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Le triomphe de la vérité

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Edito: Match nul


Les négociations gouvernement-centrales syndicales ont repris ce vendredi 11 mai, dans une ambiance assez particulière pour être passée sous silence. D’un côté, le gouvernement, auréolé de sa victoire dans le bras de fer qui l’a opposé aux organisations des travailleurs, et de l’autre, celles-ci, fragilisées par la stratégie de pourrissement qui a fini par avoir raison d’elles. La CSTB, l’UNSTB et la COSI-Bénin ont en effet fini par demander la reprise des classes, alors même qu’elles constituaient la ligne dure de la grève qui a paralysé une partie de l’école béninoise pendant plus de trois mois. De même, les syndicats de la santé ainsi que l’UNAMAB ont tour à tour appelé à la reprise du travail, dans une ambiance de défaite généralisée. Une fois n’est pas coutume, les syndicats dans leur ensemble ont mordu la poussière.
Cette morosité tranche avec l’euphorie qui a caractérisé le rejet par le parlement de la prise en considération du projet de révision constitutionnelle. Les syndicats, UNAMAB et CSTB en tête, étaient en première ligne pour réclamer le retrait du projet au motif qu’il était opportuniste (ce qui était archifaux) et empêchait l’indépendance du pouvoir judiciaire (ce qui ne m’a jamais convaincu). Ce fut une victoire sur un motif éminemment politique, les syndicats refusant même au parlement le droit d’examiner le projet. L’UNAMAB fut aussi en première ligne pour exiger et obtenir de la Cour Constitutionnelle le droit de grève intégral pour tout le monde, y compris les militaires. La Cour Holo, dans un aveuglement et un fourvoiement quasi diaboliques, finit par contredire sa propre jurisprudence. Aujourd’hui, grâce à l’UNAMAB et aux décisions de la Cour, les soldats béninois ont le droit de grève. Et ils peuvent l’exercer aussi facilement que les agents de santé et les enseignants, par exemple. En dehors du Bénin qui innove ainsi dangereusement, il n’existe, nulle part au monde, un pays qui ouvre ce droit jusqu’à cette extrémité. On ne mesure pas encore assez les conséquences de ces décisions suicidaires pour un Etat.
Les syndicats ont donc réussi sur un terrain politique, en oubliant qu’ils contribuaient par là-même à raidir la position du Chef de l’Etat à leur égard. Ce que personne, apparemment, n’avait vu venir, est arrivé : Patrice Talon est devenu intraitable vis-à-vis des syndicats, au point de ne faire aucune concession à leur égard, malgré des mois de grève. Après deux mois de grève sur les défalcations, un syndicat comme l’UNAMAB a été contrainte de mettre fin à son mouvement, sans avoir rien obtenu dans sa plateforme revendicative. Et sans que le gouvernement ne se soit jamais penché une seule fois sur ses revendications. C’est une gifle monumentale que les magistrats ont encaissée. Ils ont beau accuser le gouvernement de chercher à déstabiliser le pouvoir judiciaire et même la démocratie, le revers est cinglant. L’UNAMAB descend de ses nuages politiques et il lui sera difficile prochainement de se faire entendre sur des revendications purement corporatistes, face au gouvernement. Je reste aussi convaincu que les décisions controversées de la Cour accordant le droit de grève aux magistrats, comme aux soldats, risquent d’être remises en cause par la prochaine mandature de la Cour Constitutionnelle, d’autant d’ailleurs que la Cour Holo a défié sa propre jurisprudence, permettant malencontreusement à d’autres mandatures de la Cour d’en faire de même.
Il en va tout autrement pour les droits réclamés par les enseignants. Contraints à battre en retraite, ils reviendront à la charge l’année prochaine, si rien n’est fait jusque-là pour les satisfaire. Pour le moment, là encore, c’est la queue entre les jambes que les dernières centrales ont été obligées de lever leur motion de grève. Même la CSTB qui lève rarement ses mots d’ordre de grève, s’est vue obligée de demander à ses militants de reprendre les cours. Il est vrai que les grèves elles-mêmes, dans l’arrière-pays sont loin d’avoir été vraiment suivies. Beaucoup d’enseignants ont fait cours, notamment dans les classes d’examen, pour ne pas être responsables des échecs massifs que les débrayages préparaient. Le calendrier scolaire réaménagé ne pourra malheureusement pas empêcher l’évidence : nous sommes dans une année scolaire bâclée. Les conséquences s’en feront sentir dans quelques années, quand la sédimentation des lacunes d’une année de grève à une autre, achèvera de bâtir des citoyens mal formés inaptes à prendre en main leur destin.
Si le rude échec syndical peut vraiment servir à quelque chose, c’est à repenser les mouvements de grève désormais dans notre pays. Nous n’irons nulle part en permettant des grèves qui tuent les malades et détruisent l’éducation de nos propres enfants.

Par Olivier ALLOCHEME

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