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Edito: L’opposition ? Quelle opposition !


Je ne m’attarderai pas sur le dernier communiqué de la Coalition pour la Défense des Forces Démocratiques (CDD) née à Djeffa en avril dernier. Le communiqué de ce lundi salue le consensus ayant entouré la reconduction des membres du COS-LEPI par l’Assemblée nationale. Et les observateurs les plus avertis feront remarquer qu’en dehors de quelques-uns, les leaders du groupe ont presque tous des guerres anti-personnelles qui les accablent.

Je veux parler de Sébastien Ajavon. Malgré tous les efforts qu’il fait pour rester aussi proche que possible de chacun, on aura toujours du mal à imaginer une collaboration sincère entre des ennemis qui se sont combattus par le passé avec férocité. Je n’imagine pas le président du patronat s’entendre avec l’ancien président de la République. Boni Yayi, dans ses déclarations tapageuses, avait tout fait pour vilipender Sébastien Ajavon qui le lui rendait bien, d’ailleurs. Boni Yayi lui préférait Jean-Baptiste Satchivi étiqueté comme un homme d’affaires « vertueux ». Le redressement fiscal enclenché contre le magnat de la volaille à l’époque porte la marque d’une volonté d’en découdre, avec pour corollaire la fermeture d’une bonne partie des agences de CAJAF-COMON à l’intérieur du pays. Ou simplement de le fragiliser suffisamment pour qu’il ne soit pas candidat. Personne n’a oublié la campagne électorale de 2016 lors de laquelle des tirs groupés ont été envoyés de part et d’autre, au point qu’Ajavon a été contraint d’appeler à voter pour le pire ennemi de Yayi. Nous étions en 2016. Deux ans après, les deux adversaires se remettent ensemble dans le CDD en vue de « sauver la démocratie béninoise », comme s’ils ne s’étaient jamais affrontés. Mais les rancœurs, on s’en doute, ne sont pas terminées.  Elles demeurent et se rouvriront à la moindre occasion.

Je veux parler de Nicéphore Soglo. Je ne sais pas comment l’ancien Président pourra encore coaliser sincèrement avec Albert Tévoédjrè, son tombeur de 1996.  L’on dira ce que l’on voudra, mais plus de 20 ans après les campagnes électorales violentes de cette époque, il sera impossible aux deux hommes de s’entendre sincèrement. Tant le Renard de Djrègbé s’était acharné sur lui et son épouse avec une violence et une détermination farouches qu’il n’est pas imaginable que le couple Soglo puisse vraiment le lui pardonner un jour. Rester dans une coalition qui publie de temps en temps quelques communiqués à la tonalité aigre, peut-être. Mais mener une action politique concertée pour atteindre un objectif commun ? J’attends ce jour pour y croire.  Le reste n’est que de la cosmétique.

Je veux parler de Boni Yayi. C’est lui qui a une revanche à prendre sur 2016 et sur toute la misère que lui fait subir le régime du Nouveau Départ, lui et ses hommes de main. Et connaissant son entregent généralement hors du commun, il est prêt à tout, accepter tous les coups et courber toutes les échines, pourvu qu’il parvienne à conquérir l’Assemblée nationale l’année prochaine. Mais pour y arriver, l’ancien président devra affronter un certain Candide Azanaï.

Je veux parler de Candide Azanaï. L’ancien ministre de la défense devenu opposant viscéral de Talon s’est ostensiblement gardé de se mêler à ceux qu’il a déjà vilipendés par le passé. Le voir aujourd’hui avec les Soglo ou avec Boni Yayi constituerait une sorte de drame psychologique non pas seulement pour ses partisans, mais aussi pour ses admirateurs dont certains gardent encore en mémoire les charges violentes et sans détour des années Yayi ou de la lutte anti-Soglo. Concrètement, il a besoin de sauvegarder son identité, même au prix d’un splendide isolement qui le rend d’ailleurs plus visible. L’ostentation de sa quarantaine volontaire est si remarquable que Candide Azanaï pourrait nous sortir un jour un des numéros d’opéra dont il a le secret. J’attends un grand coup.

Que dire des communistes ? Généraux sans troupe, mais dotés d’une forte capacité de contestation, les communistes béninois sont utiles partout dès qu’il s’agit d’en découdre. Sitôt qu’il est question de construire, leur efficacité reste de l’ordre de la musique de bouche. C’est un groupe qui sert au bruit et au racolage médiatique, mais leur utilité reste au sein des syndicats (la CSTB et l’UNSEB notamment). On peut l’appeler une force de nuisance syndicale.

En fin de compte, dirait-on que l’opposition actuelle est en ordre de bataille pour affronter les prochaines législatives ? Je veux le croire. Mais les individualités fortes qui s’y  cultivent et s’y détestent ne laissent rien voir d’autre qu’un fiasco.

Par Olivier ALLOCHEME

 

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