois sont taillées pour y donner libre cours. Le résultat, c’est l’immobilisme sans issue où nous nous enfonçons.

Comment lire d’autre, la mauvaise foi assumée  d’un Valentin Djènontin, qui fait toute une tirade laissant croire que l’amendement constitutionnel vise à accorder un mandat supplémentaire au Chef de l’Etat, sans élection. Il sait très bien que cette analyse est fausse dans ses fondements les plus basiques. Mais la minorité parlementaire est autorisée à briser toute velléité de réforme constitutionnelle. Elle est autorisée à user de chantage, de mauvaise foi, de menaces pour parvenir à faire fléchir le gouvernement. C’est son rôle à elle  de s’opposer, celui d’user de tous les moyens légaux pour se faire entendre et reconquérir son électorat. Le parlement est le lieu par excellence de ces manœuvres. Je serai donc le dernier à condamner les députés de l’opposition pour avoir fait échouer l’initiative de la mouvance présidentielle. Bien sûr, il s’agit d’hypocrisie, de politique politicienne dans sa version la plus sordide et surtout d’apatridie. Quelqu’un qui aime le Bénin et compatit à nos souffrances ne peut s’amuser à jouer avec l’avenir de ce pays. Mais fondamentalement, est-ce de leur faute ?

Je n’en suis pas sûr. La faute est dans cette Constitution. En réclamant les ¾ puis les 4/5 des voix avant d’être amendée, notre loi fondamentale a mis des verrous infranchissables à une adoption de réforme par voie parlementaire. Dans ces conditions, le consensus parfait est le seul gage de réussite de n’importe quelle réforme constitutionnelle au Bénin. Le vrai problème, c’est que cette voie du consensus comporte des non-dits lourds et dangereux. Il contraint en effet le Chef d’Etat en exercice à opérer des marchandages et à accepter des compromissions graves pour l’avenir. Une bonne partie des députés se sentant menacés par la lutte contre la corruption, ont soulevé des  revendications bien connues. Suivez donc mon regard et vous comprendrez que, n’ayant pas obtenu gain de cause, certains d’entre eux ont mis leurs menaces à exécution. La suite est connue.

Si le référendum a lieu, il aura porté sur des sujets  bien banals. Au lieu d’aider à corriger en profondeur notre Constitution qui en a bien besoin, pour ne pas continuer à être le premier facteur d’immobilisme de notre démocratie.

Par Olivier ALLOCHEME

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