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Le triomphe de la vérité

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Edito: En coton toute


En l’espace de deux ans, la production cotonnière a été doublée. Dans la grisaille des mauvaises nouvelles, celle-ci est à célébrer avec faste.  La production cotonnière a atteint 597 986 tonnes pour la saison 2017-2018. C’est une augmentation de 32,6% par rapport à la précédente campagne (451 121 tonnes), selon le Conseil des ministres de ce mercredi 06 juin. 530 145 hectares ont été emblavés avec un rendement d’environ 1,13 tonne/ha, un niveau jamais enregistré, si l’on tient compte du fait que le rendement s’élevait à 877,48 kg/ha à la campagne 2015-2016, il y a à peine deux ans. C’est le signe le plus patent du travail des encadreurs ruraux utilisés par l’Association interprofessionnelle du coton et l’Etat béninois pour accompagner les producteurs. Notre pays se classe troisième plus grand producteur d’or blanc en Afrique. Il est devancé par le Mali qui a réalisé une production record de 725.000 tonnes, et le Burkina Faso (612.000 tonnes).

Pour faire court, la récolte de cette campagne propulse le Bénin dans le peloton de tête de la production cotonnière en Afrique. Ce n’est pas la moindre des bonnes nouvelles. Le coton représente 40% des entrées de devises pour le Bénin, 12% à 13% du PIB, et environ 60% du tissu industriel national. Il assure un revenu à près du tiers de la population béninoise. Ce sont au total 91,2 milliards FCFA qui sont allés aux producteurs au terme de cette campagne et le Trésor public a engrangé des recettes fiscales de l’ordre de 2,56 milliards FCFA, grâce au relèvement de 10 FCFA/kg effectué au niveau du cordon douanier. Les autres effets induits touchent différents secteurs, comme celui des transitaires. Mais ce qui se fera sentir d’ici la fin de l’année, c’est la croissance économique. Si la croissance économique prévue pour 2018 se situe autour de 6,1 %, les bons chiffres du coton peuvent faire réaliser cette projection ou même la dépasser. En 2017, le taux de croissance du PIB réel est estimé à 5,5 %, en progression par rapport aux 4 % de 2016. On voit clairement l’apport du coton à la croissance du PIB dans notre pays.

Reste que la chaine de valeur a encore beaucoup de mal à se mettre en place. Confiné dans sa position de producteur de matières premières, le Bénin en est encore à la distribution capitaliste des rôles tels que définis depuis le XVIème siècle avec la traite négrière : nous produisons les matières premières, les autres se chargent des produits finis et nous les revendent à prix d’or. Ce choix stratégique qui arrange les grands pays, devra un jour être inversé. Nous pouvons aussi utiliser le coton de Gogounou ou de Banikoara pour vendre des vêtements au reste du monde. Et il est clair que tant que nous allons continuer dans le rôle de fournisseur de produits primaires aux Etats industrialisés, nous allons attendre longtemps le relèvement de notre économie.

L’heure des choix stratégiques a sonné. Il s’agit de se demander si nous pouvons nous positionner ou non sur d’autres maillons de la chaine cotonnière. A mon avis, nous pouvons faire comme le Bangladesh qui, en plus d’être un gros exportateur de coton, est aujourd’hui une usine textile géante. Le pays produit massivement des pantalons, des t-shirts, des jeans, des chemises et les exporte aujourd’hui à travers le monde. Bien entendu, cette capacité a été patiemment pensée et construite au fil des années par l’Etat. Il a fallu une main-d’œuvre abondante et peu chère, une énergie électrique tout aussi moins chère et la mise à profit des accords commerciaux avec divers pays consommateurs. Aujourd’hui, le Bangladesh est le deuxième plus gros exportateur de vêtements au monde, après la Chine. Que faisons-nous pour nous inscrire dans cette dynamique ? Je devrais dire : que faisons-nous pour sortir du cercle infernal des matières premières ?

Oui, les performances du coton sont bonnes pour la croissance économique. Mais elles pourront s’améliorer si nous prenons en compte les problématiques industrielles et même environnementales.

Par Olivier ALLOCHEME

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