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Edito: Afro-optimisme


Depuis plus d’une décennie, une nouvelle vogue agite les milieux intellectuels : l’afro-optimisme. Elle est incarnée dans les milieux d’affaires, les acteurs culturels et quelques universitaires qui estiment que l’heure de l’Afrique a sonné. Et que l’avenir du continent est radieux. Malgré les contingences d’aujourd’hui, on voit en effet que certains pays africains sont carrément en pleine mutations. Le cas de l’Ethiopie n’est pas le moins étrange. Car voici un pays qui sort de plusieurs décennies de famine et de sécheresse dramatique pour afficher aujourd’hui la croissance économique la plus rapide de l’Afrique. Le Rwanda est aussi connu pour sa croissance soutenue, mais aussi la remarquable modernité de sa gouvernance. Après le génocide, ce pays prend de sérieuses options pour la sortie de la pauvreté. L’afflux des investissements étrangers, attirés par l’image d’un pays stable tourné vers le futur, reste l’un des atouts de ce Rwanda en pleine transformation. Ici, plus qu’ailleurs peut-être, on peut voir que le leadership très rigide et éclairé d’un homme aide à relever un Etat traumatisé. Quant à la Côte-d’Ivoire et au Ghana, leur réveil propulsé par une forte production des matières premières (pétrole, café, cacao, or, anacarde, etc.) fait déjà école.
Tandis que certains observateurs voient à travers une démographie mal maîtrisée, des indices d’un reflux futur, d’autres, au contraire ne rêvent qu’aux deux milliards d’habitants que comptera le continent en 2050. Voici ce qu’écrivait un rapport du Sénat français, il y a cinq ans : « Si les investisseurs mettent en avant la démographie, c’est pour deux raisons : avec une telle population active, plus d’un milliard d’individus, l’Afrique va devenir le plus grand réservoir de main-d’œuvre et de consommateurs du monde, avec une telle population, même relativement pauvre, l’Afrique va devenir un des plus grands marchés du monde ». En mots plus clairs, l’Afrique qui vient est porteuse d’une démographie qui en fera le pôle d’attraction des grands investissements qui changent les Etats.
Mais à côté de cette Afrique qui rit, il y a une autre qui plonge dans l’incertitude. Malgré tous les pronostics, je mets en tête de peloton de ces Etats incertains, le Nigeria. Pour une raison simple : contrairement à ce que beaucoup disent, le pays est en proie à des défis sécuritaires qui s’empirent. La résurgence des conflits communautaires, entre agriculteurs et éleveurs notamment, porte les germes d’une cassure du pays. Chaque semaine, le Nigeria est secoué par des vagues de tuerie dont la violence le dispute à l’horreur. Sans compter Boko Haram qui fait montre d’une résilience assidue surprenant les observateurs les plus pessimistes. Le micro-nationalisme Igbo et la persistance d’une tradition de gangstérisme font du Nigeria un prototype d’Etat en cours de faillite en Afrique de l’Ouest. L’Etat fédéral, tout en usant de violence pour se faire obéir accroit la détresse d’une population qui se réfugie dans les églises et les mosquées pour oublier.
Que dire de l’Afrique du Sud, deuxième grande économie du continent ? La politique d’expropriation menée par le nouveau président Cyril Ramaphosa constitue un gros point d’interrogation sur l’avenir. Surtout que cette politique d’expropriation des terres sans compensation, a entraîné la faillite du Zimbabwe sous Robert Mugabé. Nous en sommes tous témoins, cette Afrique du Sud, minée par les scandales et la chasse aux étrangers, risque à tout moment de basculer. Sa croissance économique acceptable n’est que l’arbre qui cache la forêt. L’après-apartheid a laissé apparaître des inégalités irréconciliables, ferments des pires pogroms.
Où se trouve le Bénin ? Notre pays se classe dans le lot de l’Afrique qui ne rit pas beaucoup. La croissance économique du Bénin pour 2018 peut aller au seuil respectable de 5% ou même 6%. Elle est portée par les produits primaires (coton, cajou, ananas, etc.), et surtout par les services (banques, commerces, assurances, télécom…). Continuer à améliorer la gouvernance pour atteindre un certain niveau de compétitivité sur les produits de rente, constitue la planche de salut traditionnelle. Investir davantage dans les télécommunications, des innovations et surtout dans l’industrie constitue aujourd’hui un facteur multiplicateur de la croissance. Mais il faut en définitive que l’afro-optimisme tienne compte de l’afro-réalisme. On aura beau investir dans les routes, les ponts, l’énergie, etc. le premier investissement qui fait prospérer un Etat, c’est celui centré sur l’homme.
Il faut aujourd’hui cultiver un afro-optimisme éclairé dans tous les cœurs. Créer les outils d’une société d’excellence et de probité est une valeur économique plus importante que tout l’or (ou tout le coton) du monde.

Olivier ALLOCHEME

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