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Edito: L’aggiornamento de Djogbénou


Il n’y a pas de doute. Le Joseph Djogbénou de 2013 n’est pas celui que nous voyons aujourd’hui à la tête de la Cour Constitutionnelle. En février 2013, l’avocat  et activiste de la société civile soutenait mordicus que l’on ne devrait pas poursuivre devant la Haute Cour de Justice l’ancien ministre Soulé Mana Lawani dans le scandale du chantier de construction de l’assemblée nationale. Il en parla même comme d’une «chasse aux « sorcières » » faite d’arbitraire, de cabale, d’abus et de règlements de comptes « par utilisation de la ruse, de la tortuosité, d’amalgame et de manipulation. » C’était en février 2013. Le lundi 07 mai 2018, le ministre de la justice Joseph Djogbénou, sur le même dossier du siège de l’Assemblée nationale a présenté à l’Assemblée nationale une communication où il souligne que ce dossier « renvoie malheureusement au souvenir de nos impuissances, de nos incapacités et notre répulsion à nous soumettre à la discipline qui enrichit et à l’organisation qui construit, en ce qu’elle est transparente, technique, rigoureuse et confiée aux hommes et aux femmes de compétence avérée ». L’avocat d’hier a laissé place au ministre d’alors. Changement de posture, changement de discours, changement de dogme.

Le jeudi 24 juillet 2014, Joseph Djogbénou, avocat en toge était aux côtés des magistrats manifestant contre le projet de loi visant à leur interdire le droit de grève. Ce jour-là, aux côtés d’autres syndicats, il avait manifesté pour soutenir les magistrats. Il en parla comme d’une « tentative de privation de droits aux magistrats », une « oppression de la justice. » Nous étions dans une lutte citoyenne qui se mua en combat politique de conquête électorale. On ne l’oubliera pas, ceci a pu s’achever par son élection au parlement en 2015. De parlementaire, président de la commission des lois, il sera naturellement aux premières loges de l’élection de Patrice Talon. Il en devient le ministre de la justice et ce ne fut pas une promotion usurpée.  C’est au cours d’une réunion avec certains membres des Comités Communaux de Campagne de Patrice Talon le 11 avril 2017, que le Garde des Sceaux eut ces mots devenus fameux :  « Rien ne sera plus comme avant, rien, absolument rien ne sera plus comme avant. Si la politique dans ce pays se fait avec lucidité, nous la ferons avec lucidité. Si elle se fait avec la rage nous la ferons avec la rage et si elle se fait avec la ruse, nous la ferons avec la ruse ». Cette saillie qui eût pu être une simple boutade, est épinglée comme programmatique. On dit désormais que le Nouveau Départ s’exerce avec « ruse et rage ». C’est en subodorant cette ruse et cette rage, que beaucoup ont vu dans sa promotion à la Présidence de la Cour Constitutionnelle, une volonté de revenir sur des dispositions polémiques de la Cour Holo.

Le nouveau Djogbénou, de concert avec les autres membres de la Cour Constitutionnelle, a  signé la décision  DCC 18-141 DU 28 juin 2018 qui invalide la jurisprudence Holo en matière de droit de grève des magistrats. Il s’agit d’une volte-face de 180°.  Se retrouvent dans ce revirement jurisprudentiel, non pas seulement Joseph Djogbénou, mais également  une bonne partie des députés ayant anciennement manifesté contre le retrait du droit de grève aux magistrats. Condamner Djogbénou, c’est aussi faire leur procès.

Concrètement, il y a que les contextes ont changé. Et que de sa position au gouvernement, l’ancien Garde des Sceaux a vu les ravages du droit de grève intégral lorsqu’il n’est pas entre des mains responsables et lucides. « En fait, nous rappelle Césaire dans son « Discours sur la négritude », le moment actuel est pour nous fort sévère car, à chacun d’entre nous, une question est posée, et posée personnellement : ou bien se débarrasser du passé comme d’un fardeau encombrant et déplaisant qui ne fait qu’entraver notre évolution, ou bien l’assumer virilement, en faire un point d’appui pour continuer notre marche en avant. Il faut opter. Il faut choisir. »

Si vous m’avez suivi jusqu’ici, c’est vous qui avez compris : Joseph Djogbénou a pris conscience qu’il faut choisir entre la fidélité à des idées qui se sont révélées fausses et la réalité qui lui impose une attitude conforme aux intérêts du pays. Même sans le dire, il a pris sur lui de corriger une anomalie que quelqu’un  devait arrêter un jour, à savoir que le droit de grève anarchique paralyse l’Etat et livre le citoyen à la merci des fonctionnaires en quête de chocolat dans leur pain.

Par Olivier ALLOCHEME

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