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Le triomphe de la vérité

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Edito: La paix des braves


Pour la Corée du Nord, le sommet de Singapour tenu hier a au moins neuf bénéfices directs. Il légitime le pouvoir de Pyongyang isolé sur la scène internationale depuis plusieurs décennies. Les compliments complaisants de Donald Trump  n’ont fait qu’accentuer cette impression que le régime est devenu fréquentable. Bien que dirigeant le régime le plus répressif et le plus brutal de la planète, le leader nord-coréen a été congratulé par Trump comme un homme « brilliant » et « très talentueux », qui lui a fait un « grand honneur » en le rencontrant. Certains pourraient appeler cela de l’hypocrisie, mais il s’agit de pure diplomatie.

Le gèle annoncé des exercices militaires entre la Corée du Sud et les Etats-Unis, perçus comme une menace par Kim Jong-Un est un coup diplomatique majeur. Sans compter que Trump, pour donner une preuve supplémentaire de sa bonne volonté a laissé croire que l’Ile de Guam, qui abrite une importante base militaire américaine, pourrait ne plus servir à ce genre d’exercice dans le futur. On pourrait finalement assister à un retrait de l’armée américaine de la péninsule coréenne qui entamerait sa démilitarisation.  En même temps, le processus d’érosion des sanctions internationales vis-à-vis de la Corée du Nord est ainsi entamé. La Chine suggère même un desserrement de ses sanctions économiques vis-à-vis de son voisin. Et bientôt, Kim Jong-Un pourrait être invité à la Maison Blanche comme prime à son volte-face.  Le leader nord-coréen a également obtenu une garantie américaine pour la sécurité de son pays qui se soustrait (au moins provisoirement) aux menaces d’agression américaine. C’est un coup aux récentes menaces américaines contre le pays.

De son côté, le Président américain qui vient de faire capoter par un simple tweet le sommet du G7, obtient le dégèle de l’atmosphère de guerre qui prévaut dans la région depuis des décennies. On avance vers un arrêt des tests nucléaires et de missiles nord-coréens. La dénucléarisation de la péninsule annoncée par Pyongyang,  reste une avancée majeure obtenue à  ce sommet. Et les Etats-Unis peuvent se targuer de la libération de trois Américains, avant le sommet.

Finalement, l’un des gagnants du sommet d’hier reste aussi la Chine qui, par le passé, a longtemps lutté pour le dégèle des tests nucléaires et de missiles nord-coréens, contre un arrêt des exercices militaires dans la région.  Il est vrai qu’en avril, la rencontre entre Kim Jong-Un et son homologue coréen aura entamé un dégel, comme jamais par le passé. On peut même observer que les engagements plus ou moins symboliques de ce mardi, n’ont pas fondamentalement varié par rapport aux résultats de la première rencontre intercoréenne. Mais il s’agit d’un pas décisif qui met un terme aux envolées verbales ponctuées d’injures et de menaces de toutes sortes entre deux hommes aux styles volontairement iconoclastes.

Sociopathe par nature, les deux hommes sont parvenus à éloigner des relations internationales le spectre d’une guerre nucléaire qui a plané sur la région, après leurs vifs échanges de l’année dernière. On se rappelle que le 19 septembre 2017, à la tribune des Nations Unies, Donald Trump avait menacé de « détruire complètement » la Corée du Nord si celle-ci continue à menacer les Etats-Unis.  Trois jours plus tard, le leader nord-coréen réplique en  qualifiant son adversaire de « gâteux mentalement dérangé ».  « C’est plus une fripouille et un gangster aimant jouer avec le feu qu’un homme politique », avait déclaré Kim Jong-un. Réponse du berger à la bergère, sur Twitter. Pour Trump, Kim Jong-un est un « fou ». Du jamais vu à l’ONU. On est désormais loin de ces échanges de civilité absolument inédits dans l’histoire.

Mais ce qui a peut-être manqué hier, c’est  ce que les Etats-Unis ont clairement obtenu de façon tangible, en dehors des déclarations d’intention. Des officiels américains avaient exigé en effet, avant le sommet, un démantèlement complet, vérifiable et irréversible de l’arsenal nucléaire nord-coréen. On n’en a pas vu trace   dans le communiqué final signé des deux homes. Ce qui a manqué aussi, c’est un calendrier de retrait, de ces armes, assorti de procédures de vérification ou même une définition commune de ce qu’est une dénucléarisation.

Malgré tout, c’est un pas de géant qui vient d’être franchi pour une paix durable dans la région la plus armée du monde.

Par Olivier ALLOCHEME

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